Diocèse du Val de Marne : clôture de l’année de la vie consacrée

A l’occasion de la clôture de l’Année de la vie consacrée, la cathédrale de Créteil accueillait le Cardinal Joao Braz de Aviz (Congrégation pour les Instituts de vie consacrées et les Sociétés de vie apostoliques). Voici le texte de son intervention.


Clôture de l’ANNÉE DE LA VIE CONSACRÉE
A 50 ANS DU CONCILE VATICAN II
(ouverture : 30 novembre 2014 - conclusion : 2 février 2016)
Cathédrale de Créteil, le samedi 6 février 2016
« Réveillez le monde ! », confie le Pape François aux consacrés

Joâo B. Card, de Aviz

Je chercherai à vous partager un peu de ce que nous sommes en train de vivre dans l’Église par rapport à l’initiative du Pape François de dédier l’année 2015 à la vie consacrée.
Nous avons commencé cette Année le 30 novembre 2014 à Rome en la Basilique Sainte Marie Majeure et en la Basilique Vaticane. L’Année 2015 a été ponctuée de belles rencontres à Rome, d’abord entre des représentants de la vie consacrée de différentes confessions chrétiennes, en janvier 2015, puis entre les formateurs et formatrices, en avril 2015. Il y a eu ensuite une rencontre dédiée aux jeunes consacrés, en septembre 2015. Et nous venons de vivre la Semaine de clôture de l’Année, avec près de 4000 consacrés - peut-être certains d’entre vous ont-ils pu y participer également. Ces rassemblements ont été des moments très denses et très joyeux.
Mais il est important de voir que la même chose a eu lieu en de nombreux lieux dans le monde entier. Les Diocèses ont eu d’innombrables initiatives pour célébrer la vie consacrée, avec beaucoup de créativité. Cela a donné comme un courant d’espérance et de joie au sujet de la vie consacrée, courant qui a traversé l’Église et le monde. Non, la vie consacrée n’est pas mourante : elle est vivante de la Vie qui lui vient du Cœur de la Sainte Trinité ! Nous tous, nous en sommes les témoins !
Le Pape François suit tout cela de très près. Il est intervenu aux différentes rassemblements à Rome et il a rencontré des dizaines de groupes de consacrés et consacrées, à Rome, en Italie et à chacun de ses voyages apostoliques. Ses messages ont été très précis, très joyeux et abondants. Parmi eux, il y a aussi une Lettre apostolique intitulée « Témoins de la Joie », qui constitue un itinéraire concret pour tous les consacrés et consacrées.

1) Qui sont les consacrés à qui est destinée cette Année ?

Ce sont les Instituts séculiers, l’Ordo Virginum, l’Ordo Viduarum (les veuves), les ermites, les moines et moniales, les consacrés et consacrées des autres ordres non monastiques, les sœurs, les frères et les autres membres des congrégations religieuses, les membres des sociétés de vie apostolique, aussi des plus récentes. Aujourd’hui, dans le monde, ils sont environ un million cinq cent mille, appartenant à plus de trois mille instituts de vie consacrée et sociétés de vie apostolique.
Comme il s’agit des consacrés et consacrées, y sont inclus naturellement aussi tous les consacrés et consacrées qui font partie des nouvelles réalités ecclésiales que l’Esprit du Seigneur a suscité et continue à susciter dans l’Église aujourd’hui.
La Constitution Lumen Gentium, le document du Concile Vatican II sur l’Église, a dédié son chapitre VI aux religieux, les considérant comme membres à part entière de l’Église, peuple de Dieu, ensemble avec les fidèles membres de la hiérarchie et du laïcat. Comme nous l’avons vu, les consacrés et consacrées sont aujourd’hui dans l’Église une réalité plurielle, nombreuse et très significative. Ce sont des hommes et des femmes qui répondent par leur vie, non à un commandement - bien qu’ils soient soumis à tous - mais aux conseils évangéliques de chasteté, pauvreté et obéissance, « don divin que l’Église a reçu de son Seigneur et que, par sa grâce, elle conserve fidèlement » (n. 43).
Et sa valeur est telle que « l’état de vie constitué par la profession des conseils évangéliques, s’il ne concerne pas la structure hiérarchique de l’Église, appartient cependant inséparablement à sa vie et à sa sainteté » (n. 44 §4)

