Lomme. Fraternité œcuménique : fin de l’expérience unique en France

Issues de 4 congrégations, catholiques et protestantes, des sœurs vivaient ensemble depuis 6 ans. Jeudi 6 juillet sonne l’heure du départ. Que deviendra leur lieu de vie ?


Elles sont émues. Elles ont vécu une expérience unique en France, elles qui avaient déjà pourtant vécu une vie bien remplie, auprès des malades du cancer, des sidéens, ou en Afrique.
« Il a fallu un certain abandon pour vivre ensemble, pour respecter les différences. Comment aimer l’autre ? C’est ce qui nous a guidées… », témoignent-elles.
Malheureusement, cette vie fraternelle sans équivalent (à part Taizé en Bourgogne pour les hommes) n’aura duré que 6 ans. Elle s’arrête cet été, faute de renouvellement des congrégations.

Depuis 2010
Tout a commencé en 2010, lorsque les premiers bâtiments du quartier Humanicité à Lomme-Capinghem ont émergé. Quatre congrégations, deux catholiques (oblates de l’eucharistie et carmel Saint-Joseph) et deux protestantes (Grandchamp et diaconesses de Reuilly) décident de s’associer dans un projet de vie fraternelle. Sept religieuses au départ s’y investissent.

À l’heure du départ, elles sont 5 : trois sont présentes depuis le début, Agnès-Marie et Léona (carmélites) ainsi que Marie-Geneviève (oblate).

Sœur Bénédicte, diaconesse, est arrivée en 2013. Sœur Lucie-Martine, de Grandchamp, est la plus récente dans le projet, arrivée en septembre 2016.
Et l’eucharistie ?
Pour vivre ensemble, il a fallu s’adapter, car les différences liturgiques entre catholiques et protestants sont grandes. Le point le plus épineux entre les deux confessions chrétiennes est bien sûr l’eucharistie. Comment dépasser cette douloureuse question ? Car la vie fraternelle n’a pas gommé toutes les différences. « Nous avions l’eucharistie 4 fois par semaine », précise sœur Marie-Geneviève, elle dont la congrégation s’appelle « oblates de l’eucharistie » !

Respect des différences
Sans obligation, les protestantes pouvaient y assister, mais sans communier, car c’est interdit par l’Église catholique. La Sainte Cène (version protestante) était vécue une fois par semaine, les sœurs catholiques se refusant de communier (alors que c’est autorisé par les protestants). « C’est difficile, mais c’est touchant d’être ensemble à ces moments-là », précisent les religieuses.

« Je ne pensais pas qu’on pouvait autant recevoir de l’autre confession », s’émerveille sœur Agnès-Marie.
Elles partent, mais elles ont ouvert une voie, qui ne peut que porter du fruit. Elles ont prouvé que c’était possible. Les sœurs aînées ont de l’audace !

Une nouvelle expérience œcuménique verra-t-elle le jour dans leur logement à Lomme ? C’est en tout cas leur espoir. « Un foyer de jeunes peut-être… », espèrent-elles.
Elles repartiront enrichies de l’expérience, comme l’exprime sœur Léona : « Là où je vais, je chercherai à côtoyer des protestants, je témoignerai de ce que j’ai vécu, mon œcuménisme ne s’arrête pas ! »

Source : Lille Actu
Photo : Sœur Marie-Geneviève, Agnès-Marie, Lucie-Martine, Léona et Bénédicte se quittent à regret. (©AS. HOURDEAUX/CROIX DU NORD)