La détente au noviciat des jésuites


Témoignage d’un novice sur un aspect peu connu de ce début de la formation

Le nouveau novice, alors qu’il lui semble avoir troqué sa vie trépidante pour le cadre paisible du noviciat, réalise avec surprise qu’il est à court de temps, au point s’il n’y prend garde, de ne pas dégager un moment de détente.

Une énigme surprenante, redoublée pour certains, d’une interrogation : que peut bien signifier se détendre, dans la perspective de l’imitation du Christ qui est celle de la vie religieuse ?

De fait, si l’Évangile nous montre le Christ se reposant ou partageant des repas, nous ne nous le représentons que difficilement jouant au tarot avec ses disciples… Il y a donc là une juste attitude à trouver. Et qui dit justesse… dit tentations. On peut, en plagiant un auteur célèbre [1], en identifier quelques-unes :

1) La tentation « de la parenthèse » : elle consiste à vivre la détente comme une soupape de sécurité évitant de prendre complètement au sérieux ce qui se joue au noviciat.

2) La tentation « médecine douce » : partant de l’axiome bien connu que « si c’est bon pour moi, c’est bon pour moi », elle ferait vite passer la loi du moindre effort pour un sommet de la vie spirituelle.

3) La tentation « spiritualiste » : tentation de l’ascète en herbe, qui dans une saine crainte de la futilité en vient à n’accepter d’autre détente que la lecture d’un traité d’oraison.

4) La tentation « érémitique » : elle consiste, dans un louable souci de silence intérieur, à faire la grimace devant tout moment de détente… notamment communautaire.

« Mais alors », s’interroge notre novice perplexe, balloté entre bruit de surface et fausses profondeurs, « quid agendum ? [2] »

« Hé hé, jubile en lui le jésuite en herbe, à toi de voir ce qui est bon pour toi ! » Et de citer ces mots de Saint Bruno : « si l’arc est tendu sans relâche, il perd de sa force et devient moins propre à son office. »

Qu’en est-il donc en pratique ?
Ouvrant les Constitutions de la Compagnie de Jésus, on y lit « … un peu d’exercice physique, qui aide l’esprit et le corps, convient ordinairement à tous. » C’est ainsi que l’emploi du temps du noviciat prévoit, deux fois par semaine, une séance de sport.

A cela s’ajoute une soirée hebdomadaire de détente communautaire, consacrée à des activités ludico-culturelles. Les ornithologues observent par ailleurs, un week-end par trimestre, une migration des novices vers une maison très aimablement prêtée par de généreux bienfaiteurs. Evidemment, une astucieuse combinaison des deux activités est possible : un week-end en Savoie précédé d’une soirée autour du film Le grand silence permettra de vivre plus profondément une randonnée autour de la Grande Chartreuse.

Que retire-t-on de tout cela ?
Outre de détendre l’arc, les moments communautaires permettent de découvrir autrement ses co-novices. Ils sont l’une des facettes de cette « amitié dans le Seigneur » chère aux premiers compagnons, et qui commence à prendre corps au noviciat.

Ajoutons pour conclure que le fait de se poser la question « comment habiter au mieux le temps de détente », et faire l’expérience que loisir, excursion et lecture spirituelle, par exemple, peuvent harmonieusement s’articuler, sont une manière, modeste mais bien réelle, de découvrir dans le concret du quotidien, ce que peut vouloir dire « Chercher et trouver Dieu en toute chose ».

Un novice de première année
 

[1] Le Pape François, dans son discours de clôture du synode sur la famille, en novembre 2014.

[2] « Que faut-il faire ? » Question que se pose St Ignace, à son retour de Jérusalem