Dans le monde chrétien, la réalité riche et...

Dans le monde chrétien, la réalité riche et complexe de la vie religieuse et monastique constitue un étonnant espace d’action et de réflexion. Si les moines en Occident ont été souvent des « défricheurs », c’est dans tous les sens du terme : ils ont autant mis en culture des paysages que des domaines de réflexion nouveaux. Ce que les congrégations apostoliques ont déployé à plus grande échelle encore.


Aujourd’hui, face aux défis de la mondialisation, le réseau des communautés religieuses pourrait former un outil formidable pour aider aux prises de conscience et aux actions nouvelles dans les thématiques sociales et écologiques. Cette page ici rassemble quelques exemples de Congrégation qui ont mis par écrit leurs convictions dans ce domaine. N’hésitez pas à nous en faire connaitre d’autres …

Du côté des Petites Sœurs de l’Assomption
Du coté des Jésuites
Du côté de la famille de Sainte-Croix (Canada)

Petites sœurs de l’Assomption (PSA)

Les PSA sont des religieuses apostoliques très engagées dans les questions sociales, notamment au sein des familles mais aussi des quartiers et des réalités internationales. Dans ce texte datant de juillet 2007 et donné dans le cadre d’une session de formatrices des PSA venues du monde entier, Franca Sessa, coordinatrice du Secrétariat International Justice, Paix, et Intégrité de la Création (JPIC) propose une réflexion croisant le charisme de cette famille religieuse et les urgences et les signes de ce temps. Pour avoir accès au texte complet, cliquer ici

Un des signes de notre temps est le mouvement qui surgit du plus profond de l’humanité pour dire “assez !” à la souffrance qui atteint un degré intolérable. Rien ne marque plus profondement l’expérience humaine que la souffrance : la nôtre, celle des autres et celle que nous nous causons les uns aux autres. (…) L’histoire officielle méconnait cette réalité : pour elle, la souffrance humaine n’a pas de signification historique. Nous nous interrogeons sur la nature du progrès. A quel prix ? C’est un fait : les structures de pouvoir se renouvellent sans cesse. Des milliards de personnes sont exclues. Il n’y a pas de place pour elles. Elles ne sont ni productrices, ni consommatrices. La globalisation est une nouvelle forme de colonisation ou d’impérialisme, basée sur le principe que n’a de valeur que ce qui est rentable. Cela justifie tous les moyens. (…) De nouvelles voix se lèvent pour reprendre le sens de l’histoire. La signification de la souffrance dans l’histoire des peuples est aujourd’hui reprise par ceux qui souffrent eux-mêmes. Le nombre croissant de rencontres nationales, internationales et mondiales de groupes qui font entendre les voix des femmes, des peuples indigènes, des travailleurs, des paysans, des migrants, des sans terre, des sans travails, des sans papiers, vient nous secouer. Une force nouvelle surgit indépendante des organismes institutionnels. (…) C’est un signe des temps, porteur d’une Bonne Nouvelle qui demande notre attention. Les alternatives jaillissent d’en bas. L’histoire prouve que les impérialismes s’effondrent très souvent à cause de leurs contradictions internes. Aujourd’hui, le mouvement surgissant à l’intérieur des peuples, nous parle d’alternatives et d’un autre pouvoir qui se développe rapidement et efficacement : c’est le pouvoir de la Paix, de la Compassion, de la Justice. (…) Albert Nolan dit : « Il est impossible de prévoir comment et quand l’impérialisme s’achèvera. Peut-être que le mouvement international de résistance au nom de la Paix, de la Compassion et de la Justice pourra miner et démanteler les structures de pouvoir et de domination dans un avenir proche. » (du livre Jesus Today. A Spirituality of Radical freedom, Orbis Books, Maryknoll, New York, 2006). Une image suggestive du moment actuel, suggérée par le Père Pierre Cibammo, congolais, de Caritas Internationalis, est celle d’une marmite bouillante. Cette image nous rappelle que le mouvement de réchauffement commence depuis le bas et va en montant jusqu’á mettre en ébullition tout le contenu.

