La responsable mondiale des religieuses demande aux sœurs de faire le travail inachevé par le synode

La responsable du groupe de coordination pour les quelque 600.000 religieuses dans le monde dit qu’après le Synode des Évêques de ce mois-ci les femmes sont appelées à accomplir le travail pastoral que l’Église officielle n’est parfois pas en mesure de faire.


La Sœur Maltaise Carmen Sammut – l’une des 32 femmes qui ont participé au Synode du 4 au 25 octobre, sans droit de vote, aux côtés des 270 prélats membres – a déclaré que les religieuses doivent s’engager auprès des personnes dont les institutions d’Église ne savent même pas qu’elles ont besoin d’aide.

« Je pense que nous ne devons pas abandonner notre rôle aux frontières de l’Église », a déclaré Sammut, qui est responsable de l’Union Internationale des Supérieures générales (UISG).
Elle a décrit leur travail « Avec les gens… qui ont besoin des soins pastoraux – et les obtiennent très souvent non pas de l’Église officielle, mais de nous », en proposant aux religieuses de se demander : « Comment allons-nous nous engager auprès de ceux que l’Église officielle ne voit pas ? »
Avec la publication du document final du Synode, une autre question qui se pose pour Sammut est : « Comment pouvons-nous nous assurer que cela ne reste pas simplement lettre morte – dire, même aux évêques et aux prêtres, ‘Comment allons-nous porter ce la’ »
« Je pense que nous pouvons pousser certaines choses », dit-elle.
Sammut, qui est aussi la supérieure générale des Sœurs Missionnaires de Notre-Dame d’Afrique, s’exprimait lundi lors d’une séance publique avec les membres de l’UISG pour donner un aperçu de son expérience en tant qu’auditrice lors du rassemblement des évêques. La session a été intitulée : « Le Synode sur la famille vu d’un banc du fond. »
Les auditeurs étaient autorisés à assister et à participer aux discussions synodales, mais sans droit de vote sur le document final. Parmi ces auditeurs il y avait 17 individus et 17 couples mariés. Treize des auditeurs individuels étaient des femmes, incluant Sammut et deux autres religieuses représentant l’UISG.
Le groupe international des religieuses est une organisation qui regroupe environ 1.800 responsables de congrégations de sœurs et religieuses catholiques dans le monde.
Sammut parlait le premier lundi du processus par lequel elle et deux autres sœurs ont été nommées à titre d’auditrices, expliquant que cela ne s’est pas fait facilement. La religieuse a précisé que son groupe n’ a eu aucune invitation officielle au dernier Synode des Évêques, tenu en 2014.
La responsable de l’UISG, a-t-elle exposé, et les responsables de groupes ont abordé la question la première fois dans une réunion avec le Secrétaire d’État du Vatican le cardinal Pietro Parolin il ya quelques mois. Elles ont ensuite soulevé à nouveau la question lors d’une réunion avec le cardinal Lorenzo Baldisseri, chef du bureau du Synode au Vatican, avant d’être invitées.
« Ne pensez pas que c’était automatique, » a précisé Sammut aux religieuses, lors de la rencontre, à propos de leur participation. « Nous avons eu à travailler pour cela. »
Un groupe similaire représentant les ordres religieux masculins avait 10 représentants au Synode en 2015, qui étaient membres à part entière avec droit de vote à l’assemblée. Pour la première fois dans les 50 ans d’existence du synode, l’un de ces représentants était un non-prêtre : Fr. Herve Janson, des Petits Frères de Jésus.
Sammut a mentionné le rôle de Janson, en disant : « C’est la première fois qu’un non ordonné a droit de vote dans un synode, ce qui montre que certaines choses peuvent changer lentement. »
La responsable de l’UISG a également mentionné qu’elle a eu l’occasion au cours du synode, le 16 octobre, de rencontrer un moment François en privé.
Elle a raconté qu’elle a demandé au pape s’il avait reçu un nombre de lettres que son groupe lui avait écrites exprimant notamment leur disponibilité à apporter une contribution que le pape pouvait souhaiter pour envisager plus profondément son désir que les femmes jouent un plus grand rôle l’Église.
François, dit Sammut, a indiqué ne pas avoir reçu les lettres. La responsable de l’UISG a alors dit qu’elle a invité le pape à prendre part à la prochaine assemblée générale triennale de son groupe, qui aura lieu en mai 2016.
