Le 28 mai 2014, Sœur Marie est devenue la nouvelle prieure du Carmel de Lisieux


Voici son témoignage :

Quel est votre parcours ?

Je suis rentrée au Carmel à St Sever Calvados en 1982, où j’y ai passé 18 ans. Jusqu’à ce qu’on me demande en 2000 de venir au Carmel de Lisieux ; j’ai vécu cette demande comme un appel du Seigneur, j’ai donc dit oui.
Auparavant j’avais travaillé en entreprise, où j’étais en charge de la gestion du Personnel.

Responsabilités en entreprise / responsabilités en monastère : quelles sont les différences ?

Dans l’entreprise on a un souci d’efficacité, du bien des personnes… mais en fonction du bien de l’entreprise ! J’avais la fibre de me soucier du bien des personnes, j’essayais de la mettre en pratique. Après, quand je suis entrée au Carmel, j’ai tout lâché et j’ai essayé d’apprendre à vivre une relation avec Dieu et avec mes sœurs. On devient beaucoup plus proche de ce que l’on est réellement, on n’est plus dans le paraître, dans la comparaison. Je me suis retrouvée à nu devant Dieu et devant moi-même. C’est un rude chemin, que d’arriver à cette vérité d’être, à cette humilité de s’accepter tel qu’on est ! Au fur et à mesure qu’on progresse, une nouvelle relation s’établit avec les autres, car on découvre le regard aimant de Dieu.
J’étais comme beaucoup des jeunes qui entrent au Carmel, pensant n’être ni capables, ni aimables. Et j’ai découvert que Dieu nous aime infiniment, qu’il n’y a pas de limite à cette amour ; si on a la simplicité d’accepter cet amour tel qu’il nous le donne, on se sent aimé et donc aimable. Les relations avec les autres deviennent beaucoup plus simples, car je peux découvrir en l’autre un être aimé de Dieu. Dans un milieu comme un monastère, où chacune vit cela, nous sommes là pour nous entraider, nous soutenir mutuellement dans les moments difficiles. Alors qu’en entreprise, si on est en fragilité, les autres en profitent pour vous écraser plus facilement. Au Carmel, la fragilité est mise en évidence par notre vie commune sans échappatoire possible. Les moments difficiles sont aussi des moments de construction, positifs, qui auront une fécondité.

Comment devient-on prieure ?

Au Carmel, la prieure est élue par ses sœurs pour 3 ans, renouvelable une fois. La communauté choisit la sœur qui va le mieux la guider, en fonction des priorités que se donne la communauté.

Quel est le rôle de la prieure ? Décide-t-elle de tout ?

Paradoxalement, la prieure est la première obéissante parmi les sœurs ! C’est elle qui a le dernier mot, mais elle décide avec et pour la communauté, s’appuyant sur notre Règle de vie. Pour cela elle est aidée par un Conseil de quatre sœurs, et surtout du Chapitre composé des sœurs engagées définitivement dans la communauté. Le Chapitre est l’instance où se travaillent tous les objectifs, les choix de la communauté. Mais malgré tout la prieure garde sa liberté, et peut s’écarter du choix du Chapitre, si elle l’estime nécessaire pour le bien de la communauté.

La prieure va rencontrer chacune des sœurs et les écouter assez régulièrement. Ainsi elle sait véritablement ce que vivent chacune des sœurs, et sera donc à même de prendre des décisions en fonction des besoins de chacune, qu’elle est la seule à connaître. Elle peut sentir les limites, ou au contraire les aspirations de la communauté dans chaque domaine dont elle est seule à avoir tous les éléments.
Ainsi elle va donner des responsabilités aux sœurs en fonction de ce qu’elle sent de leurs capacités, des richesses de chacune et du meilleur choix possible pour le bien de la communauté à ce moment-là.

Le regard des sœurs a-t-il changé envers vous ?

Oui, car un regard de foi se met en place. Je reste la même, avec mes qualités et mes limites : si je suis distraite et que j’oublie pas mal de choses, les sœurs vont en rire ou s’en agacer, là je n’ai pas changé ! (rires) Mais il y a un respect nouveau. Lorsque je dis quelque chose en tant que prieure, cette parole est vécue et reçue comme venant d’ailleurs. Car la prieure essaye, dans une prière partagée avec la communauté, d’écouter ce que l’Esprit Saint veut. Elle encourage la communauté dans un certain sens, selon un regard de foi. Obéir à la prieure, ce n’est pas seulement faire ce qu’elle demande, c’est aussi essayer d’écouter comment Jésus parle à la communauté aujourd’hui. La prieure n’est pas infaillible ! Mais si j’accepte d’écouter en profondeur ce que la prieure dit, de lui partager mon avis qui peut être différent du sien, c’est elle qui a le dernier mot. La prieure n’est pas un « chef ». Une fois qu’elle est élue, elle est le guide que Dieu nous donne pour ces 3 ans à venir. Cette notion d’obéissance dans la foi fait grandir la communauté.

Suite au prochain épisode ...

Source : Site du Carmel de Lisieux