François met les religieux en garde contre la rigidité et le narcissisme

(RV) Mise en garde contre le narcissisme ou la rigidité, éloge des femmes consacrées « en première ligne », et défi de l’évangélisation… Autant de thématiques abordées ce jeudi matin par le Pape devant quelques 5.000 religieuses et religieux réunis à Rome pour la Rencontre mondiale des jeunes consacrés, organisée dans le cadre de l’Année de la Vie consacrée.


Le Pape n’a pas lu son discours, il a préféré répondre sans note aux questions posées par un religieux syrien, une sœur indienne et une religieuse cloîtrée. Cette dernière lui a demandé comment parvenir, dans une période si instable, à éviter de tomber dans la médiocrité. « Un problème très sérieux » et qui touche au « confort de la vie consacrée » affirme François.

Le confort de la vie consacrée, un possible obstacle à l’Esprit Saint
Je suis tous les commandements, je me tiens tranquille, donc je suis en règle. Le Pape s’oppose à ce raisonnement et met les religieux en garde contre une observance trop rigoureuse des règles, la qualifiant de « liberté mondaine » et l’opposant à la liberté de l’Esprit Saint. Etre trop rigide, c’est de l’égoïsme personnel, « chercher à se sentir meilleur que les autres ».
« Une mère qui éduque ses enfants dans la rigidité, en leur disant ‘il faut faire ceci ou cela’, elle ne les laisse pas rêver, ni grandir, elle détruit leur futur créatif, affirme François. Ce seront des enfants stériles, et la vie consacrée peut, elle aussi, être stérile quand elle n’est pas prophétique », avertit le Pape.
Il encourage les religieux à renoncer à la rigidité pour continuer à rêver, en suivant l’exemple de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. Enfermée dans un couvent, cette jeune rêveuse « n’a jamais perdu les horizons de l’Eglise », devenant la Patronne des missions. Comment y parvenir ? « Garder son cœur toujours ouvert à ce que dit le Seigneur. Et ce que dit le Seigneur, conseille François, il faut le transmettre à son supérieur, son maître spirituel, avec l’Eglise ou l’évêque ».
Le Pape prône le dialogue, quitte à se quereller. Il leur demande de savoir se pardonner entre eux, au sein de leur communauté et condamne une nouvelle fois les bavardages, « un acte terroriste ». « Celui qui médit de quelqu’un jette une bombe sur la réputation de l’autre, et le détruit, lui qui ne peut pas se défendre ». En cas de problème, le Pape les invite à prier, se tranquilliser et aller parler à la personne concernée.

La culture du provisoire
Tout au long de la vie consacrée, il existe des moments d’instabilité. Ce sont les tentations. Mais « la lutte sera la fin ». Le Pape rappelle les paroles de Sainte Thérèse qui invitait à prier pour ceux qui s’apprêtent à mourir, le moment où les tentations sont les plus fortes.
François convient par ailleurs que le monde est « très très instable ». « Nous vivons la culture du provisoire », du ‘prend et jette’, du ‘marions-nous tant que cela dure’, et reconnaît le Pape, cette culture du provisoire est entrée dans l’Eglise et dans les communautés religieuses. « Mais Dieu a envoyé son Fils pour toujours » et à tous. C’est un critère de discernement, indique le Pape. « Pour ne pas se désagréger », il invite à prendre des engagements définitifs.

Hommage du Pape aux femmes consacrées
Interpellé par une religieuse indienne sur l’évangélisation, le Pape a assuré qu’évangéliser n’était pas la même chose que faire du prosélytisme. « Nous ne sommes pas un club de football qui cherche des membres, des adhérents ». Evangéliser, poursuit-il, ce n’est pas seulement convaincre, mais témoigner que Jésus est vivant, avec sa chair et sa vie. « Si ton cœur brûle d’amour pour Jésus Christ, tu es un bon évangélisateur ». Ce n’est pas une question de livres ou d’organisation.
« Pardonnez-moi si je suis un peu féministe ». Le Pape a tenu à remercier les femmes consacrées « qui ont toujours cet envie d’aller en première ligne » parce qu’elles sont « mères », et qu’elles possèdent « cette maternité de l’Eglise ». Le Pape a alors évoqué un souvenir argentin : quand trois religieuses coréennes, ne parlant pas un mot d’espagnol (autant que lui en chinois), avaient réussi à se faire aimer des patients par leur seule présence, professionnalisme et sourire. Il se souvient également d’un Espagnol arrivé en Argentine après la guerre d’Espagne. C’était un « bouffe-prêtre ». Mais lorsqu’il est tombé malade, une religieuse a travaillé chez lui pendant un mois, malgré les insultes, pour soulager sa femme et leurs trois enfants. L’homme depuis, a toujours défendu les religieuses.
Ce jeudi, le Pape les a ainsi encouragées sur cette voie de proximité, « la prophétie du témoignage ». La religieuse est, dit.il, « l’icône de la Mère Eglise », de sa tendresse, de son amour, de sa maternité, celle de la Vierge.

Mémoire et humilité
Enfin, sollicité par un jeune Syrien, François a fait le récit de sa vocation sacerdotale, le 21 septembre 1953. « Dans les moments les plus sombres, difficiles, les moments de tentations, il faut retourner aux sources, faire mémoire, et se rappeler de la stupeur qui nous a saisi lorsque le Seigneur nous a regardé ».
Le Pape affirme que le Seigneur ne l’a jamais abandonné, même dans les moments de péchés dont il se souvient avec « honte ». Le Pape a enfin conclu cette rencontre en mettant les religieux en garde contre un des pires maux pouvant les frapper : le narcissisme. Plutôt que de s’admirer dans la glace, le Pape conseille de prier le Seigneur, de lui rendre grâce avec « un temps d’adoration silencieuse ».

Source : Radio Vatican