« Me voici Seigneur, je viens faire ta volonté » (La Croix, sept. 2014)


Sœur Élie raconte comment elle a découvert la vie bénédictine à 15 ans.

Sous un soleil estival, sœur Élie foule d’un pas décidé les graviers de la cour. Sac au dos contenant son ordinateur et sa bouteille d’eau minérale, elle rentre de Paris où elle a participé à une réunion de la Conférence des religieux et religieuses de France (Corref). Arrivée à Jouarre il y a une trentaine d’années, Sœur Élie a découvert la vie bénédictine à l’âge de 15 ans, à Saint-Benoît-sur-Loire. « C’était au cours d’un voyage scolaire, raconte-t-elle. Je suis entrée dans la basilique pour l’office de sexte. Au début, j’ai eu un réflexe de recul, c’était tellement différent de ce que je connaissais. Et puis à la sortie, je suis allée voir un moine. On a parlé une demi-heure pendant que les autres attendaient dans le car. »

C’est le premier jalon sur le chemin qui mènera Florence jusqu’à Jouarre, où elle prendra le nom de Sœur Élie  : « C’est ma passion pour la Bible qui m’a fait choisir ce nom. » Mais revenons un peu en arrière. Après le voyage à Saint-Benoît, la jeune fille part chaque année, en septembre, une semaine en retraite dans un monastère bénédictin. Elle va à Saint-Benoît, au Bec-Hellouin, en train et à vélo, avec des amis filles et garçons. Tout en assistant aux offices, cette petite dernière d’une famille catholique ne pense pas encore à la vie monastique. Étudiante en prépa au lycée Fénelon à Paris, puis normalienne, elle travaille sur la bible grecque à la Sorbonne et se voit plutôt mariée et mère de famille. Ses parents et ses trois frères pensent de même.

« Dire oui pleinement »

Et puis, en octobre 1980, lors d’un passage à Landévennec, elle participe à un temps de prière silencieuse. « Je n’avais jamais prié ainsi. Je me suis demandé comment faire. À côté de moi, il y avait un garçon qui était amoureux de moi, il a pris son psautier. Pour me démarquer, moi je n’en ai pas pris. J’ai fait un cheminement de prière avec “Me voici, Seigneur, je viens faire ta volonté.” (1) et “Parle, Seigneur, ton serviteur écoute” (2). Je me suis centrée sur ces deux phrases et mise dans une attitude d’écoute. Mais comment savoir que Dieu répond  ? La seule solution est de dire oui pleinement. » En sortant de l’église, Sœur Élie annonce comme une évidence à sa meilleure amie  : « Je vais rentrer dans la vie monastique. » « On dirait que tu es amoureuse », lui répond son amie.

Un an plus tard, Sœur Élie se retrouve à Jouarre pour préparer l’agrégation, sans arrière-pensée car elle avoue  : « Je ne me voyais pas ici, c’était trop classique, et puis quelque chose s’est passé. J’ai senti la communauté. » La décision est prise, Sœur Élie entrera à Jouarre cinq jours après avoir soutenu sa thèse.

Des réactions divisées face à son engagement

Dans son entourage, les réactions sont diverses. Pour l’un de ses frères, « c’est une grâce pour toute la famille », les autres acceptent plus difficilement. Ses parents sont surpris mais ils lui ont toujours fait confiance et respectent son choix. Ils l’accompagnent le premier jour  : « Je n’avais pas imaginé arriver à Jouarre avec mes parents, je me voyais plutôt monter seule la côte de Jouarre une dernière fois, se souvient Sœur Élie, mais ils pensaient que je ne sortirais plus du monastère. » Il y a trente ans en effet, la clôture était plus stricte que maintenant. Et puis la première année s’écoule dans « l’émerveillement, dit-elle, j’aimais tout. Après on cherche sa place. Et on la trouve quand on arrête de la chercher. Le jour de mon arrivée, deux sœurs se disputaient, l’une accusant l’autre de “sonner les cloches toujours trop tôt”. Je me suis dit qu’il y avait ici une place pour moi, avec ma faiblesse. »

Aujourd’hui prieure de Jouarre, Sœur Élie anime des sessions sur les Pères du désert, mais elle façonne aussi des petits santons pour l’atelier. « Je ne pourrais pas vivre ailleurs qu’à Jouarre, dit-elle. Il règne, ici, une douce liberté qui imprègne chaque moment, qu’il soit vécu dans la solitude ou en communauté. »

(1) Psaume 39.
(2) Premier livre de Samuel.

Source  : Roberta Valerio/ pour la Croix

Le site de l’Abbaye Notre Dame de Jouarre : http://www.abbayejouarre.org/