(…) Toute action est suivie par une réaction. Toutefois, il est intéressant d’observer, que dans le vécu nous séparons facilement le sujet et l’objet ainsi que la cause et l’effet. Voici quelques exemples : nous nous comportons comme si nous avions un sauf-conduit pour piller les ressources de la nature sans réaction de la Planète. Dans les relations interpersonnelles, nos comportements sont semblables : nous sommes agressif et nous réclamons quand on nous blesse. Nous agissons comme si nos actes n’avaient aucune conséquence, comme si nos victimes ne pouvaient jamais réagir. Cette vision fragmentaire du réel nous achemine vers une culture de l’irresponsabilité. (…) Lorsque nous considérons la Paix comme l’absence de la guerre, nous ne la cultivons plus dans notre conscience. Il nous suffit de promouvoir des campagnes de désarmement… La paix devient un phénomène exterieur à nous, de nature culturelle, sociale, juridique, politique, économique. Le désarmement est important mais il n’est qu’un des aspects du problème. La paix est en nous ou bien la guerre commence en et par nous. (…) L’absence de la violence et de la guerre ou l’état d’ harmonie et de fraternité concernent les relations entre les personnes. C’est ce qu’on appelle l’écologie sociale. La Déclaration des Résponsabilités Humaines pour la Paix et le Dévelopment Durable de l’Unesco (Costa Rica 1989) considère que les problèmes de l’Environement sont unis aux problèmes de la Sécurité Mondiale et de la Paix. (…)

La Vision Holistique de la Paix. • Une théorie non-fragmentaire de l’univers selon laquelle la matière, la vie et la connaissance sont des manifestations différentes de la même énergie. • Une perspective qui prend en considération la personne humaine, la société et la nature, ou soit l’écologie intérieure, l’écologie sociale et l’écologie planetaire. Les trois aspects sont reliés et en constante interaction. (…) La vision ou la conscience holistique élargit les frontières humaines. Les caractéristiques égocentriques diminuent quand la personne s’ouvre à la sociéte où elle vit. Progressivement elle découvre que sa vie et celle des autres dépendent d’un délicat équilibre écologique. Sa conscience sociale devient planétaire et à la suite cosmique. La gestion de la Paix est l’effort de l’intégration des différents savoirs que l’humanité a développé au long de son histoire. Vivre en Paix est un Art. (…)

“L’amour du Christ nous presse” de dépasser la soumission aux valeurs et comportements d’une société violente. C’est une invitation à vivre avec lucidité la simplicité volontaire, l’abandon de certaines habitudes de consommation, l’acceptation des différences, le respect de la nature, qui est l’environnement pour l’humanité et a une valeur en elle même, et à éviter les autres aspects du vécu quotidien qui retardent le processus de solidarité en faveur de la Culture de la Paix. (…) La destruction de la nature et ses conséquences sur l’environnement et les personnes, en particulier les plus pauvres, sont liées aux questions de justice qui montrent les inégalités et les oppressions d’un système économique insensé et d’un consumérisme sans limites. Le cri de la terre est également le cri des pauvres. La discussion autour de l’écologie aujourd’hui va au-delà des mouvements liés à l’environnement des années 70 et 80. Cela fait maintenant partie de la recherche pour la survie et la dignité des peuples du sud du monde et pour un modèle distinct de société et d’économie.

Nos priorités révèlent aussi que les recherches et les actions de nos soeurs et communautés ont une signification allant au-delà de la réalité micro de nos quartiers. Elles sont en inter-relation avec la réalité macro de souffrance de tous les peuples. La communauté apostolique est le lieu privilégié où nous vivons le défi d’être attentives à la vie pour plus de justice et de paix :

(…) Tout au long du chemin nous prenons conscience du besoin de conversion permanente et de spiritualité devant les défis d’aujourd‘hui. De plus en plus nous avons besoin d’être des femmes de l’Esprit, si désirons être des femmes de Paix. C’est le kairós, le temps favorable pour contempler Jésus et sa propre spiritualité, sa prière contemplative, son souci pour le quotidien, ses attitudes par rapport aux personnes, sa manière de lire les signes du temps.

Compagnie de Jésus (Jésuites)

Depuis 1995, dans le cadre de la 34è Congrégation générale, la sensibilité au respect de l’environnement et de la création s’est développée dans la Compagnie de Jésus. Plus d’informations en cliquant ici.

