Les 7 familles de la vie consacrée (Le Pèlerin)


Source : http://www.pelerin.com/

Fêtée par l’Église chaque 2 février, la vie consacrée est célébrée spécialement tout au long de cette année. Elle prend des formes multiples... et parfois méconnues. Pèlerin vous en propose une lecture en 7 « familles », comme 7 manières de vivre le don total à Dieu.

Si les différentes formes de vie consacrée se classent en « 7 familles », alors ces familles sont cousines car porteuses du même patrimoine génétique : le choix de se donner totalement pour témoigner du Christ. Avec ou sans vœux prononcés, avec ou sans vie communautaire, mais toujours dans un quotidien de prière, vécu dans la chasteté du célibat.

« Je suis au Christ »

Tamara, sœur France-Hélène, sœur Marie-Bruno, frère Charles, Pierre, Marie-Thérèse et Gabriel portent chacun dans leur cœur le souvenir d’un appel du Christ, radical, aussi secret et personnel que le début d’une histoire d’amour.

Si bien que sœur France-Hélène, religieuse bénédictine, est un peu gênée de raconter la genèse de sa propre vocation : « Chaque appel est unique, aucun n’est un modèle », insiste-t-elle.

« Je suis au Christ » : la formule est gravée sur son anneau reçu le jour de sa profession solennelle. Vêtue de l’habit noir et d’un voile crème, elle vit à Jouarre, en Seine-et-Marne, depuis trente-trois ans. Comme celles qui l’ont précédée en priant là depuis quatorze siècles, elle ne quittera jamais son monastère. Une stabilité de lieu caractéristique de la vie monastique.

C’est l’un des trois vœux qu’elle a prononcés, les autres étant la « conversion des mœurs » – c’est-à-dire « désirer chaque jour se remettre sous le regard de Dieu » – et l’obéissance, « qui signifie se déposséder pour se laisser posséder par le Christ. Implicitement, c’est un vœu de pauvreté qui va au-delà du matériel ».

S’il n’est pas exprimé comme tel, le vœu de célibat est contenu dans le principe même du monachisme puisque « monos signifie “seul” en grec ancien », rappelle sœur France-Hélène. Une solitude vécue « au coude à coude avec d’autres sœurs ».

« Une respiration qui équilibre ma vie »

À Paris, le frère Charles Ruetsch est dominicain, c’est-à-dire religieux lui aussi mais de la « famille » des apostoliques.

Il a prononcé des vœux et vit en communauté au sein d’un couvent mais pourra être amené à changer de lieu. Et surtout, il en sort quotidiennement pour aller « dans le monde » accomplir un apostolat (un service ou travail) « pour le bien des âmes ». Pour lui, c’est un poste de chargé de projet à l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) : chaque matin après l’office, il quitte son habit blanc pour retrouver une tenue civile. « Une vie communautaire pour le ressourcement spirituel et l’étude, et une profession : j’aime cette respiration qui équilibre ma vie », confie-t-il.

Avec leur passé prestigieux, leurs grands saints (Benoît, François…) qui ont marqué l’histoire, les ordres ou congrégations religieuses jouissent d’une notoriété certaine. Mais d’autres familles, moins connues, existent dans le « jeu » de la vie consacrée. À partir du XVIe siècle fleurissent les sociétés de vie apostoliques : Eudistes, Lazaristes...

Leurs membres ne sont pas religieux et se définissent plus par leur mission plutôt que par leur mode de vie. Pierre de la Bigne est diacre des Missions étrangères de Paris (MEP).

Avec son col romain et son style classique, il ressemble à n’importe quel prêtre de paroisse parisien. Son quotidien, après son ordination sacerdotale dans quelques mois, sera pourtant bien différent. Il sait déjà qu’il passera le reste de sa vie à Taïwan.

« Nous sommes consacrés à l’évangélisation en Asie et dans l’océan Indien, ad vitam, ad extra, ad gentes : “pour la vie, en quittant notre pays, pour les non-chrétiens”, explique-t-il. Dispersés à travers le monde, nous sommes liés entre nous par l’histoire des missions, celle des martyrs. »

La vie fraternelle à laquelle il aspire, il la construira sur place, avec les Asiatiques, mais pas forcément avec d’autres membres des MEP.

