Missionnaires parce que disciples

L’Observateur permanent du Saint-Siège à l’UNESCO, à Paris, Mgr Francesco Follo, offre ce commentaire théologique et spirituel des lectures de la messe de dimanche, 12 juillet 2015, notamment sur le thème de l’appel et de la vocation prophétique, et il propose une lecture patristique de Théophylacte (+ 1109) sur l’évangile de Marc.
Mgr Francesco Follo
Paris, 10 juillet 2015 (ZENIT.org)


Dimanche XV du Temps Ordinaire – Année B – 12 juillet 2015
Lectures (rite romain) : Am 7,12-15 ; Ps 84 ; Ep. 1,3-14 ; Mc 6,7-13

1) Les Disciples sont des appelés.
Au fur et à mesure qu’il nous présente la figure du Christ, vrai homme et vrai Dieu, l’évangéliste Marc nous montre des traits essentiels de la personnalité de ses disciples (ceux d’hier et ceux d’aujourd’hui) : 1. Tout abandonner pour le suivre, 2. La confidence amoureuse, 3. Etre des missionnaires de joie. En effet, dans le passage évangélique de ce dimanche, saint Marc parle de Jésus qui envoie ses disciples en mission, car le disciple est celui qui a tout quitté pour suivre le Christ et pour devenir son missionnaire, qui a une telle confiance en Lui qu’il n’a besoin que de très peu de choses avec lui : une paire de sandales, un vêtement et un bâton pour marcher.
Donc, le disciple est celui qui écoute, qui croit, qui se détache des êtres qui lui étaient chers pour se mettre à la suite du Christ, devenu ce qu’il a de plus cher : Jésus est la perle précieuse.
Le disciple reste avec le Christ, il fait sa vie et voyage avec Lui, qui l’envoie en mission. Mais il y a aussi un autre aspect : le disciple est envoyé en mission. En effet, saint Marc nous dit que Jésus a envoyé ses disciples en mission, pour qu’ils transmettent à tous les peuples la bonne nouvelle qu’ils seront bientôt sauvés mais qu’ils peuvent également rencontrer le Sauveur à travers ses disciples, dans leur nouvelle vie.
Et cela est vrai aussi de nos jours car le christianisme est un fait réel, actuel, qui se transmet comme une vraie rencontre.
Mais n’oublions pas que le disciple chrétien est avant tout un appelé de Dieu qui s’est fait rencontre. A proprement parler, on ne devient pas chrétien par choix ; on le devient parce qu’on a répondu à un appel. Notre réponse vient après un acte d’amour. C’est ce que nous enseigne le Christ quand il dit : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis » (Jn 15,16) et dans Saint Paul : « Il (le Père) nous a choisis, dans le Christ, avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints, immaculés devant lui, dans l’amour” (Eph. 1, 4). L’Ancien Testament déjà, à partir d’Abraham, place Dieu à l’origine de chaque appel ; l’initiative de commencer l’histoire du salut pour le peuple d’Israël revient entièrement au Seigneur. « Abraham obéit à l’appel de Dieu » (Hé. 11, 8).
Dans le récit aussi des vocations prophétiques on voit très clairement que c’est Dieu qui appelle en premier. L’histoire d’Amos que nous venons d’entendre dans la première lecture de la messe de ce dimanche, en est un bel exemple. Ce prophète est comme foudroyé par la vocation dans une dure opposition avec les injustices du pouvoir politique. On le voit aussi se heurter aux froides considérations de « l’aumônier de cour », le prêtre Amazias, qui l’exhorte à la prudence. Amos rétorque au prêtre qu’à la racine de ses paroles il n’y a pas de choix personnel lié à une vision personnelle. C’est Dieu qui l’a obligé en lui lançant un appel bien précis : « Je n’étais pas prophète, ni fils de prophète ; j’étais bouvier, et je soignais les sycomores ; Mais le Seigneur m’a saisi quand j’étais derrière le troupeau et c’est lui qui m’a dit : ‘Va, tu seras prophète pour mon peuple Israël. » (Am 7, 14 -15).

