« Le ying et le yang des vocations » - Diocèse de Coutances


La sagesse chinoise parle du ying et du yang, les faces cachée et visible des choses. Pour un Européen, le printemps commence avec l’apparition des feuilles. Nous reconnaissons le printemps à sa face visible, son côté yang. Pour un Chinois, le printemps commence avec sa face cachée, le ying, quand la sève monte secrètement dans l’arbre.

Occidentaux, nous sommes prisonniers du yang. Nous appréhendons les choses par leur face visible. Nous les jugeons à leur résultat, l’arbre à ses fruits, et nous oublions leur face cachée.

Il en est peut-être ainsi des vocations dans l’Eglise. Nous sommes impressionnés par ce qui est visible, la face yang. Ce qui paraît, c’est la « crise des vocations », le manque ressenti de prêtres ou de religieuses. Polarisés par le côté yang des vocations, nous oublions son côté ying. Nous ne voyons plus la face secrète des vocations, ce que l’appel de Dieu fait naître au cœur des hommes.

J’en reçois la confidence : des enfants et des jeunes entendent aujourd’hui au fond d’eux- mêmes l’appel à servir l’Eglise dans une vocation de religieux, religieuse, prêtre ou missionnaire. Dans notre diocèse, je ne doute pas que certains se posent au fond d’eux-mêmes la question du don de leur vie à cause de l’amour de Dieu. La sève du printemps monte secrètement dans l’arbre. Mais, à force de ne voir que ce qui apparaît et ce qui nous inquiète, nous ne voyons pas ce qui est caché et qui devrait nous donner de l’élan.

Il nous faut alors retrouver confiance dans la capacité de Dieu à appeler des hommes et des femmes dans le secret de leur vie. Croire en la face ying de l’appel. Et, plus encore, favoriser le passage du ying au yang, ce moment subtil où ce qui est caché vient à la lumière.

Trop souvent, l’appel reste enfermé dans sa face cachée. Il ne parvient pas à s’extérioriser. La sève qui monte ne réussit pas à faire jaillir de l’arbre les feuilles nouvelles, car il n’est pas facile de passer de l’appel que l’on entend au fond de soi à l’appel que l’on reconnaît avec d’autres. Cela nécessite qu’on puisse en parler, entendre l’appel de la part des autres, dans une communauté. Et c’est ici que le bât blesse car nos communautés ont parfois peur de parler de l’appel, encombrées de clichés, de blocages et de craintes.

Puisse cette année de la vie consacrée donner alors à notre Eglise de relier le ying et le yang des vocations.

Bonne et sainte année 2015 !

+ Laurent Le Boulc’h
Evêque de Coutances et Avanches