Les Innocentes

Comment conserver la foi quand on est une religieuse, enceinte après avoir été violée, et accueillir cette vie innocente ? De cette "tragédie", la réalisatrice Anne Fontaine a tiré "Les Innocentes", un film émouvant en salles mercredi.


Coproduction franco-polonaise, le film, tiré de faits réels, traite d’un sujet tabou, le viol des religieuses en temps de guerre.
Un thème "malheureusement toujours d’actualité et une préoccupation réelle de l’Église", selon le père Jean-Pierre Longeat, président de la Conférence des religieux et religieuses de France (Corref) et consultant pendant le tournage.
Selon lui, il est abordé "avec pudeur et audace" par la cinéaste de "Nettoyage à sec" et "Coco avant Chanel", qui se dit croyante mais non pratiquante. Elle explique avoir voulu faire un film sur "la douleur, la fraternité, la solidarité entre femmes, mais sans pathos, surtout pas".

Pologne, décembre 1945. Dans un couvent de bénédictines, le cri d’une jeune novice trouble les chants religieux.
Appelée à l’aide, une jeune femme médecin de la Croix-Rouge française, cantonnée dans le village d’à côté, découvre une communauté murée dans un terrible secret : après avoir été violées par des soldats de l’armée soviétique, la plupart des sœurs sont enceintes.
"Est-ce qu’on peut mettre Dieu entre parenthèses le temps d’une auscultation ?", demande Mathilde Beaulieu —interprétée par Lou de Laâge ("Jappeloup", "Respire")— à soeur Maria (Agata Busek), un peu énervée devant le manque de coopération de ses patientes.
"On ne peut pas mettre Dieu entre parenthèses", lui répond la maîtresse des novices, en charge de ces jeunes femmes enceintes malgré elles, la foi fragilisée par une grossesse à laquelle leur vocation, et encore moins leur vœu de chasteté, ne les a pas préparées.

- Film ’thérapeutique’ pour l’Église -
"De victimes, je voulais raconter comment certaines allaient se découvrir mères, c’est l’idée d’aller vers la naissance qui m’a touchée, car la vie est la plus forte après tout", souligne Anne Fontaine, désireuse de porter "un film d’espérance".
"Le renoncement à la maternité est la chose la plus difficile pour les sœurs que j’ai rencontrées, beaucoup plus violent que celui à la sexualité", explique la réalisatrice, confiant que lors d’une projection en avant-première au Vatican, on l’avait félicitée d’avoir fait un "film thérapeutique pour l’Eglise".
Tirée du journal intime d’une des rares femmes médecins de l’époque, Madeleine Pauliac, l’histoire réussit à imbriquer le bien et le mal, le dilemme entre la règle de vie au couvent et la dure réalité, personnifié par la mère supérieure (Agata Kulesza), qui ira jusqu’à "se damner pour sauver" ses protégées selon elle.
Grâce à la musique, à la photographie, sublimée par la chef opératrice Caroline Champetier ("Des hommes et des Dieux"), et au jeu très juste des actrices polonaises, le spectateur est happé par le sujet, pourtant peu "vendeur" au premier abord.
"Nous avons travaillé ensemble sur des références picturales, comme Georges de la Tour, différentes +Vierge à l’enfant+ pour filmer le visage des sœurs", explique Anne Fontaine.
A l’image de l’amitié qui se crée petit à petit entre la jeune médecin, fille d’ouvriers communistes, et sœur Maria, pour qui "la foi, c’est 24 heures de doutes et une minute d’espérance", le film réussit à passer de l’obscurité à la lumière, aidé notamment par l’humour et l’humanité dégagés par un médecin juif, collègue de Mathilde et qu’interprète un étonnant Vincent Macaigne.
Déjà vendu dans une vingtaine de pays (sous le titre "Agnus Dei"), le film a été applaudi au festival américain de Sundance.

Source : AFP