Des sœurs dominicaines se lancent dans l’habitat intergénérationnel

En partenariat avec « Habitat et Humanisme », la congrégation des dominicaines de la Présentation de Tours vont aménager au 310 rue de Vaugirard, dans le 15e arrondissement de Paris, un vaste ensemble immobilier pour sœurs âgées, étudiants, jeunes travailleurs et mères célibataires.


« C’est un projet d’avenir qui donne du dynamisme, y compris aux sœurs âgées ! » C’est en ces termes que Sœur Véronique Margron, théologienne et provinciale de France de sa congrégation des dominicaines de la Présentation de Tours, a présenté mercredi 21 octobre devant une trentaine de riverains et d’amis de la communauté religieuse – et alors que la famille dominicaine s’apprête à fêter ses 800 ans –, la « nouvelle maison intergénérationnelle Saint-Charles » qui va être construite au 310 rue de Vaugirard, dans le 15e arrondissement de Paris.

Dans cet espace agréable, pourvu d’un jardin, propriété des dominicaines depuis 1854 et connu sous le nom de Maison Saint-Charles, un vaste ensemble immobilier va être aménagé en partenariat avec « Habitat et Humanisme », l’association fondée par le prêtre lyonnais Bernard Devert. « Notre but était de permettre aux sœurs âgées de rester ici mais aussi de rendre la maison utile à plus que nous », poursuit Véronique Margron.

Vingt religieuses de plain-pied avec la chapelle

Après trois ans de réflexion et d’hypothèses diverses – loger des familles de proches hospitalisés, en lien avec les hôpitaux du secteur –, les sœurs ont finalement opté pour quatre bâtiments sur plusieurs niveaux, tout autour du jardin, permettant de mélanger les âges, les états de vie et les milieux sociaux.

Seront donc bâtis ici 20 « T1bis » et « T2 » (30 à 40 m2) « de plain-pied avec la chapelle », selon Laurent Lacoin, gérant de « Necco », agence bordelaise d’assistance en maîtrise d’ouvrage, pour loger des religieuses âgées. Seront bâtis également 15 « T1bis » pour des étudiants et jeunes travailleurs, 10 « T2 et T3 » (50 à 60 m2) pour des familles monoparentales, ainsi que 15 chambres d’hôtes qui permettront, comme c’est déjà le cas, de loger quelques nuits des personnes en formation ou de passage à des tarifs préférentiels.

« De belles histoires »

Viendront s’ajouter deux grands appartements (110 m2) intergénérationnel où logeront en colocation – mais chacun dans une zone privative – une personne âgée, un étudiant, un jeune travailleur et une maman avec enfant, afin de favoriser la solidarité et l’échange d’expériences. « Nous avons déjà créé ailleurs de tels habitats intergénérationnels et on y voit souvent de belles histoires », explique Bernard Usquin président d’Habitat et Humanisme Île-de-France et lui-même habitant du 15e arrondissement parisien.

C’est Habitat et Humanisme qui assurera la gestion et l’animation de ces logements sociaux pendant les quarante ans du bail, avec « un accompagnement spécifique des mères seules afin qu’elles puissent quitter la Maison Saint-Charles dans un délai de trois-quatre ans », précise Bernard Usquin.

« Ces locaux seront conçus pour faciliter du lien social et des rencontres », fait valoir Agnès Ragot, directrice salariée du pôle social d’Habitat et Humanisme Île-de-France qui prévoit aussi la participation de bénévoles du quartier intéressés à l’animation de ce lieu. De fait, des espaces communs – outre le jardin et la chapelle – sont prévus pour les habitants de la Maison Saint-Charles et du quartier.

Voir le jardin depuis la rue
Les travaux devraient commencer fin 2016, « dès que le permis de construire sera définitif », précise Laurent Lacoin. Et devraient durer « environ 30 mois », dans la mesure où il faut tout abattre puis tout reconstruire. Seule la chapelle restera en place, mais sera entièrement restaurée, notamment en ouvrant des verrières en rez-de-chaussée afin que l’on puisse voir le jardin depuis la rue.

Quant à l’internat de l’école primaire Saint-Charles, dans le même pâté de maison que la Maison Saint-Charles, il sera fermé en juillet 2016, en même temps qu’aura lieu la fusion de cet établissement avec l’école Saint-Louis, rue de l’Abbé-Groult, dans le 15e arrondissement.

Cette fusion, avec transfert de la tutelle à la direction de l’enseignement catholique de Paris et vente des locaux de la rue Blomet, permettra d’étendre au nouvel ensemble scolaire la pédagogie personnalisée qui avait fait la réputation de l’école Saint-Charles. La direction diocésaine de l’enseignement catholique cherche activement un nouveau lieu pour y implanter un internat de primaire – après la mobilisation d’enseignants et parents d’élèves. « Nous ne sommes plus en mesure, expliquait l’an dernier Véronique Margron, d’assurer la tutelle de cette école du fait de la moyenne d’âge des sœurs dans notre province, qui est de 82 ans. »

Claire Lesegretain
Source : www.la-croix.com