(…) Réagissant à cette réalité de la situation critique de l’environnement et à l’inquiétude de beaucoup de Provinces de la Compagnie de par le monde, la récente 34eme Congrégation Générale a affirmé qu’un équilibre écologique et une distribution équitable et pratiquement réalisable des ressources de ce monde sont une façon de pratiquer la justice envers les générations futures qui hériteront de cette terre. L’exploitation égoïste des ressources naturelles et de l’environnement avilit la vie, détruit les cultures humaines et enfonce les pauvres dans la misère. Nous devons travailler à promouvoir des attitudes et des façons de faire qui éveilleront un profond respect de l’environnement dont nous ne sommes que les intendants. (…)

Quelles sont les raisons plus déterminantes de la crise de l’environnement ? On ne peut faire autrement que de constater qu’elle vient d’une pratique trop concentrée sur l’aspect économique du développement. La prospérité de quelques-uns et la misère de beaucoup en sont le résultat. N’est-il pas évident que ce sont les démunis, les moins considérés de la communauté humaine, qui portent le poids de la crise de l’environnement et qui, plus que d’autres, en souffrent les conséquences ? De la Zambie le frère Paul Desmarais en décrit bien le processus : En ce moment la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International exercent une pression sur la Zambie pour qu’elle s’assujettisse à un programme de restructuration. (…) Si seul le point de vue économique néo-libéral prévaut, alors on risque fort que les corporations transnationales et les riches achètent les terres dans le but de produire et d’exporter les denrées. Cette approche favorise le bien commun et bénéficie à tous : tel est le présupposé néo-libéral. La réalité est toute différente : les pauvres perdent leurs terres, reçoivent des salaires dérisoires et souffrent de la faim, alors que l’environnement se dégrade. (…) Le manque d’égards pour la culture locale et de respect pour les liens sociaux nécessaires au maintien de la vie communautaire sont des caractéristiques de l’approche au développement dit scientifique, si étroitement intéressé à l’avantage économique du petit nombre. Il laisse peu de place à la démocratie et à la participation des gens de la localité dans le processus de décider comment ils vivront et utiliserons leurs biens. Mais n’est-il pas vrai que comme la diversité de formes de vie dans la biosphère est signe sans équivoque de leur vigueur ainsi la vitalité, la diversité et l’ampleur de la culture humaine garantissent en grande mesure la qualité de la vie ?

La Congrégation Générale reconnaît en nous un instinct inné et profond, exprimé par le respect de l’environnement, de vénération pour une présence immanente, quoique transcendante, dans la nature. Les chrétiens donnent le nom d’Esprit à cette présence intime dans la création. Dans les Exercices Spirituels au moment de la Contemplation pour connaître l’amour, St Ignace s’inspire de cette notion en nous invitant à contempler comment Dieu vit dans ses créatures : dans les éléments en leur donnant l’existence, dans les plantes en leur donnant la vie, dans les animaux en leur donnant la sensation, dans les personnes en leur donnant l’intelligence. Comme les chrétiens perçoivent la présence de l’Esprit divin dans la création, ainsi cette même perception se trouve dans les religions indigènes. Le conseil pontifical pour le dialogue interreligieux nous conseille une approche marquée de délicatesse envers les valeurs humaines et spirituelles qui se trouvent en elles. Car ces religions contribuent beaucoup au développement de l’harmonie écologique et de l’égalité humaine. La crise de l’environnement nous appelle non seulement à une vie plus simple en vue du bien commun, mais aussi à un réveil à la réalité de la présence de Dieu dans sa création reconnue à travers l’extraordinaire diversité de vie et de cultures qui s’y trouve. Ainsi serons-nous amener à réaliser de nouveau la dépendance mutuelle de toutes les créatures issues de Dieu leur créateur.

La 35ème Congrégation Générale des Jésuites qui s’est déroulé en 2008 a permis de relire le chemin effectué depuis lors.

