Missions étrangères de Paris : Départs en mission

Le Père Julien Boury, du Groupe missionnaire de l’Inde, les Pères Michael Bosco Thanislaus Duraisamy, et François-Xavier Nguyen Duc Hoa, prêtres associés, ont été envoyés en mission par le Supérieur général le vendredi 26 juin.


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Messe d’envoi des pères Julien Boury, MEP, François-Xavier N Duc Hoa et Michel-Bosco Duraisamy, prêtres associés aux MEP
Genèse 17,1.9-10. 15-22 Psaume 127 Matthieu 8,1-4 vendredi 26 juin 2015

Chers Amis, chers confrères, les textes qui sont proposés à notre méditation aujourd’hui nous parlent de mission et de contemplation. Ils nous rappellent que le prêtre est la main tendue de Dieu vers l’humanité, que le missionnaire fait alliance avec un peuple car rien n’est impossible à Dieu.

1. Contemplation et mission
« Jésus descendit de la montagne ». Que faisait Jésus sur la montagne ? Combien de temps y restait-il ? Nous nous rendons compte, en effet, en lisant les évangiles, que Jésus aime à se « retrouver » seul dans la montagne. Il s’y rend avant de prendre de grandes décisions. Nous savons qu’il y allait pour prier. Bernanos a bien exprimé ce que le Seigneur nous a enseigné par sa vie : « Soudain, je ressentis le silence comme une présence. Au cœur de ce silence, Il était là, lui qui est silence, paix et sérénité ». Cette prière, qui permet à Jésus de retrouver son Père dans le silence de son cœur semble être essentielle à sa mission. C’est pourquoi l’Évangile nous annonce deux actions dans un même verset, comme si l’une dépendait essentiellement de l’autre : « Jésus descendit de la montagne » et « de grandes foules se mirent à le suivre ». N’est-ce pas par cet homme-Dieu que cette foule est attirée ? N’est-ce pas par le mystérieux reflet de la lumière du Père qui brille sur le visage du Fils unique que la foule est attirée ?
Ceci nous conduit immédiatement à cette question : dans ma vie, en tant que disciple du Christ, dans mon apostolat en tant que prêtre et missionnaire : est-ce le Dieu que je découvre dans la prière et que je veux faire connaître ou bien est-ce ma propre personne et mon petit ego ? « Prier » comme le disait un moine « c’est mendier l’amour et le rendre en retour à tous ceux que Dieu met sur ta route ». Contemplation et mission : chers Julien, François-Xavier et Michel Bosco, voici un beau programme pour votre route missionnaire ! Dans les trois pays que vous allez rejoindre, vous ne manquerez pas de hauteurs pour vous élever et rencontrer le Seigneur dans le silence et la beauté. Julien, tu seras à l’ombre des hauteurs himalayennes, de l’Everest ; François-Xavier à Taïwan, les sommets ne manquent pas au centre de cette île jadis appelée « Formosa », la belle ; Michel Bosco, à Maurice tu seras au pied du piton de la Petite Rivière noire qui surplombe l’île. Sur ces hauteurs, vous retrouverez des hommes de prière. En disant cela, je pense particulièrement à toi Julien, tu vivras dans ce monde indien qui attache une grande importance à la contemplation. Nous nous réjouissons beaucoup que, sur la proposition de tes confrères du groupe Mep de l’Inde, tu sois envoyé dans un premier temps à Kathmandou, au Népal, où tu annonceras l’évangile dans un monde pétri par le bouddhisme tibétain dont tu approfondiras ta connaissance. Comme le rappelle l’encyclique du Pape Jean-Paul II « Redemptoris Missio », vous serez des contemplatifs en action !

