Les Sœurs du Christ : “Témoigner de l’Amour du Christ”

Six religieuses de la congrégation des Sœurs du Christ sont présentes dans notre diocèse. Elles vivent leur mission à Thiviers et à Périgueux dans le quartier du Gour de l’Arche où la congrégation est implantée depuis les années 60. C’est là, dans une maison de ville comme il y en a tant d’autres dans le quartier, que nous les avons rencontrées. Avec gentillesse et humour, elles ont accepté de répondre à nos questions.


Elles s’appellent Monique, Marie-Claire, Marie-Élise, Ghislaine, Marie-Claude et Christiane, venues d’horizons différents (Dordogne, Tarn, Haute-Loire, Belgique,…), ce sont des religieuses de la Congrégation des Sœurs du Christ. La plupart d’entre elles sont arrivées récemment dans le diocèse où elles résident à deux endroits : à Thiviers et dans le quartier populaire du Gour de l’Arche, à Périgueux, « Mais il s’agit bien de la même communauté, avec deux implantations », insiste Sœur Ghislaine la responsable.

Interrogées sur leur vocation, on constate à travers les réponses des sœurs qu’il n’y a pas deux parcours identiques : pour une, c’est à l’occasion d’une retraite personnelle, pour faire le point, que l’appel a été ressenti, pour une autre c’est la fréquentation d’une ou de plusieurs communautés qui a été déterminante, ou bien encore l’ordination d’un membre de la famille… Quoi qu’il en soit, il ne s’agit jamais d’une voie évidente, toute tracée, mais bien d’un chemin de vie, comme si la vocation se frayait un chemin et que l’appel émergeait là où on ne l’attendait pas, parfois même au détour d’une demande en mariage…
La lettre de mission communautaire que les sœurs ont reçue et signée en octobre dernier éclaire sur la nature de leur vie religieuse. Envoyées pour « rendre témoignage par [leur] vie de l’amour de Dieu et de Jésus-Christ », il leur est demandé avant tout de « construire la communion entre elles, comme un témoignage d’évangélisation » et d’« accepter humblement des concessions pour faire route ensemble ». À travers le partage, « le soutien mutuel sera votre force et donnera du dynamisme à votre communauté. »
La communauté, à la base de la vie de ces religieuses « au cœur du monde », révèle ici toute sa force et ses difficultés, qui ne sont pas édulcorées. C’est bien elle dans son ensemble qui porte témoignage de l’amour du Christ.

Témoigner, un mot fondateur de la vie religieuse.
Il est aussi demandé aux Sœurs du Christ « d’accueillir et de ne pas avoir peur d’ouvrir leur porte et leur table à tous ceux qui attendent un accueil fraternel de la part de la communauté » mais aussi de s’insérer dans la vie locale, paroissiale ou civile.
Si aujourd’hui les Sœurs du Christ présentes dans notre diocèse sont retraitées, il n’en a pas toujours été ainsi et elles ont aussi connu des carrières professionnelles diverses : certaines ont enseigné dans des établissements catholiques, d’autres ont été aides-soignantes, d’autres encore ont travaillé en usine, elles ont vécu en France ou à l’étranger (la Congrégation est présente à l’international), selon la mission qui leur était assignée.
Religieuses elles sont avant tout des femmes de caractère, aimant être dans l’action ; de leur propre aveu, elles n’auraient pas pu vivre un engagement contemplatif…
La retraite n’entraîne pas obligatoirement l’inaction, cela est vrai pour tout un chacun et le reste pour des religieuses : impliquées dans la vie du quartier, les Sœurs du Christ vivant au Gour de l’Arche sont des éléments moteurs du centre socioculturel, enchaînant les activités : piscine, marche, participation aux Restos du Cœurs, conscientes de marcher sur les traces de leurs aînées : « on suit le chemin des sœurs qui nous ont précédées ».
Selon les possibilités et les goûts de chacune, elles s’orientent vers telle ou telle action ; Sœur Marie-Claire, par exemple, participe à des activités créatives à la maison de quartier, visite les résidents de la maison de retraite locale et représente la Congrégation à la FEDEAR…
Bien évidemment la mission n’est pas vécue de la même manière pour celles qui vivent au Gour de l’Arche, un quartier urbain, et pour celles résidant à Thiviers, dans un environnement plus rural.

