Des cisterciens hors de la clôture (La Croix, 20/08/15)

Vendredi 21 août s’achève, à Clairvaux, le rassemblement international des laïcs cisterciens à l’occasion des 900 ans de la fondation de l’abbaye par Saint Bernard.


Source : www.la-croix.com

Les membres de ces communautés, apparues en France en 1990, essayent de vivre au quotidien selon la règle de Saint Benoît.
Dans l’oratoire de la Grange Saint Bernard de Clairvaux, ce matin-là, une trentaine de personnes chantent ensemble l’office de sexte. Parmi eux, aucun prêtre, aucun moine : tous sont laïcs cisterciens. Ils sont les premiers arrivés au rassemblement international de la « famille cistercienne », organisé à l’occasion du neuvième centenaire de la fondation de l’abbaye de Clairvaux et qui s’achève vendredi 21 août.
Hommes et femmes de tous âges, ils ont choisi de vivre, hors de toute clôture, selon la règle de Saint Benoît et la spiritualité de saint Bernard : « Vivre le plus pauvrement possible, par ses propres ressources, et au service des autres, résume Pierre-Alban Delannoy, responsable de la communauté de la Grange Saint Bernard, la première de France, fondée en 1990. Surtout, la grande révolution cistercienne, c’est d’avoir associé étroitement la vie de prière et la vie de travail, et donc de vivre une prière incarnée. » Les laïcs cisterciens sont organisés en communautés mixtes d’une vingtaine de personnes, chacune rattachée à un monastère cistercien. Ils se retrouvent entre eux une fois par semaine et un week-end par mois.

« Un simple chrétien peut instruire ses frères sans passer systématiquement par un prêtre »
C’est cette relative autonomie des laïcs qui a plu à Michel, 56 ans, gérant d’une société de production audiovisuelle à Paris. « Il y a chez nous l’idée très forte qu’un simple chrétien peut instruire ses frères sans passer systématiquement par un prêtre », explique-t-il. « C’est être adulte dans sa foi », complète Sophie, son épouse, séduite quant à elle par la lectio divina en groupe. Le couple, qui cherchait un moyen de vivre sa foi ensemble, s’est tout de suite retrouvé dans la spiritualité cistercienne.
Après l’office, les membres du groupe déjeunent en silence dans la salle à manger. Pendant ce temps, Marie pique-nique à l’extérieur avec son fils de 9 ans, Benoît. À 36 ans, elle n’est pas encore laïque cistercienne, mais se sent « appelée » à le devenir. Aide-soignante non loin de là, à Bar-sur-Aube, elle élève seule son fils après son divorce et la reconnaissance en nullité de son mariage. « J’ai toujours été bercée par Clairvaux, mes parents étaient laïcs cisterciens », raconte cette native de la région. Pendant l’été, elle est venue à la Grange chaque semaine avec son fils, qui en paraît ravi : seul enfant du groupe, il est fier d’annoncer qu’il servira la grande messe de la Saint-Bernard, le lendemain.

Un engagement devant la communauté
Devenir laïc cistercien peut prendre plusieurs années. Après une période d’observation, un « accueil réciproque » ouvre une réflexion qui peut durer deux ans, parfois plus. S’ensuit un engagement devant la communauté, en présence du père abbé ou d’un moine du monastère auquel le groupe est rattaché, renouvelé par la suite tous les trois ans. Cette maturation n’est pas prise à la légère, car vivre la règle de saint Benoît peut avoir des implications « assez radicales », selon Pierre-Alban Delannoy. Devenu laïc cistercien en 2009 après une longue période d’éloignement de la foi, ce célibataire de 67 ans a lui-même quitté Lille pour venir vivre ici, à la Grange. Brigitte, elle, a changé de travail pour mieux vivre l’esprit de pauvreté. « Avant, j’étais dans l’industrie, je vivais le stress et la course à l’argent », se souvient celle qui, à 55 ans, s’est spécialisée dans le conseil des salariés sur leurs choix professionnels.
Hors de ces grands changements de vie, le laïc cistercien doit aussi essayer de réinvestir la spiritualité de Saint Bernard dans sa vie quotidienne. C’est ce que fait Marie-Agnès, 89 ans, qui s’occupe à Lille de personnes handicapées mentales. « Ce que je vis ici m’aide à regarder ces personnes avec plus d’amour et d’humanité », témoigne-t-elle. Le décès de son mari, en 2002, a suscité beaucoup de questions chez cette ancienne de l’Action catholique. Parmi les laïcs cisterciens, qu’elle a rejoints il y a onze ans, elle a retrouvé la sérénité.
Bien qu’il soit présent dans de nombreux pays (États-Unis, Maroc, Congo, Nouvelle-Zélande…), le mouvement, qui compte plus de 2 500 membres dans le monde, dont 400 en France, est encore méconnu. « Nous n’avons pas fait beaucoup de publicité jusqu’à maintenant, admet Sophie. Nous gagnerions sûrement à nous faire connaître, mais il fallait d’abord que nous trouvions une stabilité. » Marie, l’aide soignante de Bar-sur-Aube, en fait l’expérience dans sa paroisse depuis qu’elle est en couple avec l’un des membres de la communauté : « Quand ils entendent « cistercien », les gens pensent que je fréquente un moine ! »

Pour aller plus loin :
http://grangesaintbernard-clairvaux.fr/laiccistercienal.html
http://www.citeaux-abbaye.com/fr/les-cisterciens-hier-aujourd-hui-demain/famille/les-laics