Homélie du dimanche 13 novembre 2016 33° Dimanche T.O. (C) Luc 21, 5-19

Mgr Pascal Roland, président de la Commission épiscopale pour la vie consacrée, a présidée l’eucharistie du dimanche 13 novembre 2016.


Imaginez un instant la situation ! Vous êtes en train d’admirer un temple grandiose, élevé à la gloire de Dieu. Ce temple vient d’être restauré, agrandi et embelli par Hérode le Grand. Saint Jean nous rapporte dans son évangile que cette restauration a exigé pas moins de 46 ans de travaux (Jn 2, 20). Vous vous extasiez donc devant la riche ornementation. Vous vous émerveillez également de la générosité des fidèles qui ont financé cette belle réalisation. Et voici que Jésus brise tout net cet élan d’admiration, en vous déclarant brutalement que ce bel édifice... est appelé à disparaître ! Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit.

Nous pouvons aisément établir un parallèle avec certaines réalités de la vie religieuse. Il y a quelques années, nous aurions pu nous émerveiller tout pareillement en admirant la multiplicité des instituts religieux en France, le foisonnement de fondations que ceux-ci opéraient à l’étranger, le nombre considérable de membres, les grosses abbayes, la quantité impressionnante d’œuvres sociales, éducatives et sanitaires gérées par les instituts religieux. Quel magnifique édifice tout à la gloire de Dieu !

Et voici que le Seigneur brise notre enthousiasme naïf face à la réalité présente du vieillissement des membres et du petit nombre de vocations ; de communautés qui ferment, d’instituts qui s’éteignent, à tel point qu’on s’interroge parfois sur ce qui va bientôt rester !

Jésus serait-il un provocateur ? Où veut-il donc en venir ? Mais revenons à l’histoire du temple de Jérusalem. Pourquoi Jésus annonce-t-il la fin du temple de Jérusalem ? Nous pouvons discerner trois explications.

Tout d’abord, Jésus nous signifie que le temple de pierre n’a plus de raison d’être. Le temple était pour le peuple Juif le signe de la présence divine parmi les hommes. Mais c’était un signe provisoire qui a désormais cessé de remplir sa fonction. Pour la bonne et simple raison que cette fonction est maintenant assurée par la personne de Jésus, car Le Verbe s’est fait chair et il a demeuré parmi nous (Jn 1, 14). Jésus est effectivement reconnu comme l’Emmanuel, c’est-à-dire Dieu avec nous (cf. Mt 1, 23). Désormais le lieu de la présence et de la manifestation de Dieu au milieu des hommes, c’est la personne de Jésus. Jésus est le temple nouveau et définitif, celui qui n’est pas fait de main d’homme (cf. Ac 17, 24 et Heb 9, 11) C’est en lui que, comme le déclare saint Paul, habite corporellement toute la plénitude de la divinité (Col 2, 9).

Par voie de conséquence, le culte du temple est rendu caduc. Les sacrifices sanglants n’ont plus lieu d’être. Le culte authentique se rattache désormais à Jésus, qui est à lui seul l’autel, le prêtre et la victime (5° préface de Pâques). La destruction du temple par les Romains, en l’an 70 de notre ère viendra d’ailleurs confirmer que le rôle de ce sanctuaire est effectivement parvenu à son terme. Il est intéressant de constater que ce temple, qui avait été maintes fois reconstruit au cours de l’histoire, n’a jamais été rebâti depuis la venue de Jésus : c’est bien la preuve que Jésus a inauguré une ère nouvelle !

La deuxième raison pour laquelle Jésus annonce la fin du temple vient de ce que Jésus s’inscrit dans la logique des prophètes de l’Ancien Testament. Les prophètes ont annoncé autrefois la ruine du 1° temple de Jérusalem. Ces derniers, en effet, ont proclamé que Dieu ne pouvait pas cautionner le mal : puisque le Peuple de Dieu était infidèle à l’Alliance, le temple, signe de la présence divine, allait donc être détruit. A cause de vous, Sion sera labourée comme un champ, Jérusalem deviendra un monceau de décombres et la montagne du temple une hauteur broussailleuse, déclare Michée (Mi, 3, 12). Eh bien, de la même façon que la ruine du temple de Jérusalem devait signifier visiblement au Peuple de Dieu sa rupture de l’Alliance, puisque Jésus est le véritable temple de Dieu, sa mort doit manifester aux hommes leur péché. Elle doit leur signifier leur rupture de l’Alliance et afficher la désapprobation divine.

En fait, en annonçant la destruction du temple de Jérusalem, Jésus annonce donc aussi sa mort prochaine. Une mort violente et scandaleuse. Mais il déclare : Détruisez ce temple et en trois jours je le relèverai (Jn 2, 19). Si nous sommes infidèles à l’Alliance, Dieu, lui, demeure fidèle jusqu’au bout. La ruine de ce temple nouveau, qu’est le Christ venu en notre chair, cette ruine due au péché, est assortie d’une promesse : en trois jours je le relèverai, car l’amour de Dieu l’emporte sur le péché des hommes et sur la mort.