Cette question de l’écologie touche à plusieurs pôles : biodiversité, rôle de la forêt, changements climatiques, peuples autochtones et leur relation privilégiée avec la terre ; je fais en plus référence aux réflexions de la 34ème Congrégation Générale (1995) et son appel à des changements concrets (exemple : un style de vie plus simple pour le bien de tous). En effet, nous devons affronter les mêmes questions et les mêmes défis. Cependant, il convient de mentionner ici que la protection de l’environnement en lien avec la promotion de la justice en faveur des plus pauvres n’a pas commencé avec la 35 CG. En 2008, Tarumitra (Les amis des arbres), une ONG indienne de défense de l’environnement impliquant plus de deux millions d’étudiants, a organisé plus de 150 ateliers, rejoignant plus de 15.000 enseignants et étudiants en Inde. Signalons également en 2008 le projet « Changement climatique et justice : une politique climatique comme point de départ d’une globalisation juste et efficace » lancé par l’Institut jésuite d’études sociales et de développement (Munich, Allemagne). Activités de recherche, réseautage et sensibilisation constituent les axes principaux de ce projet de recherche qui a vu la jour en 2008 et qui veut développer des stratégies en vue de politiques efficaces en lien avec le climat et la politique énergétique qui supporteront les efforts de réduction de la pauvreté tant au niveau national qu’international. Signalons quelques autres projets ayant eu de l’impact : campagne très efficace contre les organismes génétiquement modifiés (OGM) en Zambie (Annuaire 2001), mise à jour d’une cartographie environnementale aux Philippines, soutien aux communautés agricoles en Colombie.

(…) Trop souvent nos vues et réactions face aux questions environnementales sont façonnées par ce que la société en général pense et par les mentalités de nos lieux de provenance. Les perspectives culturelles jouent aussi leur rôle quant à notre engagement. Dans les pays où les questions environnementales sont d’abord le fait des partis politiques, ressentiment et engagement timide sont observés. Certaines sociétés sont ouvertes au changement et vont facilement adopter de nouvelles façons de faire ; d’autres offrent une résistance presque naturelle au changement ; ailleurs les questions de ce genre sont moins urgentes ou immédiates (bien qu’il soit utile de rappeler que la solidarité envers ceux qui sont menacés ne doit pas s’arrêter à nos frontières) ; dans certaines contextes, les jésuites adoptent naturellement la culture de consommation locale sans se poser de questions. Il y a toujours cette opinion tenace que l’écologie est une question qui ne regarde pas l’Église ; chez certains jésuites, subsiste l’opposition « option pour les pauvres » – « option pour la terre. » La base scientifique de la destruction de l’environnement, le fait que plusieurs oeuvres apostoliques se trouvent en contexte urbain et les prédictions catastrophiques exagérées empêchent plusieurs d’entre nous d’avoir des rapports émotionnels et spirituels féconds avec ces réalités et de façon plus générale avec la nature elle-même. Le défi que nous lance la 35 CG en lien avec un sujet aussi complexe que l’environnement est de taille. Un degré plus grand d’implication à l’intérieur de la Compagnie pointe déjà à l’horizon.

Famille de Sainte-Croix

La famille religieuse de Sainte-Croix qui rassemble 2800 membres en quatre congrégations canadiennes (Marianites, Pères et frères, Soeurs…) sont donc appelés à donner des « mains et des pieds » pour cette nouvelle démarche de solidarité écologique ( cité dans la revue En son nom, Sept-Oct 2010, pp. 219-221)

Nous travaillerons ensemble afin de :

– promouvoir une éthique de préoccupation pour la création de Dieu parmi nos membres, nos collègues, nos institutions et ceux et celles que nous servons.

– résister à la culture de consommation et promouvoir des modèles de développementqui respectent les droits de toute la communauté de la terre

– réduire la conommation d’énergie, améliorer l’efficacité, et employer des technologies renouvelables afin de parvenir à une ‘neutralité de carbone’ dans nos congrégations pour l’an 2050

– nous assurer que dans nos congrégations une écologie durable est partie intégrante de nos planifications, de nos prises de décisions, et de nos pratiques

– utiliser nos ressources financières et humaines pour soutenir le développement d’une économie écologique

– presser les gouvernements et les industries à adopter des politiques qui réussissent à mitiger le changement climatique et qui réduisent ses impacts sur les plus vulnérables

– promouvoir l’interdépendance, des justes relations et un engagement envers le bien commun qui contrecarrent une culture de l’individualisme, de l’avarice, de l’exclusion et de l’exploitation.

Source : https://ecologyandchurches.wordpress.com