Le P. Lubungo, nouveau supérieur des pères blancs

Le P. Stanley Lubungo, originaire de Zambie, a été élu à la tête de la congrégation des missionnaires d’Afrique.


Il n’aura pas eu beaucoup de temps pour connaître sa province d’Afrique australe dont il avait été nommé supérieur en janvier. Le P. Stanley Lubungo, 48 ans, a été élu, vendredi, à la tête de la congrégation des missionnaires d’Afrique, plus connue sous le nom de « Pères blancs ».
Né en en Zambie, à la frontière de la République démocratique du Congo, le P. Lubungo résidera à Rome, où se trouve la maison généralice de la congrégation. Loin du pays où il découvrit les pères blancs. « Je viens d’une petite ville où la paroisse était très dynamique », confie aujourd’hui le nouveau supérieur, dans un français parfait. « Adolescent, je pensais que tout le monde connaissait le Christ. Et quand à 17 ans, j’ai découvert qu’il existait des régions du monde où l’Évangile n’avait jamais été annoncé, j’ai rejoint les Pères blancs. »
Les années suivantes, son parcours le mène notamment en Tanzanie, et en Côte d’Ivoire. À Abidjan, il dirige pendant sept ans la formation des Pères blancs. En RD-Congo, où il séjourna à la fin des années 1990, il prend conscience de la nécessité de travailler pour la paix. « La guerre commençait pour des raisons ethniques, se souvient-il aujourd’hui. Or, dans notre communauté, à Bunia, dans l’est du pays, nous étions quatre hommes de quatre pays différents. J’ai senti que notre présence pouvait être un témoignage pour ceux qui se battaient à cause de leurs différences. »
Théologie de Frère Roger de Taizé
Quelques années plus tard, sa congrégation l’envoie parfaire sa formation à Paris, où il entame un doctorat en 2012 à l’Institut catholique de Paris. Lorsqu’il évoque ses souvenirs dans la capitale française, il passe rapidement sur les rayonnages des bibliothèques de théologie et évoque aussitôt la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis. Pendant plus de trois ans, le prêtre zambien a en effet rejoint l’équipe d’aumônerie de la prison pour y célébrer la messe une fois par mois. « C’était un rendez-vous extraordinaire, se souvient-il aujourd’hui. Cela m’a aidé à sortir un peu de l’univers des livres, à me faire connaître des gens en souffrance, qui avait vraiment besoin d’entendre une parole apaisante. »
Il reconnaît aujourd’hui que ses nouvelles responsabilités l’empêcheront sans doute de mener à bien son doctorat, sur l’engagement chrétien dans la transformation des sociétés. Un travail au cours duquel il a particulièrement planché sur la théologie de Frère Roger de Taizé. « Je reste très marqué par le lien esquissé par le fondateur de Taizé entre vie de prière et engagement dans la société », explique le P. Lubungo. « Roger m’a montré combien la foi doit être mise en pratique et inciter à aller dans le concret de l’existence. »
« C’est un homme à la fois souriant, profond et spirituellement très solide », confirme le P. Gérard Chabanon, missionnaire en Ouganda et ancien supérieur des Pères blancs. Une solidité dont il aura besoin dans les années à venir. Le nouveau supérieur devra en effet se pencher sur plusieurs questions cruciales, dont la répartition des forces sur le terrain, à l’heure où les Pères blancs ont de plus en plus de mal à maintenir des communautés de trois missionnaires dans les paroisses où ils sont implantés, en raison de la multiplication des missions. Il pourrait aussi se prononcer sur les engagements de la congrégation en dehors d’Afrique, notamment en Europe, en Asie et en Amérique latine.
La nomination du P. Lubunga à la tête de la congrégation ce supérieur confirme en tout cas l’africanisation de la direction des pères blancs. Son prédécesseur, le P.Richard Baawobr, Ghanéen, désormais évêque dans son pays, était le premier Africain élu à ce poste.

Les pères blancs dans le monde
Le 1er janvier 2016, les missionnaires d’Afrique regroupaient 1 263 missionnaires, de 36 nationalités. L’effectif est en très légère baisse (-45) par rapport à 2015. On compte 215 communautés dans le monde, dans 42 pays, dont 23 en Afrique. 11 évêques sont également issus de la congrégation
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Loup Besmond de Senneville
Source : www.la-croix.com