Le Cardinal João Braz Card. De Aviz aux supérieur/es majeur/es : un frère parmi ses frères

Intervention du cardinal João Braz Card. De Aviz au premier jour de l’Assemblée générale de la Corref à Lourdes, 10 novembre 2016.


Introduction

Avant toute chose, je souhaite vous transmettre les salutations les plus cordiales de notre Archevêque Secrétaire Monseigneur José Carballo et des quarante personnes avec lesquelles nous travaillons pour la vie consacrée dans la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique (CIVCSVA).

L’expérience que nous faisons actuellement au dicastère est celle d’une profonde proximité et communion avec le Pape François. Nous cherchons à suivre le chemin qu’il nous indique et désirons collaborer avec la réforme de l’Eglise qu’il transmet par ses enseignements et ses innombrables gestes.

L’Année de la vie consacrée a été vécue avec beaucoup d’intensité à Rome, ainsi que dans les différentes parties du monde. Son fruit le meilleur nous semble être le fait d’avoir renouvelé, en nous, consacrés, la certitude de la présence et de l’action puissante de la Sainte Trinité qui assiste, par l’Esprit Saint, tous les charismes donnés à l’Eglise au fil de l’histoire et qui les renouvelle par la force de l’espérance.
En effet, embrasser l’avenir avec espérance a été un des objectifs indiqués par le Pape François pour regarder vers le futur : « Embrasser l’avenir avec espérance veut être le troisième objectif de cette Année. Nous connaissons les difficultés que rencontre la vie consacrée dans ses différentes formes : la diminution des vocations et le vieillissement, surtout dans le monde occidental, les problèmes économiques suite à la grave crise financière mondiale, les défis de l’internationalité et de la mondialisation, les tentations du relativisme, la marginalisation et l’insignifiance sociale … C’est bien dans ces incertitudes, que nous partageons avec beaucoup de nos contemporains, que se met en œuvre notre espérance, fruit de la foi au Seigneur de l’histoire qui continue de nous répéter : « ne crains pas … car je suis avec toi » (Jr 1, 8).

L’espérance dont nous parlons ne se fonde pas sur des chiffres ni sur des œuvres, mais sur Celui en qui nous avons mis notre confiance (cf. 2 Tm 1, 12) et pour lequel « rien n’est impossible » (Lc 1, 37). Là est l’espérance qui ne déçoit pas et qui permettra à la vie consacrée de continuer à écrire une grande histoire dans l’avenir, vers lequel nous devons tenir notre regard tourné, conscients que c’est vers lui que nous pousse l’Esprit Saint pour continuer à faire avec nous de grandes choses ».

Le Pape François nous invite alors à avoir la même espérance qui était dans le cœur de Marie et dans le cœur de l’apôtre Paul. Marie, qui a confiance en Dieu lors de l’annonce de l’ange, a espéré même devant ce qui semblait impossible à réaliser. L’apôtre Paul a espéré même en étant seul en prison, abandonné de tous et se sachant destiné au martyre.

Nous pouvons alors penser que ce qui est en jeu pour nous, consacrés, pour « continuer à écrire une grande histoire dans l’avenir », selon le Pape François, ce n’est pas la grandeur de nos structures ou organisations, ni le nombre et la diversité de nos œuvres, mais l’union profonde avec Celui qui nous aime depuis toujours et nous assiste sans cesse, c’est-à-dire le Seigneur. C’est pour cela que le Pape François dit à l’Eglise : « Je ne me lasserai jamais de répéter ces paroles de Benoît XVI qui nous conduisent au cœur de l’Evangile : ‘A l’origine du fait d’être chrétien, il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et par là, son orientation décisive’ ».
En ce sens, pour beaucoup de nous, consacrés, l’Année de la vie consacrée a signifié une reprise de la passion pour le Christ, vécue maintenant avec une nouvelle joie et une nouvelle fraîcheur. En de nombreux endroits, l’on voit la maturation de la vie consacrée dans les nouveaux contextes de l’international et de l’intercongrégationnel.
Les motivations pour une vie fraternelle en communauté, comprise et expérimentée comme essentielle pour la sequela Christi, se renouvellent également. On a commencé à prendre mieux soin de la formation, entendue comme formation continue et initiale, qui vise à former le disciple de façon cohérente, à la lumière de la spiritualité de communion, ainsi qu’à la lumière des deux dimensions coessentielles de l’Eglise, à savoir la dimension hiérarchique et la dimension charismatique. Dans cette lumière, l’on revoit également les façons de vivre l’autorité et l’obéissance : la première devient davantage service et la seconde s’exprime toujours plus comme communion. Et ainsi, autorité et obéissance deviennent davantage expression de l’Evangile. De la même manière, l’on revoit la gestion des biens, tant personnels qu’institutionnels.
Le résultat de ce nouveau processus de conversion est le retour de l’énergie propre de la dimension missionnaire de la vie chrétienne et consacrée, capable d’attirer de nombreuses personnes à l’Evangile. Là où cette conversion est à l’œuvre, la passion pour la mission grandit et s’exprime comme témoignage transparent du mode de vie de Jésus qui, par attraction, arrive aux autres. C’est ce qui caractérise aujourd’hui l’évangélisation.

En effet, nous sommes à un moment nouveau de l’humanité, que l’on identifie de façon générique au phénomène de la globalisation. Le Pape François affirme qu’il s’agit vraiment d’un « changement d’époque ». Nous y sommes tous impliqués.
Nous pouvons sûrement repérer encore d’autres signes d’espérance qui germent aujourd’hui dans la vie consacrée. Ainsi en est-il par exemple des nouveaux charismes qui intègrent, dans la même lumière charismatique, les différentes vocations (époux, consacrés, consacrées, prêtres), en dépassant la distance entre les différents états de vie et en manifestant plus visiblement l’unité de l’unique Peuple de Dieu, qui assume ensemble une vie évangélique dans la forme du Christ.
Ainsi en est-il également pour une compréhension plus authentique de la vie consacrée charismatique en elle-même, et non pas, comme nous l’avons tant fait pour la partie masculine, en relation trop étroite avec le sacerdoce ministériel, en créant ainsi une fausse distinction de dignité. C’est à cela que se réfère le Pape François par rapport au sacerdoce ministériel, quand il distingue puissance sacramentelle et pouvoir.

Enfin, nous travaillons intensément au dicastère, et avec la Congrégation pour les Evêques, de façon synodale, avec la participation des différentes Conférences des Consacrés et Consacrées du monde entier, pour arriver à une ébauche du nouveau document « Mutuae Relationes », qui devra exprimer l’esprit du riche document de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi « Iuvenescit Ecclesia » sur la relation entre dons hiérarchiques et charismatiques pour la vie et la mission de l’Eglise, datée du 15 mai 2016. Cinquante ans après le Concile Vatican II, nous avons la possibilité d’inaugurer une relation plus mûre et complémentaire entre les deux dimensions coessentielles de l’Eglise, à savoir hiérarchie et charisme. Il n’y a pas soumission mais différence et communion. Le charisme vient de l’Esprit mais il s’inscrit dans l’Eglise.
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(lire la suite en document joint)