L’accueil des plus petits : le cœur de la vie religieuse

Depuis l’appel du pape à une mobilisation de l’Eglise à l’accueil de réfugiés, les instituts nous ont partagé leur mobilisation auprès des migrants et des réfugiés. Cette mobilisation est de toujours à toujours. Elle est même constitutive de la vie religieuse. Une dynamique qui s’inscrit dans un mouvement au service des plus petits depuis les origines.


Depuis 2004 notre Congrégation accueille des réfugiés, demandeurs d’asile. L’été 2004 au mois d’août, alors que la canicule sévit en France, le Secours Catholique de Loire Atlantique, les Conférences Saint Vincent de Paul et l’écoute de la rue, nous demandent si nous accepterions de mettre des tentes sur les terrains de la Maison Mère à Nantes pour accueillir des familles d’émigrés qui sont dans la rue avec des enfants.

Après en avoir parlé avec plusieurs sœurs nous acceptons. C’est ainsi que des tentes sont montées et que nous faisons de notre mieux pour des sanitaires de fortune. 5 familles bénéficient de cet asile avec une douzaine d’enfants sur le terrain. Comme il n’y a pas de frigo. Nous venons 3 fois par jour avec des glacières pour apporter des glaçons qui permettent de conserver la nourriture au frais. Puis l’année suivante nous accueillons une famille africaine dans une caravane. Mais à l’automne cette famille n’ayant pas de logement nous aménageons des salles pour qu’ils ne soient pas dehors. Nous continuons d’accueillir des familles ou des femmes seules avec des enfants, dans la mesure de nos possibilités. Ceci jusqu’en 2007 date à laquelle le bâtiment où nous accueillions a été vendu.

A la mi-décembre 2011, une Assistante sociale du CHU de Nantes nous téléphone pour savoir si nous pouvions accueillir une famille du DAGHESTAN, un couple avec un bébé de 2 ans et la femme enceinte de 8 mois, ils sont à la rue. Nous réfléchissons en communauté, c’est la période où nous sommes à commencer la crèche. Alors une phrase nous revient d’emblée : « Il n’y avait pas de place pour eux à l’hôtellerie ». Nous nous appelons les sœurs de Bethléem et notre charisme est la proximité avec les enfants et les familles en difficultés. Pour nous l’appel est clair. Nous acceptons d’accueillir cette famille dans un bâtiment tout juste rénové pour accueillir les amis et familles des sœurs. Mais avec cet accueil nous nous heurtons à la difficulté de la langue. Personne chez nous, ne parle le russe. C’est alors que nous pensons à une jeune femme arménienne qui travaille à la cuisine et que nous avons hébergée avec sa famille dans l’ancien bâtiment. Elle nous aide pour traduire les premiers contacts. Fin décembre le bébé naît et la famille est relogée.
En février 2012 arrive une vague de grand froid. Les sœurs se demandent si d’autres enfants sont à la rue. Nous appelons AÏDA, la plate forme qui s’occupe des demandeurs d’asile. Ils nous disent qu’il n’y a pas d’enfants à la rue, mais que si nous pouvons accueillir, il y a des femmes seules qui sont à la rue et en danger. Nous acceptons pour deux places. Le 115 nous envoie une femme tchétchène qui arrive un soir à 18h ne parlant pas un mot de français, complètement apeurée, elle est accompagnée d’un jeune russe qu’elle a entendu parler sa langue et qui l’a accompagnée jusque chez nous. Il parle un peu le français et me donne son téléphone si j’ai besoin d’aide. Le lendemain arrive une femme du Congo, qui a été torturée et violée par les rebelles, elle arrive enceinte de 2 mois.
Nous leur donnons une chambre et des plateaux repas, en attendant de voir comment va évoluer la situation. Ces deux femmes sont toujours là. La première n’est pas encore régularisée et la seconde a une carte de séjour temporaire d’un an. Puis nous avons accueilli une famille tchétchène, la sœur de la première dame, avec son mari et ses 5 enfants, dans une maison restaurée pour accueillir des familles amies. Ils vont y rester deux ans le temps d’être régularisés et de trouver un logement. Une autre famille tchétchène leur succède le couple et les 4 enfants. Ils viennent d’être régularisés, mais sont en attente d’un logement. Fin d’été 2012 arrivent une femme du Nigéria avec ses deux enfants. Ils ne sont toujours pas régularisés. Puis avec le réseau Welcome arrive une jeune fille de l’Erythrée. Elle est régularisée, et vient de se marier avec un Erythréen qui habite en Norvège. Une autre femme du Nigéria a aussi été accueillie avec son bébé de quelques mois. Elle vient d’être régularisée et doit partir à Paris dans quelques semaines. Une étudiante arménienne est accueillie aussi pour ses études à Nantes, sa famille est demandeur d’asile en Vendée.

Nous travaillons en lien avec la CIMADE et le Secours Catholique. L’accueil ne consiste pas seulement à donner un toit et un repas, mais il y a aussi tout l’accompagnement pour les démarches administratives, pour la santé, pour les écoles des enfants, pour apprendre le français et pour aller faire les démarches dans les administrations et les services sociaux. Pour nous aider une association qui a pour objectif d’aider et soutenir les communautés des sœurs de Bethléem dans leurs missions en France comme à l’étranger. Des membres de cette association ainsi que des sœurs donnent des cours de français, accompagnent dans les démarches à Nantes ou à Paris, aident pour les démarches administratives ou pour les enfants à l’école : fournitures scolaires, cantine, habits et chaussures.

Voilà ce que nous vivons depuis 2004 et nous sommes prêtes, à en témoigner avec les services médias qui nous en ferons la demande. Nous avons conscience que c’est une goutte d’eau dans un océan de besoins, mais nous faisons ce qui est en notre possibilité, jusqu’où nous le pouvons et avec d’autres. Un jour, une dame qui travaille chez nous me demande : « Sœur Marie Thérèse, pourquoi est ce que vous faites tout cela ? » Je lui ai répondu que lorsque nous disions que nous donnons notre vie à Jésus Christ, que nous voulons continuer à vivre ce qu’Il nous a montré quand Il était sur la terre, ce ne peut pas être seulement de belles paroles, mais cela doit se traduire en actes et que là où nous pouvons mettre de l’humain, nous le faisons, en pensant que si nous étions nées dans ces pays en guerre et que nous étions à la place de ces personnes, nous aurions aimé que l’on en fasse autant pour nous.

Les sœurs du Carmel Apostolique Notre-Dame de Bethléem