La Vie Consacrée a-t-elle un sens aujourd’hui ? (Diocèse de Saint Flour)


Chaque année, le 2 février, à l’occasion de la fête de la Présentation du Seigneur au Temple, nous sommes invités à rendre grâces et à prier pour la vie consacrée, dans l’Eglise et dans le monde. Le vieillissement au sein des congrégations, de même que la diminution des vocations, du moins en Occident, ne doivent pas pour autant nous démobiliser.

Sans doute une première conviction à partager est-elle celle-ci : les religieux aujourd’hui doivent être des hommes et des femmes de passion. Des êtres passionnés et amoureux d’une rencontre toujours nouvelle avec Quelqu’un qui a un visage d’homme et qui s’appelle le Christ. Des hommes et des femmes qui osent, qui risquent la rencontre avec Quelqu’un qui a partagé leur humanité pour les unir à sa divinité. Des hommes et des femmes qui revisitent sans cesse, à la lumière de l’Évangile, le rythme essentiel de leur vie…

Un monde en quête de spiritualité et de repères

Face aux défis de notre temps, il est nécessaire de discerner les questions posées aux chrétiens pour que l’Évangélisation soit entendue de nos contemporains : comment faire découvrir et accueillir la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ ?

Cette réflexion préalable est nécessaire si l’on veut comprendre pourquoi la vie consacrée n’est pas devenue inutile, bien que relayée aujourd’hui par de multiples services sociaux. Elle revêt même une nouvelle urgence en raison d’un déficit au niveau de l’attention aux personnes, mais aussi en réponse à la quête de spiritualité et de repères dans un monde en croissance…
Avec la diversité des familles religieuses, et donc des charismes de fondateurs, une invitation forte du Christ fédère, mobilise et reste pertinente pour notre société actuelle : « Ce que vous faites au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites ».

Face aux défis de notre temps, l’engagement religieux

L’année de la vie consacrée, voulue par le pape François, est une occasion privilégiée d’approfondir la signification de la vie religieuse aujourd’hui comme réponse à la recherche de sens de la vie humaine… Par exemple, l’obéissance est un clair rejet de l’image de soi autonome, solitaire et désengagé ; la pauvreté est le renoncement à la compétition pour le succès et la foire d’empoigne de la société de consommation ; la chasteté est une manière d’accepter que la fécondité la plus profonde que nous puissions avoir est celle de Dieu créateur.
Ainsi ces hommes et ces femmes qui vivent, parmi nous, la radicalité de l’Évangile apportent-ils, souvent à leur insu, une aide précieuse aux chrétiens appelés, eux aussi, à suivre le chemin de l’Évangile... Ce n’est pas sans lien avec le succès remporté par les jubilés de vie religieuse : à travers une vie de dévouement, de prière, de fidélité… se manifestent en transparence, la fécondité d’une alliance d’amour avec Celui qui a fait sienne la cause de l’homme et, pourquoi pas, un appel à relever le flambeau.

Avec des moyens pauvres

Aujourd’hui, les moyens sont pauvres, mais cette pauvreté stimule la recherche d’une entraide à travers fédérations, unions, fusions. Ces liens entre congrégations ouvrent de nouveaux horizons vers d’autres continents. Des visages nouveaux apparaissent dans nos villes et villages, soit pour prendre un relais, soit pour être une présence nouvelle et donc un témoignage nouveau... Des laïcs désirent vivre du charisme d’une congrégation, dans le concret de leurs activités séculières, au sein d’une famille religieuse.
La tentation est grande aujourd’hui, pour les prêtres comme pour les communautés chrétiennes dans lesquelles elles sont implantées, de ne considérer les communautés religieuses que sous l’angle utilitaire : elles rendent service, elles accomplissent des tâches apostoliques, elles partagent une partie de la mission pastorale… mais on passe souvent sous silence la dimension irremplaçable du signe prophétique de leur vie dans un monde marqué par l’affectivité exclusive ! Rendre visible la miséricorde dont elles vivent…
Dans un temps où des peurs circulent de tous côtés, où on se défie les uns des autres, dans l’individualisme ambiant, la vie religieuse par le poids précieux de son « vivre ensemble » lance un défi.

Le 2 février, nous aurons eu à cœur de prier pour que continuent de surgir dans nos communautés chrétiennes des vocations à la vie consacrée (Notre Cantal n’est pas stérile : il a donné à l’Église ces quinze dernières années Carole, Sylvie, Émilie… Guilhem, Géraud, Frédéric…) ; la vie consacrée, cette « mémoire évangélique de l’Église », comme aimait le dire un Père de l’Église.

Père Philippe Pouzet
Délégué épiscopal à la vie religieuse

 

Source : http://www.catholique-saint-flour.cef.fr/la-vie-consacree-a-t-elle-un-sens