« Dire par ma présence » : Témoignage de René Lelièvre, Fils de la Charité


Le Père René a fait profession religieuse chez les Fils de la Charité le 18 septembre 1971. Ancien ouvrier fraiseur et handicapé physique, il a écrit plusieurs ouvrages alternant fiction et réalité (voir ci-dessous). Il habite Valenciennes où il est toujours engagé dans une vie syndicale et associative militante. Il est aussi actuellement au Conseil de France des Fils de la Charité.

Rester en lien avec le monde ouvrier
Je n’ai pas rejoint les Fils par hasard ! J’ai beaucoup cherché. Au départ c’est prêtre que je voulais être mais ma hantise était de rester en même temps dans le monde ouvrier qui m’avait appris à faire mes premiers pas sur cette terre. Grâce mes parents ouvriers eux-mêmes, aux voisins du quartier, au partage avec les autres enfants.
J’ai découvert un journal « Chantiers » qui traînaient sur une table et bingo ! Des prêtres pour le monde ouvrier comme je l’avais rêvé. Lors de ma première rencontre avec les Fils de la Charité j’ai été séduit par leur accueil et leur joie.

Etre ami
Plus tard je suis devenu P.O. et un événement a changé ma vie. Nous étions en grève contre la fermeture de l’usine. Je vais manger un soir chez un copain de travail. Là, sa femme me dit ce que le copain n’avait pas osé : « Nous n’en pouvons plus, les enfants doivent pouvoir manger, Jacques reprend le travail demain ».
Cet événement m’a fait prendre conscience que le « peuple » que nous formions était fait de personnes. Depuis j’ai la hantise que le collectif n’écrase pas la personne et que la personne ne « casse » pas le collectif. Autre prise de conscience, ma relation avec Jésus. Quel rapport direz-vous ? J’avais avec Jésus une relation dans laquelle je représentais un peuple ; je ne parlais que de lui dans ma prière. Mais ma relation à moi avec Jésus ? Curieusement cet événement m’a fait reprendre conscience que j’étais religieux, que j’avais parié ma vie sur Jésus et que je pouvais avoir avec lui (si je le voulais) une relation comme un ami avec son ami. En cascade cela a rejailli dans ma relation avec l’équipe Fils : nous reconnaissons et nous rencontrons Dieu ensemble et personnellement.

La vie religieuse chez les Fils
Quant au fait d’être religieux P.O., à un « haut gradé » dans l’Eglise qui me posait des questions en terme de chiffres, de production, j’ai dit : « Je suis avec les travailleurs et les gens souvent paumés de mon quartier pour leur dire par ma présence que je les aime et qu’ils sont aimés de Dieu ».
S’il fallait dire d’un mot ce qu’est la vie religieuse, je dirai que c’est une histoire d’amour avec Jésus ainsi que, pour reprendre le mot de Jésus, avec le et les « prochains ».

René Lelièvre fc

Ouvrages publiés
• « Toujours debout », Editions Bénévent, 2007
• « Si faible que soit ton cri, crie-le », Editions Bénévent, 2009
• « Tout s’achète ? », Editions Bénévent, 2010
• « La mort d’André Perron », Editions Thélès, 2012
• « Triangle », Publibook, 2013
• « Coccinelles », Publibook, 2015

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