Les petites soeurs de l’Agneau, des lumières de l’Evangile dans la nuit du monde


Témoignage de Soeur Marie

ROME, 18 février 2015 (Zenit.org) - Depuis près de quarante ans, les petites sœurs de l’Agneau se consacrent à l’évangélisation. Officiellement érigée en France en 1983 par l’évêque de Perpignan, Mgr Jean Chabbert, cette communauté dominicaine de l’Ordre des Prêcheurs compte aujourd’hui plus de cent-cinquante religieuses, une trentaine de religieux et non moins d’une vingtaine de fondations réparties en Europe, en Amérique Latine, ainsi qu’aux États-Unis. Zenit a rencontré la co-fondatrice, Sœur Marie.

Zenit - Pouvez-vous nous parler de votre communauté, les Petites sœurs de l’Agneau, quel est son charisme, sa mission dans le monde ?

Sœur Marie - Je vais prendre une image pour vous répondre. Les Petites sœurs de l’agneau se situent dans le monde d’aujourd’hui, dans la nuit que l’humanité traverse. L’épaisseur des ténèbres nous frappe tous. Une petite sœur de l’agneau est une sœur qui traverse cette nuit en tenant une lampe allumée, et cette lampe, c’est la lumière de l’Évangile, c’est Jésus lui-même et c’est l’agneau dont l’Apocalypse nous dit qu’il est la lumière de la nouvelle Jérusalem, de cette humanité renouvelée par le Seigneur Jésus. Je résumerais la lumière qui habite notre communauté par ce qui est devenu sa devise : « Blessée, je ne cesserai jamais d’aimer ». Qui de nous n’a jamais été blessé, par un mot, une parole, pouvant même venir d’un ami très cher ? Quand nous sommes blessés, au lieu d’avoir un visage de victime, qui fait que l’autre devient un bourreau, nous accueillons cette blessure et nous continuons à aimer celui qui nous a blessé.

Nous vivons dans le quotidien cette lumière de l’agneau blessé qui dit « je ne cesserai jamais d’aimer » et nous croyons de toutes nos forces et par expérience maintenant que c’est vraiment la lumière qui transforme le monde, la lumière de l’agneau.

Il s’agit avant tout d’une vie contemplative, d’amour fraternel, mais d’un amour plus fort que la mort, plus fort que toute haine. C’est une urgence dans le monde d’aujourd’hui. Quelques années après la fondation des petites sœurs, l’Église a accueilli et reconnu « les petits frères de l’Agneau » qui vivent le même propos de vie.

Où et comment tout a commencé ?

L’histoire a débuté à l’université, à Paris, alors que déjà religieuse, je suis allée pour la première fois avec de jeunes étudiants rencontrer des pauvres, des gens dans les quartiers perdus de la capitale. Nous étions dans les années suivant la révolution culturelle et ce fut pour moi le choc de la rencontre avec ceux qui sont dans les ténèbres. Nous cheminions alors avec quelques frères dominicains. Parmi eux, le frère Christoph Schönborn qui est aujourd’hui cardinal archevêque de Vienne et protecteur de la communauté.

Puis nous avons commencé cette vie de fraternité à l’ombre de la basilique de Vézelay qui durera neuf très belles années, dans la prière et l’accueil des pauvres. Le soir de la fête de la Croix glorieuse, alors que nous étions en prière dans l’adoration, je lançai vers Dieu le cri qui habitait mon cœur lui demandant : « Pourquoi le mal semble-t-il si triomphant ? » À ce grand cri, le Seigneur a répondu en faisant monter dans mon cœur cette phrase de saint Paul aux Éphésiens : « En sa chair, Jésus a tué la haine… en sa personne, Jésus a tué la haine ». C’était l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde, tout le mal du monde. C’est le moment aussi où le Seigneur a mis sur notre route un frère franciscain, frère Jean-Claude, père spirituel et cofondateur de la communauté. D’autres petites sœurs nous ont alors rejoints, c’était l’heure des premières fondations. Celle de Buenos Aires, il y a déjà 23 ans mérite d’être particulièrement mentionnée puisque c’est celui qui est maintenant le pape François qui nous a accueillies. Quelle grâce !

Avez-vous œuvré avec lui personnellement ?

Disons que c’est lui qui a été un père pour cette petite fraternité, qui a commencé sans expérience à Buenos Aires, il rencontrait les petits frères et sœurs et venait aussi à la fraternité une ou deux fois par an. Il nous a fait confiance et nous avons pu nous développer doucement grâce à son appui.

En quoi consiste votre soutien aux pauvres dans les pays où se trouve votre communauté ?

Nous n’œuvrons pas. Nous allons à leur rencontre, dans l’amitié, et la mission est marquée par le fait que nous partons très souvent mendier notre pain du jour, nous ne demandons pas d’argent, seulement du pain. Comme le Seigneur qui mendie notre amour, on est appelées à prendre ce chemin de l’Évangile, à aller à la rencontre des pauvres et de mendier parmi eux aussi. Nous sommes toujours émerveillées de voir comme les pauvres sont heureux qu’on leur demande quelque chose. Ils retrouvent leur dignité à travers le simple fait qu’on les sollicite. Nous leur demandons du pain, nous partons sans rien et mendions notre repas.

Comment financez-vous votre activité missionnaire ?

Nous sommes complètement abandonnées à la Providence. À Rome par exemple, le Vatican a mis à notre disposition la maison qui nous abrite depuis 20 ans, et cela a été extraordinaire pour le développement des petits frères et sœurs au cœur de l’Église. Mais l’heure est venue de quitter cette maison qui ne nous permet pas de vivre pleinement le charisme pour construire ici à Rome, un petit monastère qui aura une chapelle ouverte sur la rue permettant d’offrir à tous la lumière de la liturgie dont le monde a tant besoin. Par ailleurs, dans presque toutes nos fraternités, nous avons une table ouverte aux pauvres. Nous avons pour l’instant construit neuf monastères dans le monde, et pour cela il nous faut bien sûr des dons. Lorsque nous commençons nous n’avons rien, puis au bout de deux ou trois ans, la construction s’achève, rendant possible l’accueil.

Qui sont vos principaux donateurs ?

Les chrétiens, énormément de chrétiens. Pour notre monastère à Kansas City par exemple, il y a eu 6200 donateurs, il y a donc surtout beaucoup de petits dons, avec, fort heureusement certains dons plus importants. Mais il existe aussi le système de fondation aux États-Unis. Les familles aident beaucoup également.

2015 marque l’année de la vie consacrée. Avez-vous pensé à des initiatives pour cette occasion ?

Nous aimerions beaucoup qu’en cette année de la vie consacrée, l’Église nous donne un terrain au cœur de Rome et que l’on puisse y construire notre petit monastère. Comme incarnation de la vie consacrée, ce serait notre petite contribution. Et puis nous voulons répondre à l’appel du Saint-Père, en nous laissant renouveler dans une pratique fervente de l’Évangile, dans l’amour de Dieu et encore et toujours, dans l’Annonce joyeuse de l’Évangile.

Dans cette logique d’expansion dans le monde, que pouvez-vous demander aux fidèles et notamment aux lecteurs de Zenit ?

Nous ferons comme le Pape et nous leur demandons de prier pour nous ! Priez pour nous, aidez-nous, pour que ces petits monastères, qui sont de petites lumières, des étoiles dans la nuit de ce monde, voient le jour afin que les gens puissent venir boire à la source, ils en ont besoin.

Propos recueillis par S.T.
 
Source : ZENIT