La prière et la vie communautaire comme ressourcement.
Chacune des sœurs rencontrées souligne l’importance de la prière dans sa vie religieuse. La prière en communauté, bien sûr, qui est un temps de partage nécessaire, mais aussi la prière personnelle qui, pour certaines, « aide à vivre cette mission ».
Avec la prière, la vie communautaire est essentielle dans l’engagement des Sœurs du Christ : « nous avons la chance de ne pas vivre seules, de ne pas vieillir seules, de pouvoir compter sur l’appui de nos sœurs dans les moments de peine, comme dans les grands moments de joie que nous traversons ensemble. » « Vivre ensemble ce n’est pas toujours simple, car je suis assez entière, mais j’ai eu le bonheur de pouvoir exercer des activités qui m’ont plu, au service des jeunes, puis des personnes âgées au sein de communautés ouvertes sur l’extérieur. »
Quand on demande à ces religieuses ce que leur a apporté leur engagement, les réponses sont aussi diverses que leurs parcours. Sœur Monique dans un sourire nous confie sa joie de pouvoir « connaître une forme de maternité en apportant la vie », c’est-à-dire en aidant ceux qui sont au plus mal à se relever et à regarder l’avenir avec confiance et non plus désespoir. Sœur Marie-Claire, elle, mesure la portée de son engagement, en parlant de « rupture avec une vie que je qualifierais d’ordinaire : où on gère un foyer, une famille, des biens. Pour moi la vie religieuse c’est réussir à intérioriser nos vœux de pauvreté, chasteté et d’obéissance ». Pour Sœur Ghislaine, la vie religieuse l’a aidé, entre autres, à se situer en tant que croyante, dans sa foi, car elle avait l’impression d’être « un zombie tombé du ciel dans un environnement qui était peu religieux ».
Pour toutes, « ce serait à refaire, nous ferions la même chose, sans hésiter ».
Un regret, cependant, celui de ne pas voir la vie apostolique qu’elles mènent reconnue à sa juste valeur : « cela n’est pas forcément compris par les laïcs qui nous disent « vous n’êtes pas comme les autres », comme si la vie religieuse apostolique était moins importante que la vie contemplative ». C’est assez difficile à entendre pour nous. En cette année de la vie consacrée, on nous montre des affiches et des témoignages où les sœurs sont en costume ou en monastère. » Et Sœur Marie-Claire d’ajouter : « notre vie apostolique est discrète : aider, poser un regard de foi sur toute chose, accueillir, etc. C’est notre présence qui témoigne de l’amour du Christ. Nous ne sommes plus dans de grandes missions de profession, dans des œuvres où nous étions certainement plus visibles… »

L’Union, un événement fondateur
En 1976, sept congrégations se sont unies en une seule, celle des Sœurs du Christ.Cet événement, que les religieuses nomment l’Union, a été déstabilisant pour celles qui l’on connu. « Cela a été le fruit de nombreuses années de rapprochement, il y a eu un long travail qui a abouti à une fédération dans un premier temps puis à une union en 1976. Le jour où on nous a demandé de donner notre accord personnel écrit à cette Union, nous avons vécu cela comme un nouvel engagement, certaines sœurs ont d’ailleurs quitté la congrégation, certaines revenant même à l’état laïc… »
Si cet événement, de leur propre aveu, a marqué les sœurs qui l’ont connu, Sœur Ghislaine, qui a rejoint la congrégation dans les années 80, reconnaît qu’elle aurait eu bien du mal » à déterminer que mes sœurs pouvaient être issues de congrégations différentes. »

Et demain ?
À la question de l’avenir, cette dernière rappelle qu’il y a des sœurs qui rejoignent la congrégation à Madagascar, ou au Cameroun et que, si la communauté s’éteint en Europe, d’autres Sœurs du Christ prendront le relais, ailleurs. « De toute façon nous n’allons pas nous renfermer sous prétexte que notre moyenne d’âge est élevée. Nous continuerons de vivre notre engagement, le reste, cela appartient au Seigneur… ».

Christian Foucher,
article paru dans le bulletin diocésain Eglise en Périgord, N°7, 2015