Eglise en périphérie 5/6 : " J’étais en prison et vous m’avez visité... "

Au cœur de l’Yonne, la congrégation des Sœurs de Jeanne Delanoue a répondu à l’appel d’une congrégation dont la communauté devait fermer. En accord avec l’évêque du diocèse de Sens-Auxerre, elle l’a remplacée dans sa mission, en particulier auprès du centre de détention de Joux la Ville. Trois religieuses y sont présentes pour les détenus et leurs familles, L’Église locale et la population.


« C’est super que vous fassiez ça ! » Sur le quai de la gare de Vermenton où elles raccompagnent une visiteuse, Sœur Simone et Sœur Alphonsine provoquent l’admiration d’une avocate venue de Paris pour une audience au centre pénitentiaire de Joux-la-Ville. La jeune femme s’est rendue en taxi dans cet établissement dédié aux longues peines et ouvert en 1990 au lieu-dit « La Poste aux alouettes ». Elle a ainsi pu expérimenter la difficulté pour les familles d’aller y visiter leurs proches. Car si le bâtiment est bien tenu et le cadre apaisant, l’établissement est implanté dans un no man’s land de verdure, à 6 km du village. D’où la mise à disposition d’un studio pour héberger les familles qui n’ont pas toujours la possibilité matérielle de repartir, ni les ressources financières pour s’offrir une chambre d’hôtel et qui attendent parfois un autre parloir fixé au lendemain.
Ouverts les week-end et jours fériés, les parloirs sont réservés le matin de 8h30 à 10h aux habitants de l’Yonne, de 10h30 à 12h à ceux des départements limitrophes, et aux autres l’après-midi (13h30-16h30). Le studio sert également aux détenus en permission accompagnés de leurs familles.

Accueillir et rassurer les familles
Sœur Anne-Marie gère le studio parfaitement équipé et loué 15 euros la nuitée. « Ici les personnes sont tout à fait autonomes. Le studio est pratiquement occupé tous les week-ends soit une fréquentation d’une centaine de personnes par an, de toute la France et de toutes nationalités, souvent de familles assez précaires. Dans la semaine c’est un détenu avec un membre de sa famille qui vient pour quelques jours de permission ». racontent les sœurs.
Dans un local attenant au centre de détention, les bénévoles de La Halte accueillent les familles les jours de parloirs. L’association peut prendre en charge deux fois par mois 50 % du coût du trajet en taxi. Sœur Simone, sa secrétaire, fait partie de l’équipe de bénévoles, une douzaine, tous retrait(é). « Notre rôle, explique-t-elle, est de permettre que les familles trouvent quelqu’un pour les accueillir avec le sourire avec respect et compréhension, offrir une tasse de café, donner un renseignement et, lors de la première visite qui les met souvent en grande souffrance, de répondre à leurs questions et de les aider à remplir les fiches déclarant les objets qu’elles apportent au détenu. Il s’agit de rendre moins lourd le stress de l’attente ou la sortie de parloir ». Sœur Simone assure une à deux permanences par mois à « l’abri Familles ».

Sœur Alphonsine, Malgache, est membre de l’aumônerie catholique et se rend à la prison environ deux fois par mois pour un temps dit de « réflexion chrétienne » avec de temps en temps une messe. « C’est, précise-t-elle, le seul endroit où il n’y a pas de surveillant. L’important est de permettre aux détenus de s’exprimer librement ». Elle est la seule de leur petite équipe (dix personnes) qui fait le lien entre les hommes (environ 500 détenus) et les femmes (une centaine). Le fait d’aller en binôme auprès des hommes la rassure. Elle dit avoir été énormément aidée au départ par les formations de l’administration pénitentiaire et celles de l’aumônerie nationale des prisons. « Nous sommes, témoigne-t-elle, une fenêtre ouverte dans la vie de ces détenus toujours avides de savoir ce qui se passe dehors ». Et elle ajoute : « Tout ce que je vis en prison résonne avec la Parole de Dieu. Cette mission m’a confirmée dans le charisme de ma congrégation. Je me trouve très à l’aise avec ce que d’autres ont organisé avant nous ».

Soutenir une Eglise rurale pauvre
Les Sœurs de Jeanne Delanoue ont pris en 2007, le relais des Sœurs de Nevers qui étaient arrivées à Joux-la-Ville dès l’ouverture de la prison. Elles sont arrivées avec cette feuille de route : « maintenir la présence d’une communauté auprès des détenus et de leurs familles, participer à la mission de cette Eglise rurale pauvre -la messe, qui n’a lieu une fois par mois rassemble moins de 30 fidèles avec les villages des alentours-, être attentive aux défavorisés, aider à la mise en place de laïcs, ouvrir sa porte et accueillir ceux qui sont en peine. »
Elles tentent, en travaillant avec d’autres, de relever tous ces défis, se faisant proche de la population par leur accueil, leur vie fraternelle. Ainsi Sœur Simone (81 ans) fait partie de l’Equipe d’Animation de la paroisse Saint Martin en Avallonnais et accompagne les animateurs de l’aumônerie des Sixièmes. Sœur Alphonsin (66 ans), se rend chaque semaine à Avallon (17km) dans le quartier populaire de La Morlande pour le « Café Sourire » du Secours Catholique. Sœur Anne-Marie (83 ans), visite les personnes âgées et les malades, est membre de l’équipe paroissiale des obsèques et s’occupe de la liturgie. Tout reste très fragile, mais quelle précieuse présence !

Servantes des plus rejetés
Jeanne Delanoue (1666-1736) devient, très jeune, dame de charité à Saumur. Pour répondre à l’appel qu’elle de Dieu, elle s’occupe des pauvres plus que des clients de la mercerie familiale, elle héberge des orphelines, des femmes âgées, des handicapés, des mendiants de passage…. En 1704, quelques jeunes filles se trouvent disposées à l’aider et même à revêtir l’habit religieux. Ainsi naît la Congrégation de Sainte Anne de la Providence. A sa mort, elle laisse une douzaine de communautés, hospices, petites écoles. Elle a été béatifiée le 9 novembre 1947, puis canonisée le 31 octobre 1982.
La Congrégation des Sœurs de Jeanne Delanoue compte aujourd’hui près de 300 religieuses présentes en France, à Madagascar, en Indonésie et au Mali.