Les Églises et le réchauffement climatique

Revue Unité des Chrétiens, n° 179 (juillet 2015)


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Sommaire
> ÉDITORIAL : Un climat de confiance (Franck LEMAÎTRE)
> ESSENTIEL : Le comité mixte anglican-catholique en France invite
à la prière commune
> CÉCEF : Le Conseil national des évangéliques de France rejoint le CÉCEF
> DOSSIER : Les Églises et le réchauffement climatique
. Sensibiliser les chrétiens aux questions environnementales
. En chemin vers Paris Climat 2015 (David SHREEVE)
David Shreeve est l’expert de l’Église (anglicane) d’Angleterre pour les questions environnementales. Il souligne le rôle que peut avoir son Église pour lutter contre le réchauffement climatique, en montrant ce qui a déjà été entrepris et les obstacles à surmonter.
. Consommer sobrement (JOB de TELMESSONS)
Mgr Job de Telmessos est archevêque des Églises orthodoxes russes en Europe occidentale (Exarchat du Patriarcat de Constantinople). Il analyse la contribution que les chrétiens pourraient apporter pour lutter contre la surconsommation.
. Respecter le sabbat
Pour vivre en harmonie avec la création (Gabriel MONET)
Professeur de théologie pratique à la faculté de théologie adventiste de Collonges-sous-Salève, Gabriel Monet rappelle l’importance du sabbat, qui permet d’établir un juste rapport à la création.
. Jeûner pour le climat
Le chemin d’une double conversion ? (Martin KOPP)
Doctorant à faculté de théologie protestante de Strasbourg, Martin Kopp est chargé de plaidoyer pour la justice climatique de la Fédération luthérienne mondiale. Il présente une initiative originale – un Jeûne pour le Climat – qui peut favoriser la conversion de nos modes de vie.
. Prier pour la sauvegarde de la création
Vie spirituelle et souci de l’environnement (Sœur DOMINIQUE, Taulignan)
Sœur Dominique est moniale dominicaine au monastère de Taulignan, dans la Drôme. Elle montre comment, par la louange et l’intercession, dans la prière liturgique ou personnelle, peut être porté, le souci de la sauvegarde de la création.
. Prêcher la justice écologique
Le respect de l’environnement au fil de l’année liturgique (David FINES)
Pasteur de l’Église unie du Canada, David Fines montre comment la réflexion sur la Création et sa sauvegarde peut marquer chaque temps liturgique (Avent, Noël, Carême, Pâques…).
. Semer l’espérance
Les « Églises vertes » au Canada (Norman LÉVESQUE)
Norman Lévesque est directeur d’un Réseau d’ « Églises vertes » qui a démarré en 2006 au Québec et qui s’étend progressivement à toutes les provinces du Canada, dans les différentes confessions chrétiennes.
> RENDEZ-VOUS avec Yves-Marie Blanchard
> JALONS SUR LA ROUTE DE L’UNITÉ : Février, mars, avril 2015
> LECTURES
> AGENDA

Éditorial
Un climat de confiance
Sécheresse, inondations, cyclones, élévation du niveau de la mer… il va beaucoup être question de réchauffement climatique dans les prochains mois ; et la France sera en première ligne, puisque c’est à Paris que se tiendra en décembre 2015 la conférence des Nations unies sur le climat (COP 21). Les Églises se mobilisent progressivement : les articles de ce numéro sont l’occasion de mesurer ce que des chrétiens entreprennent déjà, avec créativité, et ce que les Églises peuvent préconiser : pour la sensibilisation des fidèles, pour la prière et pour l’action individuelle et collective…
Sur ce terrain, le mouvement œcuménique n’a pas été en retard. On se souviendra par exemple du Rassemblement de Bâle, en 1989, qui encourageait les Églises de l’ouest et de l’est de l’Europe, au moment de leurs retrouvailles, à œuvrer à la sauvegarde de la création [1], en conjuguant celle-ci avec la recherche de la justice et de la paix.
De manière plus lointaine, on pourrait aussi rappeler que le pionnier de l’œcuménisme que fut l’abbé Paul Couturier développait déjà une vision cosmique de « l’unité chrétienne », en ne la limitant pas à la réconciliation des chrétiens, mais en inscrivant celle-ci dans la communion de toutes les créatures en Christ, le « divin Rassembleur » [2], car en Lui sont réunies toutes choses, celles du ciel et celles de la terre (Ép 1,10 et Col 1,20).
Voilà la bonne nouvelle que les Églises sont appelées à annoncer ensemble. « Allez dans le monde entier, proclamez l’Évangile à toute la création » (Mc 16,15) ; sans être à la remorque des discours scientifiques, et sans se fondre dans des déclarations « interconvictionnelles » aux rapprochements de circonstance hasardeux [3]. Dans les changements climatiques actuels, les « gémissements de la création » qui se font entendre (Rm 8,22) ne relèvent pas que de problèmes techniques ou politiques, et la théologie chrétienne doit contribuer à la réflexion générale avec ses ressources spécifiques [4].
On ne peut donc que se réjouir de la saine émulation entre chrétiens de différentes confessions pour lutter contre le réchauffement climatique, et des étonnantes consonances qu’on peut entendre, y compris pour des questions comme le jeûne à propos desquelles, dans le passé, les Églises ont pu se diviser, ou du moins se démarquer. Ici ou là on peut bien sûr discerner quelques insistances plus confessionnellement typées, ou des préférences de vocabulaire. Il n’empêche : sur cette question du réchauffement de notre planète, un climat de confiance marque les relations entre Églises, favorisant une mobilisation conjointe.
***
Ce climat de confiance, il a prévalu au fil des dernières années dans le comité de rédaction de la revue Unité des Chrétiens, et j’en remercie vivement les membres. Au terme de mon mandat de directeur du Service national pour l’unité des chrétiens à la Conférence épiscopale, et par conséquent de ma responsabilité éditoriale pour cette revue, je passe le relais à Emmanuel Gougaud en toute confiance.

fr. Franck LEMAÎTRE

Notes
[1] On lira p. 8 quelques extraits du message final de ce Rassemblement œcuménique européen.
[2] Cf. « Un aspect cosmique de la prière », in Maurice VILLAIN (éd), Œcuménisme spirituel. Les écrits de l’abbé Paul Couturier, Tournai, Casterman, 1963, p. 164-173.
[3] Sur ce point, on lira avec intérêt le document de la Fédération protestante de France, Les changements climatiques (2014), qui développe les spécificités d’une approche chrétienne, et protestante : « La société laïque – tout comme les grandes religions – oscille entre la peur devant la fragilité du vivant, qui tourne à la résignation apocalyptique ou au cynisme, et une confiance absolue dans les ressources du vivant, qui tourne au panthéisme d’une Vie sacralisée (Gaïa) ne connaissant ni début, ni fin, et encore moins de résurrection » (cf. l’extrait de ce document en p. 12 de ce numéro).
[4] Dans un précédent numéro d’Unité des Chrétiens, le métropolite Jean de Pergame dénonçait l’autodivinisation de l’homme, en rappelant que « la crise écologique n’est pas seulement, ni même d’abord un problème moral. Ce n’est pas seulement la conséquence de la prospérité, de l’individualisme, du consumérisme, etc. mais c’est d’abord la conséquence d’une distorsion de l’identité de l’homme qui a oublié ce qu’il est » (n° 157, juillet 2007 : Les Églises et le défi écologique).