Sammut dit qu’elle a reçu un courrier manuscrit de François le lendemain, dans lequel le souverain pontife a promis une audience générale avec les quelque 800 religieuses venant à Rome pour le rassemblement. La lettre a été écrite à la main en espagnol, avec sur l’enveloppe l’adresse écrite de la main du pape, ainsi que l’adresse de retour : « F., Casa Santa Marta, Città del Vaticano ». Pendant tout le reste de sa présentation lundi, la chef de file de l’UISG a principalement récapitulé pour les religieuses le processus de trois semaines du synode, mais a également fourni un certain nombre d’anecdotes sur ce qui se passait dans les coulisses.
Sammut a dit qu’une chose « un peu difficile » était de suivre le long des interventions des évêques pendant les sessions ouvertes du synode, lorsque chacun des prélats avait la possibilité de parler pendant trois minutes.
« Les interventions étaient extrêmement différentes », a déclaré la religieuse. « Vous pouviez entendre une chose et son contraire. »
« C’est devenu une expérience très frustrante et confuse, et il n’y avait aucun moyen pour moi, qui ai vécu tous mes 30 ans d’expérience missionnaire en dehors du centre de Rome, dans une très petite et Église, à la périphérie en Afrique du Nord de savoir qui pensait quoi. »
Sammut a également déclaré que le processus synodal ne permettait pas assez de réflexion ou de temps de prière aux les prélats pour qu’ils puissent considérer les différents points de vue qu’ils entendaient.
« Pour moi, la faiblesse de cette méthode est qu’il n’y avait pas de temps réel permettant un réel processus de discernement », a déclaré la religieuse.
« Quand vous avez de telles très grandes différences, comment rassemblez-vous tout cela ? » a-t-elle a demandé.
Les prélats avaient besoin d’ »assez de temps de prière pour digérer tout cela et distinguer les mouvements de l’Esprit et de parler non pas de ce que je désire personnellement… mais de ce que l’Esprit semble dire à l’Église, » dit-elle.
La responsable de l’UISG a également parlé de son expérience en prenant part à l’un des 13 petits groupes de discussion du synode, qui ont été organisés par la langue de préférence. Le temps passé dans son groupe a été « l’un des meilleurs partages » dans le synode, dit-elle.
« Dans mon groupe, tous les types de familles étaient présents, avec leurs joies et les problèmes », a déclaré Sammut. « Il n’y avait pas de famille parfaite idéale. »
« L’image qui est venue après ce partage était le Christ Ressuscité nous montrant ses blessures, » dit-elle. « Je trouve qu’il est important pour moi de laisser mes yeux de foi rencontrer le Christ blessé et ressuscité dans chacune de ces familles dont nous parlions. »
Les discussions les plus difficiles pendant le synode se sont produites quand les prélats ont envisagé des questions telles que la manière dont l’Église traite les divorcés remariés.
« Au cours de cette partie, j’ai senti combien il est difficile d’être évêque, » dit-elle. « Je suis désolée pour les évêques. C’est la première fois de ma vie que je suis désolé pour les évêques. »
« Ils doivent garder la doctrine de l’Église tout en répondant aux besoins pastoraux de chaque personne dans leur diocèse, » poursuivit-elle, en disant qu’ils veulent « montrer le visage de Dieu qui embrasse tous, tout en s’en tenant à la discipline de l’Église. « 
« Comment pouvez-vous devenir assez libre pour aller au-delà la peur ? » a-t-elle a demandé aux considérations des évêques.
Les catholiques divorcés et remariés ont actuellement l’interdiction de recevoir la communion dans l’Église à moins de recevoir l’annulation de leurs premiers mariages.
Alors que le document final publié samedi par le synode propose à ces personnes de discerner des décisions concernant leur vie spirituelle individuelle de concert avec la direction de prêtres, Sammut a déclaré que les délibérations sur la question ont été difficiles.
« Une chose qui m’a complètement choquée est que certaines personnes s’exprimaient sur le refus de l’ouverture du sacrement de pénitence aux divorcés remariés, » dit-elle. « Une des raisons qui a été parfois donnée… est que les autres catholiques seraient scandalisés s’ils les voient aller à la communion, ou admis aux sacrements. »
« Quel type de chrétiens, faisons-nous alors, des bons chrétiens ? » a demandé Sammut. « Comment un bon chrétien peut-il vouloir priver les autres de ce qui est important et nécessaire pour leur vie ? »

Traduction par Lucienne Gouguenheim

Source de l’article et des illustrations : http://ncronline.org/news/vatican/global-women-religious-leader-asks-them-do-synod-s-unfinished-work