« Il y a la joie » : Billet du Fr. Philippe Jaillot o.p.


Le pape François a souhaité que 2015 soit l’année de la vie consacrée. Il l’a inaugurée au mois de novembre dernier en écrivant une lettre pour les moines et les moniales, les religieux et religieuses, les laïcs consacrés, les membres des instituts de vie apostoliques et des instituts séculiers. Ce sont, dans l’Eglise catholique, tant de manières de s’en remettre à Dieu ! Par la prière et par de nombreuses formes de la mission chrétienne, pour être plus présent à Dieu et mieux présent au monde. A un moment, dans cette lettre aux consacrés, le pape exprime une de ses attentes personnelles : « Que soit toujours vrai ce que j’ai dit un jour : ‘Là où il y a des religieux, il y a la joie’ ». Il parle de la joie de croire en Dieu, la joie de témoigner que celui-ci fait le bonheur des hommes, la joie de vivre la fraternité dans les communautés religieuses, la joie de nous donner totalement pour le service de l’Eglise et de ceux qui sont peu considérés, fragilisés, maltraités.

Dans les jours qui viennent, il y aura deux rendez-vous significatifs pour ceux qui veulent se réjouir de la vie consacrée. Le 2 février, c’est la fête de la Présentation du Seigneur Jésus au temple qui a été choisie comme fête de la vie consacrée. Cette fête, où le vieillard Siméon exprime sa joie de reconnaître le Messie Sauveur dans l’enfant Jésus que présentent ses parents, manifeste le don radical à Dieu que des hommes et des femmes essaient de faire de leur vie. Mais il y a aussi le 31 janvier. C’est la fête de Don Bosco, ce prêtre italien qui fonda une congrégation qui porte le souci de l’éducation des enfants et des jeunes : les Salésiens. Nous célébrons cette année le bicentenaire de la naissance de ce saint éducateur.

L’histoire raconte que son œuvre au service des jeunes commença avec la rencontre d’un enfant, Barthélémy Garelli, dans la paroisse où il était, à Turin. Il avait vu le sacristain frapper et chasser cet enfant qui était entré dans la sacristie. Don Bosco fit une remontrance au sacristain : « Qu’a-t-il donc fait de mal ! Je vous défends de traiter ainsi mes amis  ». Son interlocuteur fut surpris, puisque cet enfant, selon lui, était un voyou, et son curé ne le connaissait même pas. Parmi ceux qui relatent cette rencontre, j’ai pu lire plusieurs manières d’exprimer la réponse. « Tous les enfants sont mes amis  », aurait dit Don Bosco. D’autres lui font dire : « Du seul fait qu’on maltraite quelqu’un, il devient mon ami ».

Quels que soient effectivement les mots prononcés par saint Jean Bosco, cette histoire, qui met en lumière ce qui est au cœur de sa pédagogie, vient bousculer la vie religieuse du dominicain que je suis. Mais chacun peut se laisser bousculer dans sa propre vie chrétienne sur deux terrains.

Quelle joie cela éveille en moi, de faire de la place aux enfants et aux jeunes  ? Nous pourrions bien les trouver tantôt trop « voyous », tantôt trop « rebelles » ou encore trop « pieux » à notre goût. Mais comment les aînés, les parents, les éducateurs joueront-ils leur propre rôle qui permettra aux jeunes d’être capables de jouer le leur ? « Il faut qu’il grandisse et que je diminue », disait Jean-Baptiste de Jésus, le Messie qu’il attendait et voyait venir derrière lui. Pour d’autres raisons que celle de Jean-Baptiste, nous pouvons avoir les mêmes mots pour les générations suivantes.

Quelle joie cela éveille en moi de réparer des injustices  ? Lorsque quelqu’un est maltraité, humilié, déconsidéré, est-ce que cela réveille en moi de l’attention, un mouvement de réconfort, le désir de mieux comprendre la vérité ?

Tout au long de l’année, le Jour du Seigneur mettra en valeur les intuitions de celles et ceux qui ont fondé des communautés religieuses et des instituts de vie consacrée. Dimanche 1er février, ce sera Don Bosco. Mais d’autres suivront. Puisse le pape avoir raison : « là où il y a des religieux, il y a la joie ».