Homélie pour le mercredi de la 32° semaine du T.O. Session de la CORREF J’arrête de râler (12 novembre 2014)


Textes du jour 

> 1ère lecture : Les chrétiens dans le monde (Tt 3, 1-7)

> Psaume : 22, 1-2a, 2b-3, 4, 5, 6

> Evangile : La gratitude de l’étranger guérit (Lc 17, 11-19) ?

« Autrefois nous étions insensés, révoltés, égarés, esclaves de toutes sortes de désir et de plaisirs ; nous vivions dans la méchanceté et les rivalités, nous étions odieux et remplis de haine les uns pour les autres. »

 
1.En général, nous n’avons pas ce genre de personnalités dans nos communautés parce qu’elles ne sont pas arrivées jusqu’à la profession religieuse.

Le temps du noviciat et de la formation est en effet un long travail de purification intérieure, de mise en ordre intérieure, de pacification, pour apprendre et recevoir les bienfaits de la vie commune « dans la sérénité et la douceur constante à l’égard de tous » comme le dit Saint Paul.

La grâce de l’Esprit Saint fait son travail en nous pour nous convertir, changer nos cœurs, regarder l’autre différemment, apprendre la patience et la miséricorde, apprendre à parler, à se comprendre, à vivre avec soi-même et avec les autres…

Voilà comment se fait notre renaissance dans l’Esprit Saint, voilà comment nous sommes renouvelés intérieurement et comment nous apprenons à aimer en vérité dans nos communautés.

 
2.Pourtant le combat avec le vieil homme en nous n’est jamais complètement terminé. Il y a des luttes intérieures qui durent comme une guerre de tranchée qui n’en finirait pas, pour reprendre une image de l’actualité immédiate.

Nous ne sommes pas insensés, révoltés, égarés, méchants, odieux, remplis de haine. Cela nous l’avons, en général, laissé derrière nous. Nous nous sommes laissés évangéliser, convertir, adoucir. Nous avons appris à gérer nos contrariétés. Mais il reste parfois un noyau dur qu’il est difficile d’extirper. Et ce noyau de colère intérieur contre les autres en général, ou un autre en particulier, s’exprime en râlant.

Si je vous dis cela, c’est parce que, moi-même, je râle. Et j’en ai pris conscience en lisant un livre « J’arrête de râler » qui propose d’arrêter de râler en 3 semaines.

Mais je n’ai pas suivi la méthode et je continue de râler…

C’est là le lieu d’un véritable combat spirituel. Quand on a compris que les colères ouvertes ne portaient pas de fruit ; quand on a acquis un peu de maturité et qu’on a intégré que les oppositions frontales ne résolvaient rien, on est tenté d’exprimer son mécontentement, sa colère, sa rancœur autrement : en râlant.

On râle contre son supérieur, contre sa voisine de chambre, contre le curé, son évêque, le Pape, la curie, Rome, le maire, le gouvernement, les medias, le CAC 40, les jeunes générations, les générations âgées,… et contre celle qui a fait le repas aujourd’hui.

C’est un lieu de combat. En particulier parce que « râler » peut devenir une deuxième nature. Il y a des « râleries » qu’on extériorise. Il y a celles qu’on garde bien au chaud à l’intérieur de nous-mêmes pendant 3 jours, 3 mois ou 3 ans.

La forme suprême de la « râlerie », c’est celle qui prend le visage de la plaisanterie, de l’ironie mordante ; c’est une « râlerie » qui prend l’apparence de l’humour pour se cacher, pour s’excuser, pour se rendre légitime.

Mais nous savons que râler détruit tout, peu à peu, comme un poison, comme un cancer. Râler nous détruit intérieurement parce que nous restons enfoncés dans notre colère qui est un péché capital. Mais râler détruit aussi nos communautés, notre fraternité parce que cela entretient un esprit de critique, de méfiance, de mécontentement sans que le sujet soit traité et réglé.

Christine Lewicki, qui a écrit le livre « J’arrête de râler », donne des conseils pour sortir de ce qui finit par devenir un automatisme, un réflexe, un trait de caractère qui fait fuir les autres parce que personne n’aime fréquenter, approcher ceux qui passent leur temps à se plaindre.

Il faut d’abord apprendre à être heureux, dit-elle, à se libérer de nos automatismes en identifiant nos « râleries » les plus courantes.

Elle propose aussi d’apprendre à vivre dans le présent, à lâcher nos pensées négatives et à demander de l’aide.

Tout cela est juste. Mais il y a autre chose.

 
3.Et c’est l’Evangile qui nous le montre.

Parmi ces 10 aveugles : 10 ont été guéris mais un seul a été « sauvé », un seul a su accueillir le salut donné en Jésus Christ.

C’est que celui-là est venu rendre grâce, rendre gloire à Dieu.

Il est retourné sur ses pas pour se prosterner devant le Seigneur et reconnaître la source de la grâce qui lui a été faite.

Rendre grâce, c’est précisément cela : reconnaître d’où vient ce don, confesser que nous avons été comblés et louer le Seigneur pour le don qu’il nous a fait.

Celui qui râle se pose comme une victime et cherche à attirer l’attention sur lui pour qu’on lui rende justice. Il ne sait plus voir que des contrariétés. Il finit par être perpétuellement déçu des autres, de la vie, de la communauté, du monde, de l’Eglise, et parfois même de Dieu.

Ce qui manque au râleur – et aussi au râleur que je suis – c’est de voir combien et comment il est comblé chaque jour par le Seigneur.

Ce qui lui manque, c’est de voir la grâce de Dieu à l’œuvre dans sa vie ; c’est de voir comment la providence de Dieu l’accompagne. Il ne sait plus voir les dons de Dieu. Il n’est plus capable de se retourner, de se mettre à la fin de sa journée aux pieds du Seigneur, et de lui rendre, par la prière de louange, par son « merci », la grâce reçue. Parce que, cette grâce, il ne sait plus la voir, la discerner dans sa vie.

Rendre grâce n’est pas qu’une attitude psychologique qui porte à « positiver » et à voir le verre à moitié plein plutôt que le verre à moitié vide.

Rendre grâce, c’est porter un regard de foi sur sa journée, sur son existence pour reconnaître comment à travers les événements de la journée, une rencontre, une lecture, une pensée, un temps de prière, une conversation, une journée de soleil… le Seigneur a pris soin de nous et, comme le dit Saint Paul, il nous a fait miséricorde en manifestant sa bonté et sa tendresse pour les hommes.

C’est précisément l’Esprit Saint qui, par le don d’intelligence, nous fait porter ce regard de foi sur nos journées et nous porte à l’action de grâce.

« Grâce et bonheur m’accompagnent tous les jours de ma vie » (Ps 22).

Que l’Esprit Saint nous éclaire et nous fortifie au moment du combat spirituel pour que nous soyons libérés de nos révoltes intérieures et témoins, dans le monde et dans nos communautés, de la bonté de Dieu, de la joie de l’Evangile !