La troisième raison pour laquelle Jésus annonce la fin du temple, c’est qu’en s’unissant à notre humanité, Jésus nous unit à lui et fait de nous, avec lui, le lieu de l’habitation divine. C’est ce que déclare saint Paul lorsqu’il affirme : Vous êtes le temple de Dieu et l’Esprit de Dieu habite en vous (I Co 3, 16). Ou encore : Nous sommes, nous, le temple du Dieu vivant, comme Dieu l’a dit : au milieu d’eux j’habiterai et je marcherai. Je serai leur Dieu et ils seront mon peuple (2 Co 6, 16). La communauté chrétienne dont nous sommes les membres est donc à comprendre comme le véritable temple de la nouvelle alliance. C’est elle qui, unie à Jésus, prend la suite du temple de pierre de Jérusalem, dont celui-ci n’était qu’un signe provisoire. L’Esprit Saint habite l’Eglise et accomplit de façon plus parfaite ce qu’accomplissait la présence de la gloire de Dieu demeurant dans le temple du mont Sion.

Aussi Jésus nous invite-t-il à en réaliser toutes les implications : si nous sommes le temple de Dieu, si nous sommes intimement unis à Jésus, cela implique que, comme lui et avec lui, nous connaîtrons l’épreuve. On portera la main sur vous et on vous persécutera. Vous constatez que Jésus ne nous berce pas d’illusions : il annonce clairement qu’être son disciple expose à l’hostilité. Vivre en chrétien, prendre l’Evangile au sérieux, suscite inévitablement des oppositions. Ne rêvons donc pas d’une petite vie tranquille ! Jésus n’est pas venu apporter la paix terrestre, mais le glaive et la division jusqu’au sein des liens familiaux les plus intimes : Vous serez livrés même par vos parents, vos frères, votre famille et vos amis, et ils feront mettre à mort certains d’entre vous. Une Eglise conformiste qui ne dérangerait plus et ne provoquerait plus de réactions de la part du reste de la société, ne serait plus l’Eglise du Christ ! Elle n’aurait plus rien de radicalement nouveau à apporter : Vous êtes le sel de la terre. Si le sel perd sa saveur, comment redeviendra-t-il du sel ? Il ne vaut plus rien : on le jette dehors et il est foulé aux pieds par les hommes (Mt 5, 13).

Voilà pourquoi Jésus nous donne aujourd’hui des consignes sur la manière dont nous devons nous comporter face aux épreuves annoncées. Prenez garde de ne pas vous laisser égarer ! Car beaucoup viendront sous mon nom, et diront : C’est moi, ou encore : le moment est tout proche. Ne marchez pas derrière eux !"

La tentation est toujours grande de suivre des faux prophètes. Il faut fuir tous ceux qui suscitent des scissions et réalisent des schismes, en exploitant la peur ou le mécontentement.
Nous devons demeurer fidèlement dans la grande Eglise, en communion avec tout le collège épiscopal, uni autour du successeur de Pierre.

Jésus nous avertit : Quand vous entendrez parler de guerres et de désordres, ne soyez pas terrifiés ! Et il ajoute : Pas un seul cheveu de votre tête ne sera perdu. Jésus nous donne donc la consigne de ne pas céder à la panique. Si nous demeurons véritablement dans la main de Dieu, nous savons que nous n’avons rien à craindre lorsque survient l’épreuve. Que ce soient les risques écologiques ou les menaces du terrorisme, le chrétien ne cède pas à la peur, car il sait que rien ne peut le séparer de l’Amour de Dieu : Qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? La détresse ? L’angoisse ? La persécution ? La faim ? Le dénuement ? Le danger ? Le glaive ? En effet, il est écrit : c’est pour toi qu’on nous massacre sans arrêt, qu’on nous traite en brebis d’abattoir. Mais, en tout cela nous sommes les grands vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés. J’en ai la certitude : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les Principautés célestes, ni le présent ni l’avenir, ni les Puissances, ni les hauteurs, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur (Rm 8, 35-39).

Jésus conclut ses propos en disant : C’est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie. Seule une confiance tenace dans le Seigneur nous évitera les égarements et nous fera avancer dans la paix, quelles que soient les circonstances. Si nous demeurons fermement attachés au Christ, la force nous viendra de lui. Il est la pierre d’angle qui fait tenir tout l’édifice spirituel dont nous sommes les pierres vivantes. Celui qui a le pouvoir de relever le corps du Christ en trois jours nous donnera aussi la vie, sans jamais faillir à sa promesse.

Alors, religieux et religieuses, ne cédez pas à la panique, lorsque disparaissent des réalités qui hier ont été florissantes ! Ne vous laissez pas aller à la nostalgie ni à l’amertume ! Ne vous laissez pas égarer par les faux prophètes, qui vous proposent des retours en arrière sur un passé idéalisé, qui ne correspond plus aux besoins d’aujourd’hui ! Mais soyez de véritables disciples-missionnaires jusqu’au bout ! Demeurez en chemin ! Suivez Jésus toujours plus étroitement. Ne craignez pas de lui être uni dans le Mystère Pascal. Persévérez dans la réponse à l’appel à vivre la radicalité évangélique ! Soyez aussi attentifs à ce que l’Esprit Saint est en train de susciter. Faites confiance à l’Esprit Saint qui vous amènera à rendre témoignage de manière renouvelée. Car n’oubliez pas que vous tenez une place particulière au sein du corps du Christ. Vous avez la mission de signifier à tous les baptisés l’appel à vivre la radicalité évangélique. Vous avez à nous aider à devenir d’authentiques disciples-missionnaires pour que tous ensemble nous annoncions à nos contemporains la Bonne Nouvelle de la Miséricorde divine !

+ Pascal ROLAND