Eglise en périphérie 3/6 : Salvert, cela veut dire sauvé !

Salvert est une communauté qui tisse du lien en périphérie. Et quel tissage ! Le hameau de Salvert abrite en effet 20 hectares d’une belle diversité : une communauté de 27 religieuses, une maison d’enfants à caractère social, une école Montessori, des mineurs étrangers isolés, et au « Château » des familles de migrants, des réfugiés, des célibataires en situation difficile. Ajoutez une ferme en agro biologie et plusieurs familles et vous aurez un panorama à peu près complet des personnes que vous pourrez croiser à Salvert.


L’histoire de Salvert est longue de 175 années au service de situations de fragilité humaine. La congrégation religieuse (les Filles de la Sainte Vierge) trouve son origine dès 1832 au sein de l’hôpital général de Poitiers. Autour du Père Adolphe-Henri Gaillard, des femmes souhaitent vivre de l’évangile auprès des plus démunis. Ce petit groupe prend alors en charge des orphelines de l’hôpital, puis s’installe en 1842 à Salvert. Il y établit un orphelinat et une colonie agricole. De là, la congrégation des sœurs va connaître une certaine expansion mais conservera toujours ses racines à Salvert et ses missions sociales et agricoles.
Dès l’origine, la communauté est composée de sœurs qui sont touchées par la pauvreté et/ou le handicap. Les sœurs fondent à Salvert une seconde famille où l’entraide et le soutien mutuel sont vécus au quotidien. Une réelle fraternité de cœur imprègne la vie à Salvert.

Avec les blessés de la vie
La Règle de Vie de la communauté invite chaque sœur à être « geste avant d’être parole ». C’est à travers une spiritualité des mains, une spiritualité vécue dans l’ordinaire de la vie, que les sœurs témoignent du Christ. La communauté se donne comme priorités le travail, la présence auprès des plus fragiles et une vie partagée avec les blessés de la vie.
Ce qui se vit aujourd’hui à Salvert est le fruit d’un travail de relecture du charisme des sœurs débuté en 2005. Elles choisissent alors de travailler avec un laïc pour se poser et essayer de répondre aux questions de l’adaptation de leur charisme au contexte et aux appels de la société. Comme un temps de refondation, la famille spirituelle de Salvert voit le jour, une association est créée pour fédérer l’ensemble des œuvres. Salariés, bénévoles, membres du conseil d’administration, prêtres en proximité, personnes accueillies… choisissent de participer activement d’une manière ou d’une autre à la vie de Salvert, en mettant leurs pas dans ceux des sœurs. Le temps spirituel du jeudi matin est tout à la fois un temps de lecture de la Parole, de méditation personnelle, de prière communautaire et de transmission du charisme par l’expression des Soeurs.

Détachement et remise en question
La reconnaissance de la fragilité humaine est une valeur fondamentale et propre à l’identité de Salvert. Quatre valeurs peuvent en exprimer la profondeur : le respect de la dignité humaine, la fraternité, la responsabilité et la coopération, la place du don.
Salvert fonctionne en réseau, et la directrice générale est là pour faire le lien entre toutes les œuvres. Dans ce réseau, les sœurs ont toute leur place. Elles sont impliquées dans le quotidien. Ainsi, deux sœurs habitent au château. D’autres assurent une présence à l’école Montessori… Les parents sont sensibles à leur présence. À Salvert, l’accueil de chaque personne comme unique, l’accueil de chaque situation, nécessite pour bien la vivre, du détachement et une certaine remise en question des sœurs et de tous ceux et celles qui les accompagnent.

Travailler en réseau
Les enfants du château sont scolarisés à l’école Montessori. Là, se situe un point de rencontre entre les gens du hameau. Le lien se fait aussi par la manière de travailler en réseau. Par exemple, un jeune de la Maison d’Enfant vient donner un coup de main à la cuisine. Les enfants de l’école visitent la ferme. Les habitants de Salvert peuvent aussi se retrouver à la messe dominicale dans la chapelle des sœurs…
Salvert veut dire sauvé et tous ceux qui ont passé quelques jours ou quelques années à Salvert en parlent comme d’un havre de paix, une maison de Dieu. Salvert est à la périphérie de l’Eglise, un lieu de première annonce. Le point commun de tous les pôles de Salvert est le bien de la personne. Il se construit quand un regard d’espérance est posé sur chaque personne et que ce regard est partagé entre tous les acteurs de Salvert. La pensée sociale de l’Eglise est aussi au cœur de ce projet au service du bien commun. Selon l’intuition d’origine, Salvert se veut lieu de vie, lieu de croissance et lieu de sens.

Sr Anne-Claire Dangeard
D’après une rencontre avec Emmanuel Gasselin, délégué général du réseau associatif de Salvert.

Une rencontre improbable et la confiance donnée
Erduan et Aline se sont rencontrés pour la première fois à l’âge de 8 et 12 mois. Aujourd’hui, ils sont proches de leurs trois ans. Ils sont heureux, joyeux. Erduan et Aline s’aiment vraiment. Ils ont une joie profonde d’être ensemble. Ils franchissent toutes les étapes de la petite enfance en se suivant de très près : le jeu, la marche, la parole… Ils grandissent dans un monde sans frontière. Erduan le kosovar chante en Araméen quand Aline l’irakienne chante en Kosovar.
La rencontre d’Aline et d’Erduan est improbable dans notre monde. Leurs parents ont fui, pour les uns la guerre et Daesh en Irak, et pour les autres la maltraitance et les violences faites aux femmes au Kosovo. Rencontre improbable par les histoires et les confessions religieuses de chacun : chrétiens pour les uns, musulmans pour les autres. Rencontre improbable pour les codes culturels qui sont les leurs dans leurs pays. Et pourtant cette rencontre a eu lieu…
Après plus de deux années vécues ensemble à Salvert, cette photo d’Erduan et Aline qui courent main dans la main est le symbole d’une vie in-imaginée, inimaginable au départ. « Salvert est notre chance pour vivre ça car nous savons que si nous étions voisins dans un même immeuble à Poitiers, nous ne nous serions pas rencontrés. C’est la confiance créée, la confiance donnée et manifestée par les Sœurs à Salvert et ceux qui habitent le château qui nous a permis ça. C’est ce qui nous attache à Salvert aujourd’hui. Nous avons fait le chemin et nous sommes prêts à marcher avec de nouvelles familles à accueillir. »