Communauté Saint-Jean : ordinations présidées par Mgr Rodriguez Carballo

Entretien avec le prieur général réélu, Fr Thomas


Mgr José Rodriguez Carballo, Secrétaire – « numéro deux » – du dicastère romain pour la vie consacrée, ordonnera 5 prêtres et de 5 diacres de la Communauté Saint-Jean, samedi 2 juillet 2016 en la basilique Sainte-Madeleine de Vézelay (France).
Deux autres prêtres de la communauté Saint-Jean seront ordonnés au Mexique et au Cameroun, indique un communiqué.

Les frères ordonnés cette année sont de 8 nationalités différentes : 4 Français, 1 Slovaque, 1 Togolais, 1 Ivoirien, 2 Camerounais, 1 Sénégalais, 1 Philippin et 1 Mexicain.

Pour les 12 futurs ordonnés, c’est l’aboutissement d’un parcours de formation d’au moins 8 à 9 années, rythmées par les étapes du noviciat, de la profession religieuse simple puis de la profession définitive. Les frères ont aussi passé deux ans de stage en prieuré apostolique où ils ont pu faire l’apprentissage de la mission au sein d’un diocèse.

Les nouveaux prêtres et diacres exerceront leurs ministères dans l’un des 55 prieurés des Frères de Saint-Jean répartis sur les 5 continents, dont une vingtaine en France. « Ces religieux mènent une vie en petites communautés dont le cœur est l’oraison silencieuse, la charité fraternelle et une vie apostolique », précise la même source : ils seront aumôniers d’établissements scolaires ou dans le monde étudiant, curés de paroisse, professeurs de séminaires, au service de jeunes qui veulent se sortir de la drogue ou encore visiteurs de prison, etc.

La communauté Saint-Jean compte environ 500 frères, dont 280 prêtres et 110 frères en formation.

Frère Thomas, Prieur général, qui vient d’être réélu – pour trois ans -, avait rencontré le pape François en 2015. Il évoque notamment le Jubilé de la miséricorde dans cet entretien.

Etre prêtre aujourd’hui dans la Communauté Saint-Jean en quoi cela consiste ?

Frère Thomas – Le prêtre est l’homme de la bénédiction. Le jour de son ordination, le frère est béni de façon particulière par Dieu et devient son prêtre. Il doit alors bénir le peuple de Dieu, être dans toute sa personne de prêtre, une bénédiction pour ce monde qui en a tant besoin. L’apôtre saint Jean rapporte, dans son Evangile, qu’au moment de l’institution de l’Eucharistie et du sacerdoce, Jésus a lavé les pieds de ses disciples. Il rapporte également qu’il reposait sur le cœur de Jésus au cours de cette dernière Cène. Ces deux aspects (le service fraternel et la contemplation) marquent la spiritualité johannique du sacerdoce. Nous aimons aussi souligner que Jean était prêtre au moment où il a reçu Marie pour mère au pied de la croix. Notre exercice du sacerdoce voudrait donc être profondément marial, fraternel et contemplatif.

Mgr Carballo viendra en personne pour célébrer ces ordinations, qu’est-ce que cela représente pour vous ?

J’ai eu l’occasion de le rencontrer quelques fois déjà et je suis admiratif de sa sagesse de religieux. Il est à la fois très spirituel et très humain, et c’est cela dont nous avons besoin aujourd’hui. C’est cette note là – cette union entre la mystique et l’humanisme chrétien – que nous voulons vivre de plus en plus dans notre Communauté. Je suis très heureux que Mgr Carballo nous fasse l’honneur de venir ainsi, si simplement, ordonner nos frères. C’est un encouragement pour nous et une invitation à aller de l’avant avec la bénédiction de l’Eglise universelle qu’il représente du fait de sa fonction au Vatican.

Vous venez d’être réélu Prieur général par le Chapitre général qui s’est tenu en avril dernier, quels sont vos principaux bilans et vos grands chantiers à venir ?

C’était notre 25ème Chapitre général depuis le début de la fondation de la Communauté Saint-Jean en 1975. Aux dires des quelques « anciens » – pas encore trop anciens quand même ! -, c’était le plus joyeux. C’est vrai que nous avons senti comme un nouveau souffle, une onction de joie, qui a rendu ce chapitre léger alors qu’après toutes les difficultés par lesquelles nous sommes passés ces dernières années, nous avons abordé des sujets sérieux comme celui de notre relation au fondateur et à son enseignement, de notre charisme, de l’accompagnement des frères, du discernement des vocations, des cas douloureux de mœurs et notamment de la pédophilie. Nous avons ressenti entre nous une grande unité, notamment dans notre désir de nous mobiliser encore davantage pour répondre à ce qui nous a semblé être le cri de beaucoup d’hommes d’aujourd’hui : « mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mt 27, 46) Il y a dans ce cri une question sans réponse apparente (« pourquoi ? ») et un sentiment de solitude, qui suscite en nous le désir d’apporter de la lumière et d’être présent aux autres. N’est-ce pas ce à quoi conduit saint Jean lorsque, dans sa première épitre, il affirme à la fois que « Dieu est lumière » et « Dieu est Amour » ? Il nous semble que les hommes d’aujourd’hui ont particulièrement besoin d’une sagesse liée à l’amour et d’un amour lié à la sagesse. Nous avons pris alors plusieurs décisions pour répondre à ce besoin, comme de chercher à faire mieux connaître le message de saint Jean (son Evangile, ses épîtres, son apocalypse), d’évangéliser davantage sur le « continent numérique », d’intensifier nos efforts pour aider les jeunes et les familles, etc.

Comment vivez-vous cette année jubilaire de la Miséricorde ?

La miséricorde est liée à la joie. Quand la miséricorde est donnée, la joie éclate (cf. Luc 15). Au cours de cette année de la Miséricorde, je suis étonné par ces grands moments d’allégresse qui nous ont été donnés de vivre au sein de notre Communauté. Par exemple, pour fêter le quarantième anniversaire de notre Communauté, nous avons organisé un pèlerinage à Rome pour la Famille Saint-Jean. Ça été vraiment très beau et joyeux. Je reçois ces moments de jubilation comme une consolation du Seigneur. « Mais oui le Seigneur est bon ! » (Ps 33). Il ne nous lâche pas. Sa miséricorde est sans limite. Nous cherchons aussi à offrir aux autres cette miséricorde dont nous avons tant bénéficié. Dans plusieurs de nos prieurés, nous travaillons « aux périphéries », comme à Pellevoisin (France) où nous aidons des jeunes à sortir de la toxicomanie, à Pondichéry (Inde) où nous accueillons des enfants orphelins porteurs du virus du sida, à Salvador de Bahia (Brésil) où nous nous occupons de jeunes dans une favela, ou encore à Boulogne où notre frère Jean-Philippe Chauveau et son équipe essayent d’apporter un peu d’amour de Dieu dans cet îlot de détresse et de violence qu’est le monde de la prostitution. Mais comme je le disais plus haut, la misère du monde d’aujourd’hui qui nous marque particulièrement est celle de l’ignorance de Dieu et du sens de la vie. Nous envisageons notre travail pour promouvoir une sagesse (aussi bien philosophique, théologique que mystique) comme une œuvre de miséricorde primordiale pour le monde d’aujourd’hui.

Source : https://fr.zenit.org