On est plus proche du clergé séculier que des religieux

→ complète son supérieur, le P. Georges Colomb, qui insiste sur la spiritualité « de terrain » propre aux MEP : « Apprendre la langue du pays, être étranger pour toujours, dans des lieux où les chrétiens sont souvent peu nombreux : cela invite à l’humilité ! »

Épouse du Christ

Plus méconnues encore sont les « familles » des vierges consacrées et des ermites, bien qu’elles soient les plus anciennes formes de vie consacrée dans l’Église. Depuis le début du christianisme, des femmes choisissent de rester célibataires pour Dieu. Deux mille ans plus tard, elles sont toujours relativement nombreuses à répondre à cette vocation mystérieuse vécue dans la discrétion et une très grande indépendance : près de 500 aujourd’hui en France, dont 70 à Paris.

Frêle trentenaire aux longs cheveux noirs, Tamara a été consacrée l’an dernier par son évêque – son seul référent outre son accompagnateur spirituel. Un pull noir, une jupe un peu en dessous du genou, elle passe inaperçue dans le grouillement du café parisien où elle décrit sa vie. « Celle d’une épouse du Christ dans le monde », résume-t-elle en montrant son alliance à la main droite. Tamara vit seule, gère son budget, prie les offices au cours de la journée et se garde de larges plages de silence « pour des moments privilégiés avec [son] époux ».

Traductrice et chercheuse à l’université, elle « n’affiche pas son état de vie mais ne fuit pas les questions quand elles viennent ».

Le choix d’un retrait radical du monde

À l’opposé de cette vie au milieu du monde, celle de sœur Marie-Bruno, ermite. Religieuse apostolique pendant trente-deux ans et toujours en lien avec sa congrégation, elle a choisi l’ascèse dans un retrait radical du monde.

À l’orée d’un village près d’Auxerre, dans l’Yonne, elle habite un ancien presbytère, dont elle ne sort chaque jour que pour aller à la messe ou faire les courses « une fois par mois, selon la date de péremption des yaourts ! »

Elle se lève chaque jour à 3 heures du matin, prie tous les offices, entretient un petit potager. Tricote aussi, en priant toujours, afin de s’assurer quelques revenus complémentaires par la vente de pulls. Ne se sent-elle pas seule, à la longue ?

Jamais, puisque le Christ est présent dans ma vie !

→ assure-t-elle.

Les laïcs consacrés, enfin, forment les deux dernières « familles » apparues dans l’histoire de la vie consacrée. Distinguons celle des instituts séculiers reconnus par Rome depuis 1947 et celle des communautés nouvelles nées de Vatican II.

Après un long questionnement sur la vie religieuse, Marie-Thérèse a rejoint l’institut séculier « Union Sainte-Thérèse-de-Jésus » il y a vingt ans. « J’y ai trouvé la spiritualité carmélitaine qui m’attirait, sans avoir la vie cloîtrée de carmélite », explique cette infirmière à la retraite, dont le quotidien s’équilibre entre le silence et la prière des offices dans son appartement de la banlieue parisienne, et un engagement associatif auprès de femmes musulmanes.

Une remarque en écho à celle de Gabriel de la communauté de l’Emmanuel :

Je voulais être tout à Dieu sans passer de l’autre côté de la “barrière” : je ne me sentais pas appelé à être prêtre ou clerc.

Rare homme parmi les laïcs consacrés de cette communauté charismatique née il y a quarante ans, il se souvient du geste posé par l’évêque lors de son engagement définitif : une accolade, signe à ses yeux qu’il doit être « comme Jean-Baptiste, ami de l’Époux, garde rapprochée du Christ ».

Il aime décrire son état de vie comme une « espèce en voie d’apparition » puisque les statuts sont en train d’être rédigés pour être validés par Rome...

Pour l’heure, il vit en « fraternité » avec deux autres consacrés, a une activité professionnelle. « Quand la chasteté est bien vécue, le célibat est vraiment source de liberté intérieure, et de vérité dans les relations », assure-t-il. Il espère profiter de cette année de la vie consacrée pour monter une rencontre spécifique pour les laïcs consacrés de diverses communautés de France ou de l’étranger.

Mieux se connaître entre eux, mieux se faire connaître des autres, montrer leur joie : tels sont les désirs que tous les consacrés expriment pour cette année qui leur est dédiée.

Le pape, qui est l’un d’entre eux puisqu’il est religieux jésuite, leur a fixé trois objectifs : « regarder le passé avec reconnaissance, vivre le présent avec passion et embrasser l’avenir avec espérance.

Une année de rendez-vous

Lancée le 30 novembre 2014, l’Année de la vie consacrée durera jusqu’au 2 février 2016 et sera émaillée d’événements à Rome et dans les diocèses français. Les jeunes consacrés ont rendez-vous du 1er au 3 mai 2015 à Antony, en région parisienne, pour une rencontre sur le thème « Missionnaires de la joie ! ».