Dans le Décret Perfectae Caritatis, du même Concile, nous reprenons les principes toujours valides pour le renouvellement de la vie consacrée en nos jours (cf. nn. 2-4) :
-  traduire en actes la suite du Christ, proposée dans l’Evangile comme règle suprême ;
-  connaître et observer fidèlement l’esprit et les intentions spécifiques des Fondateurs, ainsi que les saines traditions ;
-  participer à la vie de l’Église en favorisant les initiatives et les intentions de l’Église locale pour ce qui concerne les dimensions biblique, liturgique, dogmatique, pastorale, œcuménique, missionnaire et les questions sociales ;
-  informer les membres sur les conditions de vie des hommes et du monde, les nécessités de l’Église, pour un jugement droit et une sage insertion ;
-  promouvoir le renouveau, surtout spirituel, qui doit toujours avoir la priorité ;
-  s’adapter partout, mais surtout dans les territoires de mission, aux conditions physiques et psychologiques des religieux d’aujourd’hui, aux besoins de l’apostolat, aux exigences de la culture et aux conditions sociales et économiques ;
-  cultiver l’esprit de prière, puiser aux sources de la spiritualité chrétienne ;
-  en premier lieu, avoir chaque jour en main les Saintes Écritures ;
-  célébrer avec les lèvres et le cœur la sainte liturgie, surtout le mystère eucharistique ;
-  nourris de la Parole et de l’Eucharistie, aimer les frères, respecter et estimer les Pasteurs avec un esprit filial, vivre et « sentir » toujours plus avec l’Église, en se dédiant entièrement à sa mission.

2) À vin nouveau, outres neuves (Mc 2, 22)

À la fin du mois de novembre 2014, l’Assemblée plénière de la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique (CIVCSVA) s’est réunie à Rome. Nous étions une cinquantaine de membres (cardinaux, évêques, supérieurs généraux, théologiens et autres experts). En accord avec le Saint-Père, nous avons pensé la vie consacrée à partir de l’Evangile de Marc : « à vin nouveau, outres neuves » (2, 22). C’est-à-dire que le vin nouveau, qui est Jésus, qui est l’Evangile, a besoin aujourd’hui d’être expérimenté en des structures culturelles et institutionnelles nouvelles. Mais quelles sont ces structures qui ne servent plus et quels sont les processus à développer pour permettre aux structures neuves de naître ?
L’Année de la vie consacrée a voulu nous entraîner tous ensemble à regarder vers le passé avec une mémoire reconnaissante pour les merveilles qui ont été réalisées par Dieu à travers les consacrés. Nous sommes appelés à regarder vers l’avenir avec confiance parce que Dieu, le Seigneur, est toujours fidèle. Et nous sommes aussi engagés à vivre le présent avec passion, c’est-à-dire en étant décidés à répondre au regard d’amour du Seigneur pour chaque consacré.
Le Pape François a reconnu qu’ « après le Concile Vatican II, le vent de l’Esprit a continué à souffler avec force, d’une part en poussant les Instituts à mettre en œuvre le renouveau spirituel, charismatique et institutionnel que le Concile lui-même avait demandé, d’autre part, en suscitant dans le cœur des hommes et des femmes de nouvelles façons de répondre à l’invitation de Jésus à tout quitter pour consacrer sa vie à Le suivre et à l’annonce de l’Evangile ».
Mais le Pape a aussi rappelé certaines zones de fragilité que nous-mêmes, au Dicastère, avons reconnues : « la fragilité de certains parcours de formation, le souci pour les devoirs institutionnels et ministériels au dépens de la vie spirituelle, la difficile intégration des diversités culturelles et générationnelles, un équilibre problématique dans l’exercice de l’autorité et dans l’usage des biens ».
Pour répondre à cet appel du Pape à ne pas « avoir peur de laisser les vieilles outres » pour en utiliser de nouvelles, l’Assemblée plénière du Dicastère propose d’accorder un soin particulier à trois domaines de la vie consacrée.

