Il y a 300 ans, saint Louis-Marie Grignion de Montfort

Saint Louis-Marie Grignion de Montfort est mort il y a aujourd’hui 300 ans, le 28 avril 1716, à Saint-Laurent-sur-Sèvre (France) : c’est l’occasion de rappeler que la “cause” de son “doctorat” est en route. Il pourrait en effet être un jour proclamé docteur de l’Eglise, étant donné l’influence immense de sa doctrine sur la vie des fidèles dans le monde entier.


Pour être « docteur de l’Eglise », il faut d’abord être proclamé saint. C’est fait depuis bientôt 70 ans : il a été béatifié par le pape Léon XIII le 22 janvier 1888 et il a été canonisé par le pape Pie XII le 20 juillet 1947.
Surtout, c’est de lui que saint Jean-Paul II a tiré sa devise pontificale mariale et christologique “Totus Tuus” : “Je suis tout à toi”.
Lors d’un voyage en France, Jean-Paul II s’est recueilli dans l’église de Saint-Laurent-sur-Sèvre, le 19 septembre 1996, sur les deux tombes jointes de saint Louis-Marie Grignion de Montfort, et de la bienheureuse Marie-Louise Trichet – première « Fille de la Sagesse » –, morts le même jour, au même endroit, l’un en 1716, l’autre en 1759.
Au cours des vêpres, le saint pape a souligné ce qu’il doit à ce grand évangélisateur en insistant sur le baptême : « Je suis heureux de commencer mon pèlerinage en terre de France sous le signe de cette haute figure [de saint Louis-Marie Grignion de Montfort]. Vous savez que je dois beaucoup à ce saint et à son Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge. Aujourd’hui, puisque ma visite pastorale est placée, pour une bonne part, sous le signe du baptême, je voudrais avant tout mettre en relief le fait que, dans l’esprit de saint Louis-Marie, toute la vie spirituelle découle directement du sacrement du saint baptême, ainsi que le montre un passage significatif de l’Acte de consécration à Jésus-Christ par les mains de Marie, précisément rédigé par Montfort. Au centre de cet acte, il y a ces paroles : ‘Moi ― ici on prononce le nom, par exemple Louis-Marie, ou Jean-Paul, ou Charles ― pécheur infidèle, je renouvelle et ratifie aujourd’hui entre vos mains (entre les mains de Marie), les vœux de mon baptême : je renonce pour toujours à Satan, à ses pompes et à ses œuvres, et je me donne tout entier à Jésus Christ, la Sagesse incarnée, pour porter ma croix à sa suite tous les jours de ma vie…’ »
Il ajoutait, en clef mariale : “Le rappel des promesses du saint baptême est clair. Au cours de la liturgie baptismale, il a été demandé à chacun de nous : ‘Renoncez-vous à Satan, à toutes ses œuvres et à toutes ses séductions ?’ ; puis : ‘Croyez-vous ?’ L’acte du baptême va de pair avec le choix de Dieu, le choix du Christ, le choix de vivre dans la grâce de l’Esprit Saint. Ce choix est, en un sens, la victoire sur le péché originel. La grâce sacramentelle du baptême efface le péché originel. Mais l’homme qui le reçoit doit donc lui-même renoncer au péché, pour correspondre ainsi à la grâce de la justification qui lui est offerte dans la foi au Christ. Dans le sacrement du baptême, il y a un certain retour au commencement, aux origines, quand il fallait choisir le bien et non le mal, le salut et non le refus. Si Grignion de Montfort fait entrer cela dans le contenu de sa vraie dévotion à la Mère de Dieu, il le fait parce que Marie, par la volonté divine, dès son Immaculée Conception, a été inscrite dans le plan de Dieu pour surmonter le péché par la justification reçue de la grâce qui vient du Christ. Il est bon qu’au commencement de ce pèlerinage qui me conduira également à Reims pour le 1 500e anniversaire du baptême de Clovis, nous puissions considérer ici d’un point de vue marial la signification essentielle du sacrement du baptême. »
Il concluait son homélie disant : « Je voudrais conclure en vous redisant dans les termes de Grignion de Montfort combien votre vie trouve tout son sens dans la personne du Christ : ‘Dieu ne nous a point mis d’autre fondement de notre salut, de notre perfection et de notre gloire, que Jésus Christ.’ Priant avec lui, invoquons le Seigneur avec la Sainte Vierge : ‘Vous êtes, Seigneur, toujours avec Marie, et Marie est toujours avec vous.’ »
Marie-Louise Trichet, première disciple du père de Montfort, et co-fondatrice des Filles de la Sagesse, a été béatifiée par Jean-Paul II le 16 mai 1993.
Jean-Paul II a aussi fait inscrire la fête de saint Louis-Marie au calendrier liturgique « général » de l’Eglise universelle, par un décret de la congrégation romaine pour le Culte divin du 20 juillet 1996, anniversaire de sa canonisation. Il s’agit d’une mémoire facultative célébrée à l’anniversaire de la mort du saint, c’est-à-dire de sa « naissance au ciel », dies natalis.
