Le mot du président


L’espérance est un mot qui sonne fort dans le cœur de nos contemporains. Certains en ont perdu le sens tant leurs conditions de vie sont difficiles, d’autres tentent de le retrouver en élaborant de nouveaux processus de développement. Et pourtant comme l’évoque le poète Charles Péguy, la petite fille espérance ne cesse de se manifester, malgré tout, dans le secret des cœurs.

 La vie religieuse comme les autres institutions françaises connaît un moment de profonde transformation qui suscite parfois de la désespérance. Les deux Assemblées Générales ont tenté de prendre la mesure de la situation avec ses aspects sombres et ses belles lumières ; elles ont proposé une démarche de profonde conversion pour aller de l’avant. Il est temps maintenant de se mettre en face des choix concrets qui restent à poser en grande solidarité mutuelle, pour que la vie religieuse dans son ensemble continue d’apporter sa pierre pour la construction du Royaume qui vient.

L’espérance des chrétiens et donc des religieux et religieuses vient de la rencontre du Christ. Cette espérance-là ne trompe pas, elle est comme une ancre : elle nous fait passer de la mort à la vie immanquablement. Nous pouvons renaître en vérité à une vivante espérance dont nous aurons constamment à rendre compte auprès de ceux que nous côtoyons ou vers lesquels nous sommes envoyés. En choisissant de bâtir réellement sur le roc du Christ mort et ressuscité, nous pourrons oser l’espérance de l’Evangile dans toute son ampleur. Tels sont les thèmes bibliques qui vont accompagner le déroulement de cette nouvelle Assemblée Générale.

Au terme de ces quelques jours de rencontre, il faudrait que nos Instituts se mettent lucidement en face des choix qui les attendent. En optant pour l’espérance, il ne s’agit de faire perdurer des structures en accueillant par exemple des jeunes français ou étrangers dans des conditions de vie et de formation insuffisantes, de se replier sur soi ou encore de s’appuyer inconditionnellement sur des laïcs. Il s’agit plutôt de s’ouvrir à la complémentarité en permettant l’émergence de nouvelles pousses dans de bonne condition de soutien mutuel et de collaboration. Dans les dix prochaines années, beaucoup d’Instituts ne pourront subsister. Non seulement, il est nécessaire de préparer les décisions qui s’imposent dans un tel contexte, mais aussi de favoriser l’éclosion de nouvelles réalités de vie religieuse qui pourront bénéficier de l’apport en tout genre de ces Congrégations en voie d’extinction : de nombreuses et heureuses décisions ont déjà été prises en ce sens, mais cela peut et doit s’élargir encore pour toucher à la Pastorale des Vocations, à la collaboration avec les diocèses et à la capacité de ne pas se crisper sur l’autonomie des Instituts.

L’annonce de l’Evangile est constamment attendue dans nos sociétés essoufflées. Comment pouvons-nous ensemble, favoriser cette annonce et laisser refleurir dans le cœur de tous, l’espérance de Celui qui nous a tout donné en son Fils Jésus dans la force de leur Souffle commun.

Frère Jean-Pierre Longeat, président de la Corref