3) Trois outres neuves à protéger et à renforcer

a. La communauté
Contribuer à soigner et régler diverses formes de structures de communion et communauté dans la vie consacrée. Chaque personne consacrée et chaque communauté sont aujourd’hui appelées à fonder leur vie dans le mystère et la mission de Dieu Trinité, c’est-à-dire dans l’amour. Les consacrés et consacrées, étant concrètement cette réalité trinitaire, sont dès lors appelés à se disposer à la sortie missionnaire, selon leur propre charisme, vers des scénarios et des défis toujours nouveaux, spécialement vers ces périphéries qui ont besoin de la lumière de l’Evangile. Pour cela, il est nécessaire que les structures communautaires deviennent davantage missionnaires et que les activités soient plus dynamiques et ouvertes à cette sortie.
La communion croissante doit mener à une conscience croissante de T « intimité itinérante » du consacré et de la consacrée avec Jésus (EG, 23). Ils ne doivent pas oublier de vivre de façon permanente comme disciples de Jésus, durant toute leur vie. C’est de là que naît la « formation continue ». Le chemin se réalisera alors en écoutant la Parole du Seigneur à travers la « lectio divina », en se laissant former par la liturgie et par l’année liturgique, par l’oraison personnelle. Il faudra créer les conditions pour un discernement communautaire de la volonté de Dieu, toujours dans la circularité des relations. L’histoire nous enseigne, dit le Pape François, que « les bonnes structures sont utiles, quand une vie les anime, les soutient et les guide » (EG, 26).
Nous cheminons vers des communautés toujours plus multiculturelles et interculturelles. La présence de nombreuses cultures dans les communautés est un don de Dieu pour la vie consacrée et pour l’Église. Toutefois, elle n’a pas toujours mené à une communion interculturelle, tant dans la formation que dans la mission. Pour que cela se fasse, chacun doit être sujet libre et responsable du don qui lui est propre et ouvert à celui d’autrui. Celui qui dirige doit savoir motiver et susciter la convergence des diversités vers la synodalité, la synergie, la co-responsabilité. Le regard contemplatif réciproque, le désir de faire Église ensemble et l’hospitalité solidaire doivent devenir ferment de dialogue et de confiance en un monde qui manque d’accueil et de réciprocité fraternelle.

b. La formation (continue et initiale)
« ’Vin nouveau’ sont les jeunes qui demandent d’entrer dans la vie consacrée. ’Outres neuves’ sont les structures d’accueil et de formation, initiale et permanente, pour que ce vin devienne ’vin généreux qui puisse revigorer la vie de l’Église et réjouir le cœur de tant de frères et sœurs ’ » (Pape François).
-  La formation est l’œuvre du Père qui, depuis la conversion, forme en nous le cœur du Fils, par la puissance du Saint Esprit. On recommande donc que la formation soit intégrale (humaine, intellectuelle, théologique et spirituelle), qu’elle tende à former une personne consistante dans la volonté (intègre et ’docibilis’, c’est-à-dire qui se laisse travailler), à travers un modèle d’intégration, afin que le consacré, la consacré aient « les mêmes sentiments du Christ Jésus » (Ph 2, 5 ; VC 70 ss). Qu’elle soit en particulier une formation nourrie d’un sage discernement vocationnel et attentive au domaine affectif et sexuel, notamment au regard des scandales récents, par une méthode formative où s’intègrent bien les éléments spirituels et psycho pédagogiques.
-  La ’docibilitas’, c’est-à-dire l’aptitude à se laisser travailler, doit concerner également les formateurs et formatrices tout au long de leur vie. II faut prévoir, dans la ’Ratio Institutionis’ (c’est-à-dire le programme formatif) l’obligation de la préparation des formateurs, à travers des parcours qui visent le plus possible à une préparation intégrale de celui ou celle qui accompagne. Une formation qui ne soit pas seulement technique, à travers les sciences humaines (en accord avec une anthropologie chrétienne), mais pas seulement spirituelle non plus. Le formateur doit être une personne mûre, capable d’intégrer en elle les deux dimensions et de se mettre en état d’écoute par rapport à la culture des jeunes. Le devoir spécifique de la formation initiale est la ’docibilitas’, c’est-à-dire une personne qui a appris à apprendre de la vie pour toute la vie. La personne ’docibilis’ est le ’i>ir ob-audiens’, celle qui cherche Dieu en toute chose et est disposée à se laisser former par sa main dans la mission et dans la prière, insérée dans le contexte de l’Église particulière, dans la fraternité-sororité et dans les périphéries, dans les événements prévus et imprévus de la vie, dans les succès et les insuccès, en chaque saison de la vie. En effet, ce n’est pas seulement le noviciat qui forme le consacré, mais c’est bien plutôt la vie, en chacun de ses moments et circonstances, qui est la médiation mystérieuse de la main du Père, notre unique Père formateur.
-  La formation est continue. Chaque Institut doit l’assumer avec sérieux et cohérence. Il est maintenant nécessaire de promouvoir une culture de la formation continue dans ses deux dimensions essentielles : la dimension ordinaire (celle qui advient chaque jour, à chaque instant), dont chacun est responsable dans le contexte de sa communauté, et la dimension extraordinaire (qui advient à travers des cours variés de mise à jour ou lors de moments de difficulté particulière vécus par le consacré, la consacrée), dont est responsable l’Institut lui-même. Dans cet objectif, il faut considérer la possibilité de mettre en place une structure, voire même une communauté de consacrés, consacrées, qui prenne en charge ce qui concerne la formation continue afin d’aider le chemin de chacun dans les situations ordinaires et extraordinaires de la vie (crises, passages d’âges, nouvelles charges, difficultés variées). A la lumière de ces exigences de la formation continue et initiale, il sera nécessaire de réécrire le document « Potissimum institutioni » (instruction de la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique, CIVCSVA, du 2 février 1990 sur les directives pour la formation dans la vie religieuse).

