Intervention de Sr Geneviève Comeau (13 novembre 2014)


I - LA DISTINCTION ENTRE ESPOIR ET ESPÉRANCE :

 

L’espoir a un objet, alors que l’espérance n’en a pas.
 
L’espoir vise un futur, escompté ; l’espérance se vit au présent.

Cf. Wresinski, Les pauvres, rencontre du vrai Dieu, Cerf, 1986, chapitre « L’espérance en Quart Monde »

L’espérance ne donne pas de solutions, mais elle ouvre des passages.
 
II - D’OÙ VIENT L’ESPÉRANCE ? :
 
L’espérance n’est pas au bout d’une argumentation, d’un raisonnement

L’espérance est l’ouverture de l’avenir. La résurrection du Christ ouvre l’avenir

Cf. Joseph Moingt, L’homme qui venait de Dieu, Cerf, 1993, p.358 : « Le récit laisse l’histoire de Jésus ouverte ; la pierre tombale qui bouche l’horizon de toute vie ne s’est pas refermée sur la sienne. L’histoire de sa vie terrestre ne dit pas le dernier mot sur sa destinée. Le récit renvoie le lecteur, qui cherche la solution de l’énigme, à la méditation silencieuse de sa vie et de sa parole. L’ouverture du récit sur l’espérance de la résurrection s’exprime dans son registre symbolique : le tombeau n’est pas seulement montré vide, mais ouvert. »

 
 

III - QUE FAIT L’ESPÉRANCE ?

 

L’espérance vient remettre en route ce qui était bloqué, arrêté. Elle ouvre des passages.

Cf. Catherine Chalier, Présence de l’espoir, Seuil, 2013, p.80 : « que traverser la mer Rouge à pied sec soit possible, nul ne le sait avant de s’y être engagé ; ce n’est qu’une fois la traversée accomplie qu’on estime que cela était une possibilité. »

L’espérance a ouvert un chemin dans la mer, mais nous ne le savons que parce que nous nous y sommes engagés.

L’espérance a une force créatrice.
Elle a le pouvoir de dé-cloisonner.
 
L’espérance prend corps dans une dimension communautaire.

Cf. Vatican II, Gaudium et Spes. L’espérance est comme la vertu théologale qui prend en charge la vocation sociale du christianisme.

On entre dans l’espérance surtout par la porte de la vie partagée avec d’autres.

Cf. Philippe Demeestère, Les pauvres nous excèdent, Bayard/Christus, 2012, p.55-56 : « Dans un contexte de vérité, celui qui est réputé faible a les ressources nécessaires pour secourir dans sa faiblesse celui dont il attend qu’il soit fort - autrement fort. Une belle histoire va dans ce sens. Elle met en scène Moïse. Celui-ci assiste, depuis un promontoire, à l’affrontement guerrier entre Israël et les Amalécites. Tant que Moïse tient les bras levés, Israël a le dessus ; sinon, ses ennemis prennent l’avantage. Il faut que deux hommes viennent soutenir les bras de Moïse, afin qu’il les tienne étendus, malgré la fatigue, jusqu’au moment où la victoire d’Israël est définitivement acquise (Ex 17,8s). Dans les temps où des situations nous conduisaient à baisser les bras, quelque chose de la nature de ce soutien s’est donné à toucher : il a forme d’attachement par ce qui n’est d’aucun secours. Mais les mots sont ici moins parlants qu’une image de Jésus de Nazareth en croix, qui viendrait se superposer sur celle de Moïse. Plus que le bois du supplice, ce qui tient les bras du Nazaréen étendus, ce sont les deux larrons qui l’entourent. Les deux. »

 

P.60-61 « Les copains de la bande du Châtelet racontaient comment cette carte d’identité improvisée [membre de l’association « La Margelle »] changeait le regard que l’on portait sur eux dans le car des “Bleus”, qui les embarquait à Nanterre. Ils n’étaient plus seuls. Je demeure sensible à la musique de cette déclaration anodine et passe-partout, qu’il est d’usage d’employer devant le comptoir d’un magasin ou devant un quelconque guichet lorsqu’on est en couple ou en groupe : “Nous sommes ensemble”.

Cet “être ensemble”, comme affirmation, comme force et comme découverte, c’est bien à cela qu’il s’agissait de donner forme. Que chacun puisse être sûr d’être réclamé, revendiqué, au-delà de tout droit. Je me souviens d’une enceinte judiciaire où la parole a pu se demander et être accordée, en dehors de tout protocole établi, pour faire état de ce lien : le cours de ce qui était écrit d’avance s’en est trouvé totalement modifié. C’est bien notre propre avenir qui dépend de notre capacité à réclamer pour nôtres ceux qui, parfois, ont voulu nous enterrer. (…) Prendre tout notre temps pour dénicher les passages qui nous permettent d’accéder à cet “être ensemble” auquel nous paraissons voués - un “être ensemble” qui ait traversé tout ce qui sépare. »

Le pardon est naissance à une nouvelle relation, il est signe d’espérance.

 
 

IV - COMMENT SE VIT L’ESPÉRANCE ?

 

L’espérance, passée par le mystère pascal, est « sans garanties », elle est ouverture au don gratuit de Dieu.

L’espérance se vit dans la souplesse et l’engagement.

Cf. Romains 5,4 : « La tribulation engendre la patience, la patience engendre une vertu éprouvée, et la vertu éprouvée engendre l’espérance ».

Romains 4, 18 : « Espérant contre toute espérance, Abraham crut et devint ainsi père d’une multitude de peuples, selon qu’il fut dit : Telle sera ta descendance »

Formule qu’Hevenesi a prêtée à Ignace de Loyola : « Aie foi en Dieu comme si tout le succès des affaires dépendant de toi, en rien de Dieu. Cependant mets-toi à l’ouvrage comme si tu n’avais rien à faire, et Dieu tout. »

= une clé pour vivre l’espérance dans l’action, dans l’engagement

Dietrich Bonhoeffer, Résistance et soumission. Lettres et notes de captivité, Labor et Fides, 2006, p.38 : « Il nous reste le chemin très étroit et parfois presque introuvable de prendre chaque journée comme si c’était la dernière, et pourtant de vivre dans la foi et la responsabilité comme s’il y avait encore un grand avenir. »

 
Conclusion : Etre témoins d’espérance
 
Retrouvez le texte de sa conférence en document joint.