Jean-Paul II a également adressé un message à la famille montfortaine à l’occasion du 50e anniversaire de la canonisation du saint, le 21 juin 1997. Il est adressé aux trois branches de la famille montfortaine : au supérieur général de la Compagnie de Marie, au supérieur général des Frères de l’Instruction chrétienne de Saint-Gabriel, et à la supérieure générale des Filles de la Sagesse. Le pape y dit d’emblée le « rayonnement » de saint Louis-Marie : « Je suis heureux de rendre grâce au Seigneur pour le rayonnement grandissant de ce saint missionnaire, dont l’apostolat était nourri par une profonde vie de prière, par une foi inébranlable en Dieu Trinité et par une intense dévotion à la Très Sainte Vierge Marie, Mère du Rédempteur. »
Il cite notamment cette prière à la Vierge de Miséricorde dans le ton de l’actuel jubilé : « En notre temps où la dévotion mariale est vivante mais pas toujours suffisamment éclairée, il serait bon de retrouver la ferveur et le ton juste du Père de Montfort pour donner à la Vierge sa vraie place et apprendre à la prier : ‘Mère de miséricorde, faites-moi la grâce d’obtenir la vraie sagesse de Dieu et de me mettre pour cela au nombre de ceux que vous aimez, que vous enseignez, que vous conduisez. (…) Vierge fidèle, rendez-moi en toutes choses un parfait disciple, imitateur et esclave de la Sagesse incarnée, Jésus-Christ votre Fils.’ »
Il y invitait « à faire fructifier ce trésor qui ne doit pas rester caché ».
Dans les années 1980, la supplique pour la proclamation de saint Louis-Marie comme docteur de l’Eglise universelle a été présentée à Jean-Paul II, à une époque où toutes les « causes » de doctorat étaient suspendues dans l’attente de revoir les critères « d’admission ».
Le mouvement de la cause de saint Louis-Marie reprit dans le sillage du doctorat de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus (1997).
« Louis-Marie Grignion de Montfort constitue une figure de référence significative, qui m’a éclairé dans des moments importants de ma vie… L’accueil de Marie dans la vie dans le Christ et dans l’Esprit introduit le croyant au cœur même du mystère trinitaire », confiait en outre Jean-Paul II en s’adressant aux membres du 8e Colloque international de Mariologie qui s’est tenu à Rome (11-13 octobre 2000) pour la promotion de la proclamation de saint Louis-Marie comme docteur de l’Eglise, avec pour thème : « Saint Louis-Marie Grignion de Montfort : spiritualité trinitaire en communion avec Marie ».
Le saint pape polonais évoquait notamment ses années de jeunesse dans la Pologne occupée, en disant : « Lorsque, séminariste clandestin, je travaillais à l’usine Solvay de Cracovie, mon directeur spirituel m’a conseillé de méditer sur le Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge. J’ai lu et relu plusieurs fois et avec un grand profit spirituel ce précieux petit livre ascétique à la couverture bleue tachée de soude. »
Il rappelait comment la place de Marie chez saint Louis-Marie se comprend par rapport au mystère de la Sainte Trinité : « En plaçant la Mère du Christ en relation avec le mystère trinitaire, Monfort m’a aidé à comprendre que la Vierge appartient au plan du salut par la volonté du Père, en tant que Mère du Verbe incarné, qu’Elle a conçu par l’œuvre de l’Esprit Saint. Chaque intervention de Marie dans l’œuvre de la régénération des fidèles ne se met pas en concurrence avec le Christ, mais dérive de lui et est à son service. L’action que Marie accomplit sur le plan du salut est toujours christocentrique, c’est-à-dire qu’elle fait directement référence à une médiation qui a lieu dans le Christ. Je compris alors que je ne pouvais pas exclure la Mère du Seigneur de ma vie sans désobéir à la volonté de Dieu-Trinité, qui a voulu ‘commencer et accomplir’ les grands mystères de l’histoire du salut avec la collaboration responsable et fidèle de l’humble Servante de Nazareth. »
Il invitait à la « docilité à l’Esprit Saint », à l’école de la Vierge Marie – un thème cher au pape François – en disant : « Marie apparaît donc comme un espace d’amour et d’action de la Personne de la Trinité, et Montfort la présente dans une perspective relationnelle : ‘Marie est totalement relative à Dieu et je l’appellerai volontiers la relation à Dieu, qui existe seulement en relation à Dieu’. C’est pourquoi la Toute Sainte conduit à la Trinité. En lui répétant chaque jour ‘Totus tuus’ et en vivant en harmonie avec Elle, on peut parvenir à l’expérience du Père dans la confiance et dans l’amour sans limite, à la docilité à l’Esprit Saint et à la transformation de soi selon l’image du Christ. »

Source : www.zenit.org