c. Le gouvernement et l’économie

-  Ouvrir des espaces de participation. L’Exhortation apostolique Vita consecrata avait affirmé qu’ « il est urgent de faire quelques pas concrets, en commençant par ouvrir aux femmes des espaces de participation dans divers secteurs et à tous les niveaux, y compris dans les processus d’élaboration des décisions, surtout pour ce qui les concerne » (VC, 58). Pour cela, à Rome, nous avons commencé à intégrer davantage de femmes consacrées dans la structure du Dicastère (elles représentent la grande majorité des consacrés). Nous espérons qu’il en sera ainsi pour toute la Curie romaine. Le Pape François a clairement pris cette orientation.
-  Faire attention à la nature spécifique des Instituts mixtes. « Le sacerdoce (...) peut devenir un motif de conflit particulier si on identifie trop la puissance sacramentelle avec le pouvoir » (EG, 104). Pour cela, le Dicastère poursuit le travail sur la reconnaissance de la nature spécifique des Instituts « mixtes » et de l’exercice de l’autorité dans leur structure juridique.
-  Réécrire le document Mutuae Relationes, sur les relations entre les évêques et les Instituts de vie consacrée, dans le contexte de l’Ecclésiologie de communion, qui exprime la co-essentialité des éléments hiérarchiques et charismatiques.
-  Fonder le patrimoine et l’administration des biens, pour que notre pauvreté porte témoignage d’une « Église pauvre pour les pauvres ». Pour cela, il faut partir de la connaissance du contexte économique dans lequel nous vivons ; organiser l’économie avec professionnalisme et transparence ; affirmer l’égalité et la participation pour tous les membres ; définir les structures de co-responsabilité dans la communion ; garantir la formation des économes ; élargir les zones de partage de la communauté jusqu’à l’horizon global.

Conclusion

Pour finir, je cite les cinq choses que le Pape François attend de nous, consacrés. Elles sont tirées de la Lettre apostolique « Témoins de la joie » que le Pape a dédiée aux consacrés et consacrées pour le début de l’Année de la vie consacrée (du samedi 29 novembre 2014). Nous voulons accueillir avec attention les attentes qu’il a manifestées.
• « Que soit toujours vrai ce que j’ai dit un jour : ’Là où il y a les religieux, il y a la joie’. Nous sommes appelés à expérimenter et à montrer que Dieu est capable de combler notre cœur et de nous rendre heureux, sans avoir besoin de chercher ailleurs notre bonheur ».
• « j’attends que ’vous réveilliez le monde’, parce que la note qui caractérise la vie consacrée est la prophétie ». « La radicalité évangélique ne revient pas seulement aux religieux : elle est demandée à tous. Mais les religieux suivent le Seigneur d’une manière spéciale, de manière prophétique. Voilà la priorité qui est à présent réclamée : ’être des prophètes qui témoignent comment Jésus a vécu sur cette terre ... Jamais un religieux ne doit renoncer à la prophétie’ ».
• « Les religieux et religieuses, à égalité avec toutes les autres personnes consacrées, sont appelés à être ’experts en communion’. J’attends par conséquent que la ’spiritualité de communion’, indiquée par Saint Jean Paul II, devienne réalité, et que vous soyez en première ligne pour recueillir le ’grand défi qui se trouve devant nous’ en ce nouveau millénaire : ’faire de l’Église la maison et l’école de la communion’.
• « J’attends encore de vous ce que je demande à tous les membres de l’Église : sortir de soi-même pour aller aux périphéries existentielles. ’Allez partout dans le monde’ a été la dernière parole que Jésus a adressée aux siens et qu’il continue d’adresser aujourd’hui à nous tous (cf. Mc 16,15). C’est une humanité entière qui attend ».
• « J’attends que toute forme de vie consacrée s’interroge sur ce que Dieu et l’humanité d’aujourd’hui demandent (...). C’est seulement dans cette attention aux besoins du monde et dans la docilité aux impulsions de l’Esprit que cette Année de la vie consacrée se transformera en un authentique Kairos, un temps de Dieu riche de grâces et de transformations ».

Nous ajoutons encore à ce programme concret du Pape François pour nous, une des trois paroles programmatiques qu’il nous a données aujourd’hui, parce que les deux autres ont déjà été mentionnées : être courageux.
Écoutons le Pape François, qui nous fait centrer, non seulement l’Année de la vie consacrée, mais toute notre vie de personnes consacrées sur les trois réalités centrales : Evangile - Prophétie - Espérance. Demandons à la Vierge Marie, par un Ave Marin, de commencer à le réaliser maintenant : Ave Maria.