Des jeunes en plongée monastique (La Croix 28/6/16)

Partager la vie des moines pendant dix-huit heures : c’est la proposition de Mgr Hervé Giraud aux jeunes du diocèse de Sens-Auxerre.


Le week-end du 25 juin, à l’abbaye bénédictine de la Pierre-qui-Vire, 18 jeunes de 14 à 21 ans ont découvert le silence et une forme de prière nouvelle pour eux.

Des yeux ronds et une rumeur accompagnent l’évocation de l’office de vigile, fixé à 2 heures – en plein milieu de la nuit ! « Il faut prévoir un réveil, non ? », s’interroge Tristan, 14 ans, faisant naître les éclats de rire dans la salle où le groupe s’est réuni autour de Mgr Hervé Giraud.

À l’image de Tristan, la plongée dans la vie monastique, proposée par l’archevêque de Sens-Auxerre pour la quatrième fois cette année, a pour ces jeunes un goût d’aventure.

Arrivés peu avant les vêpres, vendredi 24 juin au soir, ils sont immergés tout de suite : repas en silence, prière des complies et coucher dès 22 heures, en prévision des réveils matinaux – pour l’office de nuit, donc, mais aussi pour les laudes, à 6 heures…

« J’ai un peu peur de ce rythme assez strict. Habituellement, je vais à la messe le dimanche, mais c’est tout », admet Candy, étudiante en première année de médecine. « Nous aimons bouger, faire du sport, rire… », ajoute Alix, en classe de 1re, intriguée par la vie monastique, tandis que Clara, partie plusieurs fois à Lourdes avec les hospitaliers, estime que « l’engagement des religieuses dans l’humanitaire (est) plus facile à comprendre ».
« Voir par eux-mêmes comment vivent des moines aujourd’hui »

Pourtant, la curiosité et une pointe de défi l’ont largement emporté. Dans la nuit brumeuse de ce vallon, sur l’esplanade de gravier détrempée par l’orage de la veille, ils étaient presque tous là, lorsque l’un des frères a ouvert lentement la porte de l’église néogothique.

Les jeunes se sont assis sur les chaises d’osier, psautiers en main. Sous une pâle lumière, ils ont observé le ballet des silhouettes brunes gagnant les stalles de bois sombre, dessinant de longs signes de croix et courbant les reins devant le chœur dominé par un Christ en croix en bois polychrome. Avant que le chantre ne se redresse pour entonner l’hymne d’ouverture.

« La plupart étaient désireux de voir par eux-mêmes comment vivent des moines aujourd’hui », explique Matthieu Jasseron, 32 ans, étudiant au séminaire provincial d’Orléans, qui a emmené une dizaine de jeunes de sa paroisse de Saint-Florentin, à la frontière de l’Aube.

Des jeunes séduits par ce café partagé avec quelques moines au réfectoire, et par le témoignage de l’un d’eux, qu’ils ont questionné sur sa vocation, le choix de cet « enfermement » et l’austérité de la vie communautaire. Mais aussi par la proximité de leur archevêque, avec qui ils ont partagé le repas et la vaisselle comme les offices.

Si nombre d’entre eux ont l’habitude de prier, en famille pour certains, les psaumes ont été une découverte. Tous ont été saisis par le rythme serein des chants, présent dans tous les offices.

« La prière entièrement chantée, c’est vraiment beau à voir », sourit Antonin, plutôt grand gaillard. « Pour moi, cela se résumait à la prière du soir. Quand on assiste à cela, on comprend que la foi peut faire vivre pleinement. »

Au petit matin, après les laudes, le groupe a gagné le réfectoire. Installés autour des tables sobrement garnies, ils ont prolongé le recueillement de la nuit. Martin, 15 ans, se dit heureux de retrouver ce « silence intérieur », lui qui a vécu déjà plusieurs retraites spirituelles.

« Au quotidien, on est tout le temps bousculés ; le silence des moines nous oblige à faire silence en nous-même. J’en ai vraiment besoin pour prendre du recul et faire le bilan de l’année scolaire qui se termine. »

Un peu de solitude trouvée dans la chapelle ou dans les bois qui entourent cette abbaye fondée en 1850. D’autant qu’ici, on ne capte aucun réseau téléphonique, et Internet a été coupé depuis quelques jours à cause des intempéries.

« Ça fait du bien de ne pas avoir tous les objets du quotidien », admet Tristan. Clara et Grégoire, tous deux en classe de seconde, perçoivent un écho à la parabole du jeune homme riche, proposée à la méditation au début de cette courte retraite.

« Nous possédons beaucoup de choses, et paradoxalement nous remercions très peu, ajoutent-ils. Ici, on apprend à se détacher, à sortir d’une vie quelquefois superficielle, pour s’occuper de nous, intérieurement. Pour être seul à seul avec Dieu. »

Source : www.la-croix.com