Les Diaconesses de Reuilly et l’œcuménisme

Une communauté atypique au coeur des Yvelines.


La première chose qui vient à l’esprit quand on parle des Diaconesses de Reuilly est une image médicale : des centres hospitaliers renommés où sont soignées des personnes en situation de grande fragilité et plus particulièrement des patients en fin de vie accueillis dans des unités de soins palliatifs dont la réputation n’est plus à faire, comme l’établissement Claire Demeure à Versailles.

Mais si l’on fait quelques mètres de plus et si l’on franchit le lourd portail bleu au-delà des bâtiments modernes de Claire Demeure, le long des voies ferrées de la Gare des Chantiers, on trouve un beau parc avec en son centre la maison-mère de la communauté protestante des Diaconesses de Reuilly où vivent aujourd’hui une trentaine de religieuses. D’autres bâtiments sont également disséminés dans cette oasis de verdure, notamment une maison d’accueil pour retraites et récollections, ainsi qu’une vaste chapelle à l’architecture futuriste, toute de verre vêtue.

La grande couleur chrétienne
Cette communauté originale a vu le jour en 1841 dans des bâtiments situés à Paris avenue de Reuilly, d’où son nom. Elle se caractérise par sa vocation monastique, assez unique dans les églises protestantes où les vœux religieux de célibat, obéissance et pauvreté n’ont jamais été vraiment reconnus comme forme de vie. Outre sa vocation sociale et humanitaire au service des personnes fragiles et souffrantes voulue dès le début par ses fondateurs, la communauté n’a eu de cesse de creuser des chemins d’unité et de réconciliation entre les Chrétiens : comme le rappelait Caroline Malvesin, l’un des fondatrices, ce qui importe est de servir ‘la grande couleur chrétienne’.

Dans un premier temps, la Communauté des Diaconesses, sensible aux dissensions et aux incompréhensions entre les diverses Eglises protestantes issues de la Réforme, a mis l’accent sur l’unité au sein du protestantisme. Ce souci d’œcuménisme s’est perpétué jusqu’à aujourd’hui en s’étendant aux autres Eglises chrétiennes. La correspondance retrouvée entre Caroline Malvesin et l’autre fondateur, Antoine Vermeil, fait déjà état d’un désir de rapprochement entre catholiques et protestants.

Ce rapprochement s’est d’abord rapidement concrétisé dans l’action sociale et médicale avec des rencontres professionnelles œcuméniques entre soignants catholiques et protestants, ou entre enseignants de diverses Eglises. Le mouvement s’est accéléré après le concile Vatican II avec des échanges, des temps de prière en commun avec d’autres communautés monastiques, comme les Bénédictines de Vanves ou de Jouarre, etc. Dans le diocèse de Versailles, diverses rencontres ont été organisées à l’initiative de Mgr. Thomas entre les diaconesses de Reuilly et les diverses communautés religieuses catholiques présentes sur le diocèse. C’est ainsi que des liens étroits de prière ont été tissés avec les sœurs du Cénacle à Versailles qui viennent régulièrement participer aux offices des Diaconesses.

La vie religieuse, lieu œcuménique privilégié

Aujourd’hui, c’est ensemble que chaque année, toutes les communautés religieuses catholiques se retrouvent avec les Diaconesses de Reuilly pour préparer et animer l’office des vêpres solennelles dominicales célébré à la Cathédrale St Louis en clôture de la Semaine pour l’unité des Chrétiens.

Comme le dit avec sourire sœur Evangéline, ancienne prieure de la communauté à Versailles, la vie religieuse est un lieu œcuménique privilégié et des liens se tissent tout naturellement entre les diverses congrégations. C’est sans doute dans cet esprit qu’il y a quelques années, les sœurs Oblates de l’Eucharistie ont approché les Diaconesses de Reuilly pour leur demander de prendre en charge leurs deux établissements de soins palliatifs à Rueil (Notre Dame du Lac) et à Lomme dans le Nord. C’est également à Lomme que les Diaconesses de Reuilly ont participé à la fondation d’une communauté religieuse œcuménique où vivent six sœurs catholiques et protestantes de quatre congrégations différentes. Cette communauté, créée il y a cinq ans avec le soutien actif des responsables des différentes Eglises chrétiennes, reste la seule communauté œcuménique féminine en France.

Source : Diocèse des Yvelines