L’écologie, lieu d’une renaissance spirituelle, par Jean-Philippe Pierron

Après avoir relégué la nature au rang de matériau, l’homme contemporain, étouffé par le consumérisme et désireux d’authenticité, la redécouvre. Les religions se laisseront-elles déplacer par cette quête spirituelle ? Un texte comme en écho à l’encyclique "Laudato Si"


Après avoir relégué la nature au rang de matériau, l’homme contemporain, étouffé par le consumérisme et désireux d’authenticité, la redécouvre. Prenant conscience qu’il vit par elle, avec elle et en elle, il fait l’expérience de quelque chose qui le dépasse. Les religions se laisseront-elles déplacer par cette quête spirituelle, aujourd’hui vécue individuellement ?

Fils et filles de la modernité, nous avons appris à nous émanciper à l’égard de tous liens aliénants. Cela vaut aussi pour la nature. Car qu’elle se fasse sol, terroir, enracinement ou replis identitaires en des communautés néo-rurales, voici une référence qui a aussi pu enfermer et aliéner. Dès lors, comment vivre le retour de la terre comme autre chose qu’un nostalgique retour à la terre, pour le dire avec les mots de Bruno Latour ? Alors que l’approche comptable de la nature l’emporte aujourd’hui dans un économisme aveugle, la spiritualité réinstallerait-elle du conte, sinon du féerique, sous nos comptes ? L’expérience spirituelle de la nature, religieuse ou séculière, n’est-elle pas une manière de convoquer des images qui donnent accès à une autre réalité, sensible, voire invisible ? Entre le XVIe et le XVIIe siècle, le christianisme a délaissé comme n’étant que fétichisme, idolâtrie et paganisme la référence, jugée archaïque, aux voix de la nature. Pourtant, le langage sensible et symbolique de la nature que mobilise aujourd’hui la dimension spirituelle de l’écologie pourrait être la voie d’accès à un essentiel. Et l’expérience de la nature, celle d’un réenchantement du monde.

Lire l’article du philosophe Jean-Philippe Pierron, dans la Revue Projet