Des vocations pour réveiller le monde (Diocèse de Bordeaux)


À l’occasion du lancement de l’année de la Vie consacrée, catéchèse de Mgr Laurent Dognin, évêque auxiliaire de Bordeaux, parue dans le journal Église catholique en Gironde de novembre 2014.

Nous entrons dans une année de la vie consacrée qui commencera le premier dimanche de l’Avent, le 30 novembre 2014, pour s’achever à la Journée de la Vie Consacrée, le 2 février 2016. Une année pour célébrer la grâce que le Seigneur fait à l’Église et à l’humanité de ces hommes et ces femmes qui, en répondant à une vocation particulière dans la vie religieuse ou consacrée, deviennent signe de son amour. « Le mot ‘vocation’ indique ce don gratuit, qui, comme un réservoir de vie, ne cesse pas de renouveler l’humanité et l’Église dans le plus profond de leur être.1 »

Quelle que soit notre vocation et notre état de vie, mariés ou célibataires, nous sommes tous appelés à la sainteté en étant témoins par notre vie entière du Christ ressuscité et de sa Bonne Nouvelle, mais les personnes consacrées apportent un témoignage particulier dont le monde a besoin comme le pape François le précise « La radicalité évangélique n’appartient pas seulement aux religieux : elle est demandée à tous. Mais les religieux suivent le Seigneur de manière spéciale, sur un mode prophétique. Moi, j’attends de vous ce témoignage-là. Les religieux doivent être des hommes et des femmes capables de réveiller le monde2 ».

Je retiendrai quelques aspects de leur vie qui peuvent nous « réveiller » aujourd’hui :

Notre société est marquée de plus en plus par la sécularisation, où tout ce qui concerne la relation à Dieu a tendance à être relégué dans le domaine privé. Les personnes consacrées qui ont « donné leur vie à Dieu » par amour pour lui et par amour pour les hommes dans le célibat consacré, manifestent au contraire que Dieu est bien présent dans la vie des hommes, qu’il nous aime et qu’il est possible de l’aimer au point de ne vivre que pour lui. Elles témoignent que Jésus est un ami fidèle qui nous accompagne tout le long du chemin et par leur simple réponse à son appel, elles nous disent : « aie confiance, le Seigneur est là, il peut combler ta vie si tu mets en lui ta foi ».

Dans un monde marqué bien souvent par l’individualisme et la défense de ses intérêts particuliers, la vie des personnes consacrées, qui s’engagent à vivre dans l’obéissance, est un appel au décentrement : « Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi (Ga 2,20) ». Elles témoignent par leur vie que ce décentrement est source d’une grande fécondité pour les relations humaines, un ferment de paix dans la société comme le pape François le souligne : « La rencontre avec le Seigneur nous met en mouvement, nous pousse à sortir de l’auto-référencement. La relation avec lui n’est ni statique ni intimiste : Celui qui met le Christ au centre de sa vie se décentre ! Plus tu t’unis à Jésus et Lui devient le centre de ta vie, plus Lui te fait sortir de toi-même, te décentre et t’ouvre aux autres3 ».

Dans un monde où la notion de bonheur s’appuie bien souvent sur la possession des biens de consommation et sur les plaisirs hédonistes, les personnes consacrées, qui ont fait vœux de pauvreté ou qui acceptent de vivre modestement, nous donnent le témoignage que le vrai bonheur se trouve dans l’amour de Dieu et dans l’amour du prochain et qu’il y a « plus de joie à donner qu’à recevoir ». Par leur style de vie en fidélité au charisme de leur fondateur, les personnes consacrées nous montrent où se trouve le vrai bonheur : « Dans le monde, il y a souvent un déficit de joie. Nous ne sommes pas appelés à accomplir des gestes épiques ni à proclamer des paroles retentissantes mais à témoigner de la joie qui vient de la certitude de se sentir aimés, de la confiance d’être sauvés.4 »

Dans un monde où beaucoup de personnes souffrent de la crise économique, des injustices, des dérives morales ou des violences qui en découlent, les personnes consacrées, par leur disponibilité aimante, leur foi et leur espérance, se rendent proches de ceux qui souffrent. Elles sont un repère moral et spirituel pour ceux qui sont perdus. « Le Pape François confie cette mission aux consacrés et consacrées : trouver le Seigneur qui nous console comme une mère et consoler le peuple de Dieu. C’est de la joie de la rencontre avec le Seigneur et de son appel que jaillit le service de l’Église, la mission : porter aux hommes et aux femmes de notre temps la consolation de Dieu, témoigner de sa miséricorde.5 »

Dans un monde où il semble de plus en plus difficile de vivre ses engagements dans la durée et la fidélité, où de nombreux couples se séparent, où des familles sont éclatées, les personnes consacrées témoignent qu’il est possible d’être fidèle avec bonheur toute sa vie en s’appuyant sur la fidélité de Dieu. « Notre vie, appelée à la relation dans l’accomplissement de l’amour, peut se transformer en lande inhabitée. Nous sommes invités à chaque âge à revisiter le centre profond de notre vie personnelle, là où les motivations pour vivre avec le Maître en tant que ses disciples trouvent sens et vérité.6 »

La vie de prière des personnes consacrées, en particulier des moines et des moniales, est pour l’Église et toute la société un soutien précieux et elles nous adressent par leur témoignage un appel silencieux : « au milieu de toutes vos activités, prenez le temps de la prière, du cœur à cœur avec le Seigneur, vous ne perdrez pas de temps, bien au contraire ».

Que cette année de la vie consacrée soit pour nous l’occasion d’être plus à l’écoute des appels que le Seigneur nous adresse à travers les charismes des personnes consacrées : « L’Église doit être attractive. Réveillez le monde ! Soyez témoins d’une autre façon de faire, d’agir, de vivre ! Il est possible de vivre autrement en ce monde. [...] J’attends de vous ce témoignage.7 »

† Mgr Laurent Dognin, Évêque auxiliaire de Bordeaux

Source : http://bordeaux.catholique.fr/vie-du-diocese/mgr-dognin/catecheses/des-vocations-pour-reveiller-le-monde