2) Disciples c’est-à-dire missionnaires.
Le prophète n’est pas le seul appelé à devenir missionnaire. Le disciple est lui aussi envoyé en mission, comme cela minous est dit dans le passage de l’Evangile d’aujourd’hui[1] (6,7-13). En effet, en précisant Jésus « les envoya » l’évangéliste Marc montre bien que ses disciples avaient au moins conscience que c’est Dieu qui les envoyait et qu’il ne s’agissait pas d’une décision personnelle, que les disciples sont envoyés pour un projet dans lequel ils sont impliqués, mais dont ils ne sont pas propriétaires.
Aujourd’hui comme hier, les chrétiens, parce qu’ils sont chrétiens, sont des disciples du Christ envoyés en missionnaires de la vérité miséricordieuse. Aujourd’hui comme hier les disciples invitent les personnes à se convertir et soulagent les peines.
Le message qu’ils annoncent au nom du Christ, est une invitation à la conversion : « Tournez-vous vers la lumière, car la lumière est déjà ici. Pures et saintes sont nos mains sur les malades avec lesquelles nous annonçons : Dieu est déjà là, il est près de toi avec amour et guérit la vie, tourne-toi vers lui ».
Il est important de comprendre l’insistance de Jésus à ce qu’ils partent dans des conditions de pauvreté, condition indispensable pour entreprendre leur mission : sans pain, ni sac, ni argent. Cette pauvreté est « foi », « liberté » et « légèreté ». Tout d’abord « liberté » et « légèreté » : un disciple alourdi par les bagages devient sédentaire, conservateur, incapable de saisir la nouveauté de Dieu et très habile à trouver mille raisons pour ne pas avoir à renoncer à sa maison, où il se sent si bien et ne voudrait plus s’en aller. Mais la pauvreté c’est également la « foi » : le signe de celui qui ne se fie pas de lui-même mais a confiance en Dieu.
Et puis il y a un autre aspect que l’on ne saurait oublier : l’atmosphère « dramatique » de la mission. Le refus est prévu (Mc 7, 11) : la parole de Dieu est efficace, mais à sa façon. Le disciple doit proclamer le message et se mettre totalement en jeu, mais il doit laisser à Dieu le résultat. Le disciple a reçu une mission, mais le succès n’est pas garanti.
Par ailleurs il est important de ne pas oublier que le disciple n’est pas seulement un maître, il est un témoin engagé - pour la vérité, la liberté et l’amour - dans la lutte contre le Mal.
Enfin, il ne faut pas oublier non plus qu’avant des missionnaires il nous faut être des disciples du Christ, toujours à l’écoute de ce qu’il nous demande et prêt à le suivre et l’imiter : « Devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur » (Mt 11,29). Le disciple est en effet une personne qui se met à l’écoute de la Parole de Jésus (cf. Lc 10,39), reconnu comme le maître qui nous a aimés jusqu’à donner sa propre vie. Il s’agit donc, pour chacun de nous, de se laisser façonner chaque jour par la Parole de Dieu qui fera de nous des amis du Seigneur Jésus et capables de faire entrer d’autres personnes dans ce cercle d’amitié. Cette amitié fraternelle avec le Christ, centre de notre vie, permet d’atteindre les périphéries humaines et d’apporter à tous la vérité du Christ, l’Amour qui s’est fait chair.
Les vierges consacrées ont une façon très particulière d’être à la fois disciples et missionnaires (Pape François). En vivant et travaillant dans le monde elles rencontrent les personnes qui vivent et travaillent aux périphéries de l’existence. Il existe une manière toute féminine de vivre la mission, une façon d’être disciple et missionnaire comme le fut la Vierge Marie, disciple et missionnaire par excellence. Plus qu’à Manason de Chypre qui reçut saint Paul lors de son voyage de Césarée à Jérusalem, c’est à la Vierge que revient le titre de « disciple des premiers jours » (Ac. 21, 16), car elle cru dans le Fils de Dieu le Très Haut au moment même où il devenait chair dans ses entrailles, sous l’action du Saint Esprit. Marie est la première missionnaire car elle fut la première à conduire le Christ sur les routes du monde en allant trouver sa cousine Elisabeth. Elle fut une missionnaire qui portait non pas un discours mais l’Evangile en chair et en os. Les Vierges consacrées imitent de façon spéciale la Vierge Marie en veillant et priant, c’est-à-dire en prenant soin du cœur qu’elles ont offert au Christ en faisant don de leur virginité, en étant dociles à l’Esprit Saint. En menant une vie réservée, même si dans le monde les vierges consacrées vivent un recueillement personnel, qui leur permet de se consacrer à l’écoute de la Parole de Dieu. Comme elles, puissent notre cœur et notre esprit entretenir la flamme de l’amour maternel dont sont animés tous ceux qui, associés à la mission apostolique de l’Église, coopèrent pour la régénération des hommes (Cf. Lumen Gentium, 65). Tout chrétien est appelé à faire sienne l’attitude de Marie pour animer maternellement l’annonce évangélique du Christ et pour exercer le « pouvoir » de servir le Seigneur dans les frères et sœurs en humanité, vivant da sa propre situation la fécondité virginale de l’Eglise, comme témoignent précisément les Vierges consacrées.

Lecture patristique
Théophylacte (+ 1109)
Commentaire sur l’évangile de Marc, PG 123, 548-549.

Consignes aux missionnaires
En plus de l’enseignement qu’il a donné lui-même, le Seigneur a envoyé les Douze deux par deux, pour que leur zèle en soit augmenté, car, envoyés seuls, ils auraient pu manquer d’ardeur. Si, d’autre part, il les avait envoyés à plus de deux, il n’aurait pas eu assez d’Apôtres pour parcourir les nombreux villages.
Il les envoie donc deux par deux : Deux hommes valent mieux qu’un seul (Qo 4,9), dit l’Ecclésiaste. Il leur prescrit aussi de ne rien emporter, ni sac, ni pièces de monnaie, ni pain, leur enseignant par ces paroles à mépriser les richesses. Ainsi mériteront-ils le respect de ceux qui les verront et, en ne possédant rien en propre, ils leur apprendront la pauvreté. Qui donc, à la vue d’un Apôtre sans besace ni pain - qui est la chose la plus nécessaire - ne se laisserait pas fléchir et ne se dépouillerait pas pour vivre dans la pauvreté ?
Il leur ordonne de rester dans une maison pour ne pas s’acquérir une réputation d’hommes inconstants que la gloutonnerie fait passer d’une famille à l’autre. Il leur dit par ailleurs de quitter ceux qui ne les reçoivent pas, en secouant la poussière de leurs pieds. Ils leur montreront ainsi qu’ils ont parcouru un long chemin pour eux sans aucune utilité, ou qu’ils ne gardent rien d’eux, pas même la poussière, qu’ils secouent au contraire en témoignage contre eux, c’est-à-dire en signe de désaveu.
"Amen, je vous le dis, au jour du jugement, Sodome et Gomorrhe seront traitées moins sévèrement (Mt 10,15) que ceux qui ne vous auront pas reçus." Car, pour avoir subi une punition en ce monde, les habitants de Sodome seront frappés d’une peine moins sévère dans l’autre. A quoi il faut encore ajouter que les Apôtres ne leur ont pas été envoyés. Or ceux qui n’auront pas reçu les Apôtres subiront des peines plus lourdes.

Source : www.zenit.org