Jubilé de la vie consacrée : prophétie, proximité, espérance (traduction complète)

Le pape François a rencontré les participants au Jubilé de la vie consacrée, en conclusion de l’Année de la vie consacrée, ce lundi matin, 1er février, dans la salle Paul VI du Vatican.
Voici la traduction complète du discours prévu par le pape François pour cet événement.


Le pape a annoncé qu’il y parlait de la « prophétie », de la « proximité » et de « l’espérance ».

Mais il a ajouté qu’il le remettait pour publication au cardinal préfet du dicastère romain pour la vie consacrée, le cardinal Joao Braz de Aviz, parce que c’était « ennuyeux » s’il le lisait, et qu’il allait improviser un discours venu « du cœur ». Nous publierons ultérieurement l’allocution prononcée.

Discours confié au card. Braz de Aviz pour être publié

Chers frères et sœurs,

Je suis content de vous rencontrer à la fin de cette Année dédiée à la vie consacrée.

Un jour, dans son infinie miséricorde, Jésus s’est adressé à chacun et chacune de nous et nous a demandé, personnellement : « Viens, suis-moi ! » (Mc 10,21). Si nous sommes ici, c’est parce que nous lui avons répondu : « Oui ». Parfois, il s’est agi d’une adhésion pleine d’enthousiasme et de joie, parfois elle a été plus difficile, peut-être incertaine. Nous l’avons pourtant suivi, avec générosité, nous laissant guider par des voies que nous n’aurions même pas pu imaginer. Nous avons partagé avec lui des moments d’intimité : « Venez à l’écart (…) et reposez-vous un peu » (Mc 6,31) ; des moments de service et de mission : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ! » (Lc 9,13) ; et même sa croix : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite (…) qu’il prenne sa croix » (Lc 9,23). Il nous a introduits dans sa relation avec son Père, il nous donné son Esprit, il a dilaté notre cœur à la mesure du sien, nous enseignant à aimer les pauvres et les pécheurs. Nous l’avons suivi ensemble, apprenant de lui le service, l’accueil, le pardon et la charité fraternelle. Notre vie consacrée a un sens parce que rester avec lui et aller sur les routes du monde en l’y portant nous conforme à lui, fait de nous l’Église, don pour l’humanité.

L’année que nous concluons a contribué à faire resplendir davantage dans l’Église la beauté et la sainteté de la vie consacrée, intensifiant chez les consacrés la gratitude pour leur appel et la joie de leur réponse. Tous les consacrés, hommes et femmes, ont eu la possibilité d’avoir une perception claire de leur identité, et ainsi de se projeter dans l’avenir avec une ardeur apostolique renouvelée pour écrire de nouvelles pages de bien, dans le sillage du charisme de leurs fondateurs.

Nous sommes reconnaissants envers le Seigneur pour ce qu’il nous a donné de vivre en cette année si riche d’initiatives. Et je remercie la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique, qui a préparé et réalisé les grands événements ici, à Rome, et dans le monde.

L’année se conclut, mais notre engagement à rester fidèles à l’appel reçu et à grandir dans l’amour, dans le don et dans la créativité se poursuit. C’est pourquoi je voudrais vous laisser trois mots.

Le premier est « prophétie ». C’est votre spécificité. Mais quelle prophétie l’Église et le monde attendent-ils de vous ? Vous êtes avant tout appelés à proclamer, par votre vie avant même vos paroles, la réalité de Dieu : dire Dieu. Si parfois il est refusé, ou mis en marge, ou ignoré, nous devons nous demander si nous n’avons pas, parfois, été insuffisamment transparents à son visage, en montrant plutôt le nôtre. Le visage de Dieu est celui d’un Père qui est « tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour » (Ps 103,8). Pour le faire connaître, il faut avoir avec lui une relation personnelle ; et pour cela, il faut la capacité de l’adorer, de cultiver jour après jour l’amitié avec lui, à travers un cœur à cœur dans la prière, en particulier dans l’adoration silencieuse.

Le second mot que je vous confie est « proximité ». En Jésus, Dieu s’est fait proche de chaque homme et de chaque femme : il a partagé la joie des époux à Cana de Galilée et l’angoisse de la veuve de Naïn ; il est entré dans la maison de Jaïre, touchée par la mort, et dans celle de Béthanie où se répandait le parfum du nard ; il s’est chargé des maladies et des souffrances, jusqu’à donner sa vie en rançon pour tous. Suivre le Christ veut dire aller là où il est allé ; charger sur soi, comme le bon Samaritain, le blessé que nous rencontrons sur notre chemin ; aller à la recherche de la brebis perdue. Être, comme Jésus, proche des personnes ; partager leurs joies et leurs souffrances ; montrer, par notre amour, le visage paternel de Dieu et la caresse maternelle de l’Église. Que personne ne vous sente jamais loin, détachés, fermés et donc stériles. Chacun de vous est appelé à servir ses frères, en suivant son propre charisme : qui par la prière, qui par la catéchèse, qui par l’enseignement, qui par le soin des malades ou des pauvres, qui en annonçant l’Évangile et qui en accomplissant les différentes œuvres de miséricorde. L’important est de ne pas vivre pour soi, de même que Jésus n’a pas vécu pour lui-même, mais pour son Père et pour nous.

Nous arrivons ainsi au troisième terme : « espérance ». En témoignant de Dieu et de son amour miséricordieux, avec la grâce du Christ, vous pouvez donner de l’espérance à notre humanité marquée par divers motifs d’angoisse et de peur et parfois tentée par le découragement. Vous pouvez faire sentir la force rénovatrice des béatitudes, de l’honnêteté, de la compassion ; la valeur de la bonté, de la vie simple, essentielle, riche de signification. Et vous pouvez alimenter l’espérance aussi dans l’Église. Je pense par exemple au dialogue œcuménique. La rencontre, il y a un an, entre consacrés des différentes confessions chrétiennes, a été une belle nouveauté qui mérite d’être poursuivie. Le témoignage charismatique et prophétique de la vie des consacrés, dans la diversité de ses formes, peut aider à nous reconnaître tous plus unis et favoriser la pleine communion.

Chers frères et sœurs, dans votre apostolat quotidien, ne vous laissez pas conditionner par l’âge ou le nombre. Ce qui compte le plus est votre capacité à redire votre « oui » initial à l’appel de Jésus qui continue de se faire entendre, de façon toujours nouvelle, à toutes les saisons de la vie. Son appel et notre réponse maintiennent vivante notre espérance. Prophétie, proximité et espérance. En vivant ainsi, vous aurez la joie au cœur, signe distinctif des disciples de Jésus et, à plus forte raison, des consacrés. Et votre vie sera attirante pour beaucoup de femmes et d’hommes, pour la gloire de Dieu et pour la beauté de l’Épouse du Christ, l’Église.

Chers frères et sœurs, je remercie le Seigneur pour ce que vous êtes et faites dans l’Église et dans le monde. Je vous bénis et vous confie à notre Mère. Et s’il vous plaît, n’oubliez pas de prier pour moi.

© Traduction de Zenit, Constance Roques