2. Contemplatifs en action vous êtes la main de Dieu tendue vers l’humanité
Jésus descend de la montagne et de grandes foules le suivent. Il va agir auprès du peuple auquel il apporte la grâce et la puissance bienfaitrices du Père. Il se présente comme l’Emmanuel – « Dieu avec nous » pour répondre aux appels des hommes. Tout à coup, surgit un lépreux qui lui dit humblement : « Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier ». « Si tu le veux », voyez comme ce lépreux laisse Dieu agir. Il n’exige pas de lui un miracle, il n’exige pas d’abord la santé du corps, il ne lui parle pas trop de sa maladie ou des problèmes de sa vie. Il se place humblement devant Dieu, lui fait sa demande et le laisse agir selon sa volonté, d’une manière désintéressée. Emu par l’humilité et la foi de cet homme, Jésus se laisse toucher intérieurement et extérieurement il va le toucher en étendant sa main sur lui.
Au début de son pontificat, le Pape émérite Benoît XVI disait du Christ qu’il « est la main tendue de Dieu à l’humanité, pour qu’elle puisse sortir des sables mouvants de la maladie et de la mort et se remettre debout, sur le roc solide de l’amour divin » (12 février 2006). Notons que ce lépreux que Jésus touche est par excellence l’intouchable, celui dont tout le monde se détourne par peur d’être contaminé. Jésus ne le guérit pas à distance, il prend le risque d’un toucher qui non seulement le guérit mais le rétablit dans sa dignité d’homme en lui rendant sa place dans la société. Pensons au baiser de François d’Assise au lépreux ! Méditons aussi ces paroles du Pape François : « Parfois, nous sommes tentés d’être des chrétiens qui se maintiennent à une prudente distance des plaies du Seigneur. Pourtant, Jésus veut que nous touchions la misère humaine, la chair souffrante des autres. Il attend que nous renoncions à chercher ces abris personnels ou communautaires qui nous permettent de nous garder distants du cœur des drames humains, afin d’accepter vraiment d’entrer en contact avec l’existence concrète des autres et de connaître la force de la tendresse » (270).
J’ai trouvé ces lignes dans Evangelii gaudium, exhortation dont le Saint Père dit qu’elle est comme la feuille de route de l’Eglise pour les années à venir. Elle est aussi votre feuille de route missionnaire chers Julien, François-Xavier et Michel Bosco. Vous aussi, vous partez pour être cette main tendue de Dieu vers l’humanité. Vous ne partez pas pour rencontrer les personnes à distance. Vous ne partez pas pour vous calfeutrer dans un bureau cossu ou dans une sacristie fermée aux pleurs et aux angoisses du monde. Vous partez comme des prêtres à la suite du Christ. Le prêtre, dont les mains consacrées par l’évêque le jour de son ordination bénissent et consolent, le prêtre est l’homme qui rencontre existentiellement, charnellement, l’humanité blessée, souffrante. Comment ne pas penser au Népal que tu vas rejoindre, cher Julien, à ce peuple meurtri par le terrible tremblement de terre qu’il vient de subir. Nous n’avions évidemment pas envisagé cette tragédie quand nous avons décidé, il y a quelques mois, de t’envoyer à Kathmandou pour commencer ton chemin missionnaire. Mais ce soir, ton envoi semble encore plus nécessaire, ta présence, ta compassion seront la modeste contribution que notre Société missionnaire peut apporter à tous ceux qui pleurent car ils ont tout perdu dans ce drame. Les hommes d’affaires, les touristes fuient, les missionnaires arrivent et ils demeurent !

3. Non seulement vous êtes la main tendue de Dieu vers l’humanité mais vous allez faire alliance avec un peuple car rien n’est impossible à Dieu !
Un dernier mot enfin pour revenir brièvement sur la première lecture du cycle d’Abraham dans lequel nous avons entendu que le nom de Sarai, son épouse, fut changée en Sara. A tous les deux, la promesse du Seigneur permit d’être à l’origine du peuple de l’alliance aussi innombrable que les étoiles dans le ciel. Ceci provoqua le rire d’Abraham en raison de l’âge avancé de son couple resté stérile pendant des décennies.
Le changement de nom résonne de façon particulière pour vous car vous allez changer de nom en arrivant dans votre nouveau pays, à Taïwan au moins, et surtout vous allez changer de langue en apprenant le créole, le mandarin, le népalais, le tibétain, cette étude sera votre première tâche ! De plus, votre mission sera d’établir de façon nouvelle une alliance avec le peuple auquel vous êtes envoyés, avec tous ceux qui par la main que vous leur tendrez rencontreront le Christ. Vous savez bien que de toutes vos pauvretés, Dieu fera des richesses et qu’à partir de vos pensées et actions stériles, il donnera la vie comme il le fit en donnant une descendance à Abraham et à Sara ! N’oubliez pas que Dieu agit au cœur de nos misères et de nos stérilités. Rappelez vous que l’Eglise au milieu des nations est sacrement du salut, c’est-à-dire qu’elle est bénédiction pour les peuples auxquels vous êtes envoyés. Ainsi, comme Abraham et Sara furent bénis par Dieu, vous êtes vous aussi bénis et vous apporterez la bénédiction de Dieu à ceux que vous croiserez sur vos routes ! Si comme Abraham, vous êtes surpris par tant de bénédictions qui vous attendent, si vous êtes tentés de tomber la face contre terre et de rire, n’oubliez pas que rien n’est impossible à Dieu et que vous êtes les serviteurs qu’il a appelés pour cette mission d’alliance avec des peuples d’Asie et de l’océan Indien ! Grâce à la foi, Abraham partit et il vint séjourner en immigré, les yeux tournés vers la terre que le Seigneur lui avait promise. Sur les pas de ces pères dans la foi et de tant d’autres croyants, sur les pas des 4300 missionnaires partis de cette chapelle pour annoncer l’Evangile et être les témoins fidèles du Christ, à vous de partir maintenant pour devenir des étrangers sur la terre et pour rappeler, à Maurice, à Taïwan, au Népal puis en Inde, que le royaume n’est pas de ce monde mais qu’il est la promesse faite par Dieu de nous rassembler tous ensemble et pour l’éternité. Bonne mission, chers confrères, et que Dieu vous bénisse !