Témoignage de coopérants : « Le Togo m’a ouvert à ma vocation religieuse » (La Croix)

Pour les 50 ans de l’encyclique « Populorum progressio », « La Croix » donne la parole à des catholiques marqués par leur expérience de coopérants. Parti en 2012-2014 au Togo avec la Délégation catholique pour la coopération (DCC) et l’Assomption, Jérémie Six a prononcé ses premiers vœux de religieux assomptionniste en septembre 2016.


Jérémie Six : « Je me suis longtemps cherché, me posant des questions sur le sens de ma vie, et mes deux années de coopération en Afrique m’ont indéniablement aidé à me trouver. Au Togo, plongé dans une autre réalité que celle du contexte français, j’ai appris à mieux me connaître. Avec le recul, je pense que le Seigneur voulait frapper à ma porte mais j’avais peur de lui ouvrir. Je me sens une certaine connivence avec l’apôtre Pierre, avec son côté mal dégrossi, un peu balourd, mais aussi très droit et pur.
J’ai été un enfant turbulent : à 5 ans, je montais sur le toit de la maison… À l’adolescence, j’étais encore un peu rebelle. Pendant mes années d’étude, j’ai eu successivement trois relations amoureuses : avec ma seconde copine, je me suis même fiancé ; avec la troisième, ce fut douloureux. Pendant ma première année d’enseignement de mathématiques, alors que j’avais délaissé la pratique dominicale, j’ai recommencé à aller à la messe des jeunes les samedis soir à Saint-Maurice, dans le centre de Lille : j’en avais besoin pour ne pas sombrer, tellement les élèves, internes et en échec scolaire, étaient odieux. Paradoxalement, l’année suivante, c’est avec la classe réputée la plus difficile que j’ai eu les meilleurs contacts.

« J’avais besoin de partir loin, de me perdre pour me retrouver »
Mais je ne me voyais pas faire toute ma carrière dans le même collège. Plusieurs amis, qui étaient partis en coopération ou en année de césure à l’étranger, me donnaient envie de partir. J’avais besoin de partir loin, de me perdre pour me retrouver. J’ai donc rempli un dossier pour la Délégation catholique pour la coopération (DCC) fin 2011, puis participé aux trois stages préparatoires.

Sur la grille des souhaits, j’ai donné mon accord pour être éventuellement logé en communauté religieuse. C’est ainsi que je suis parti, pour une année renouvelable à Sokodé (Togo), en lien avec « Volontariat Assomption », avec pour mission d’animer le centre culturel Saint-Augustin – notamment pour le cybercafé et la bibliothèque – et de donner des cours de maths dans le lycée technico-commercial des religieuses de l’Assomption.
À l’époque, je ne connaissais pratiquement pas l’Assomption. À Sokodé, je dépendais du maître des novices et logeais au postulat, avec deux Congolais, un Malgache et un Camerounais.
Je participais à leurs prières midi et soir. Au-delà de nos différences culturelles, je sentais une vraie fraternité entre nous cinq. Outre quelques animations au centre culturel et mes cours de maths, j’assurais beaucoup de soutien scolaire dans cette matière pour des élèves de première et terminale. Comme j’assurais ce soutien gratuitement, j’étais très sollicité.

« On n’est pas dans des critères d’efficacité »
En revanche, lorsque les postulants me demandaient de les aider dans la rédaction de leurs travaux en français, je ne me sentais pas suffisamment compétent.
Dans la région de Sokodé où vit l’ethnie des Kotokoli, majoritairement musulmane, la dimension religieuse est omniprésente, avec une mosquée tous les 200 mètres. Cette ambiance, ainsi que la vie communautaire, m’ont porté sur le plan spirituel.
D’autant que, pendant ces deux années togolaises, j’ai animé, avec un assomptionniste congolais, des émissions de radio quotidiennes au cours desquelles nous commentions « La parole du jour ». Moi qui, depuis tout petit, étais passionné par les homélies dominicales, je pouvais en écouter une tous les jours et parfois même, en prononcer !

En juin 2013, je décidais de prolonger d’un an ma mission au Togo, en étant accompagné spirituellement par le maître des novices. À aucun moment, je n’ai senti qu’il posait le grappin sur moi ; d’ailleurs, cela m’aurait fait fuir. Cet été-là, de retour à Lille quelques semaines, je confiais à Mgr Laurent Ulrich que j’étais entré en discernement de vocation. Lorsque j’ai demandé, en février 2014, à entrer au postulat, les assomptionnistes de Sokodé étaient heureux : ils m’ont fait une petite fête !
En coopération, on n’est pas dans des critères d’efficacité, de rendement. J’ai saisi cette chance – car c’est vraiment une chance d’être coopérant en Afrique – pour redécouvrir la gratuité des relations humaines. Par leur entraide mutuelle, leur foi naturelle, leur accueil de l’étranger, les Togolais m’ont rééduqué à des relations sincères et désintéressées. J’ai découvert plus tard que « le désintéressement, la franchise et l’ouverture de cœur » sont les caractères que notre fondateur, le Père Emmanuel d’Alzon, voulait donner à sa famille spirituelle.

Jérémie Six, un souci d’authenticité
Né à Lille en 1986, Jérémie Six a grandi à Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées). Catéchisé dès son jeune âge et engagé au Mouvement eucharistique des jeunes (MEJ), il a bénéficié d’un environnement spirituel porteur (retraites, pèlerinages pour jeunes notamment à Rome et en Terre sainte).
Il obtient le Cafep (équivalent du Capes pour l’enseignement privé) en 2010 et enseigne
les mathématiques dans des collèges pendant deux ans.
En février 2014, alors qu’il est coopérant à Sokodé (Togo) pour la DCC et l’Assomption, il entre au postulat assomptionniste, tout en suivant des cours de théologie au Centre Sèvres. Après son année de noviciat à Juvisy-sur-Orge (Essonne) puis à Paris, il prononce ses premiers vœux religieux en septembre 2016.
Il vit en communauté à Cachan (Val-de-Marne), tout en poursuivant sa formation théologique et en assurant l’alphabétisation de migrants à Saint-Denis.

Recueilli par Claire Lesegretain
Source : www.la-croix.com