Mon séjour en France, Sr Mapendo Annonciata, des Soeurs Missionnaires de Notre Dame d’Afrique

Sr Mapendo Annonciata, originaire de RDC, a passé deux ans à la communauté des Sœurs Missionnaires de Notre-Dame d’Afrique à Gay-Lussac pour suivre la formation des formateurs/trices au Centre Sèvres. Après quelques impressions sur sa vie parisienne, elle partage des aspects de son travail de fin d’études intitulé « La vie communautaire, un pilier pour la mission : expérience des smnda »


Dès mon arrivée à Paris, j’ai été impressionnée par la diversité des langues parlées dans les rues. Cela se faisait encore sentir au centre Sèvres où j’ai suivi ma formation. C’était une belle occasion qui m’a permis de me laisser enrichir par l’autre et de partager aussi certaines valeurs de ma culture. Nous avons vécu cela á travers de simples réalités, comme le repas quotidien partagé, l’apprentissage de chants en différentes langues et la danse. Mes vacances passées dans la famille d’une de mes sœurs de communauté, m’ont fait découvrir d’autres réalités de la France et de sa culture. J’étais particulièrement touchée par l’ouverture des personnes rencontrées.
Je viens d’un pays francophone, et bien que je parle français, les gens parlaient si vite qu’il m’était parfois difficile de les suivre. Certaines expressions ou abréviations utilisées par les jeunes ne faisaient pas partie de mon vocabulaire : meuf, c’est ouf ; comme dab, c’est posé… Il m’a fallu du temps pour m’adapter.

La différence est vraiment un trésor á accueillir pour un enrichissement réciproque. Telle a été ma joie de vivre en France. Vivant en communauté la première périphérie que je suis appelée à rejoindre c’est ma sœur qui habite avec moi. Alors avec un cœur large et généreux, je pourrai aller rejoindre l’autre périphérie qui se trouve au-delà de ma communauté. C’est ainsi que ma vie deviendra de plus en plus un vrai signe de l’amour et de la vie de Dieu manifestée en Jésus Christ pour toute l’humanité. Le danger c’est de me laisser entrainer par des attitudes individualistes me conduisant à une indifférence totale. Cette indifférence qui empêche de voir, de sentir, d’écouter et d’accueillir la réalité de l’autre.

Je suis appelée à vivre une charité qui pardonne. La relation fraternelle me met en face de ma propre fragilité et celle de l’autre, l’invitation à pardonner est un élément indispensable à la maintenance de la vie fraternelle. Dans cette dynamique, il s’agit d’une part, de laisser Dieu être Dieu, et la sœur ou le frère, être fille ou fils de ce Père. Je suis, moi aussi fragile, je peux alors reconnaitre l’autre en sa fragilité. D’autre part puisque Dieu lui-même pardonne, pardonner à mon tour c’est laisser la fraternité venant de Dieu et de notre relation commune à cette unique source de la vie, agir en nous et entre nous. Pardonner c’est garder la qualité de sœur quels que soient les torts qu’on peut se faire. Je ne peux y arriver que si j’ai fait l’expérience d’être pardonnée. Des erreurs nous en faisons, elles aussi font partie de nous. Mes faiblesses et celles de l’autre ne sont-elles pas des ponts qui me conduisent vers Dieu ? Prendre conscience de ma faiblesse, l’accueillir, l’accepter, l’apprivoiser. Elle peut devenir une amie non plus pour étouffer la vie en moi et autour de moi, mais pour la faire jaillir, car je deviendrai miséricordieuse vis-à-vis de moi-même et vis-à-vis de l’autre. Ainsi je pourrai développer une relation empathique, où la faiblesse se transforme en force. Avec St Paul je pourrai alors dire que lorsque je suis faible c’est alors que je suis forte. Si ma sœur ou mon frère n’existe pour moi qu’à travers ses qualités, ses dons, ses capacités, je suis dans l’exclusion, l’injustice. Si la faiblesse m’ouvre à une croissance, à un approfondissement de ma relation avec l’Autre et avec autrui, n’est-elle pas devenue une richesse et ma Sœur avec qui j’ai des difficultés n’est-elle pas une grâce de Dieu car elle me permet de grandir ?

La charité est une marque de la présence de l’Esprit de Dieu. Dans une communauté où les membres sont unis dans la charité, la vie religieuse devient vraiment heureuse. Comme le montre Marie Salomé , « S’aimer et s’entraider » sont les bases de la vie commune. Le principe destructeur de ce fondement, c’est l’égoïsme qui ne pense qu’à soi, qui recherche ses aises au détriment des autres, qui prend pour règle la loi du plus commode et celle du moindre effort ; l’égoïste, qui, sans scrupule, vit aux dépens d’autrui, s’inquiétant peu du bien général, pourvu qu’il réussisse dans ses fonctions personnelles… engendre, la tristesse, l’ennui, la confusion… La recommandation que nous fait Marie Salomé a encore son importance dans ma vie aujourd’hui. Elle dit : « Evitons donc soigneusement tous les défauts qui blessent la charité, comme la froideur, l’aigreur, la rancune, l’antipathie, la jalousie ; regardons comme criminelle l’habitude de mépriser intérieurement nos sœurs, de mal interpréter leurs actes, de les critiquer, de parler de leur faute ». « Ne jugez pas et vous ne serez pas jugé ».

Lorsque nous tenons compte de la parole d’une personne, c’est comme si nous lui disons : « il y a une place pour toi ». Elle ne sera plus dans le vide, ne se sentira plus exclue, ni à part, ni en minorité. La parole prise en compte nous donne notre place. Même si la parole de l’autre à l’air de ne pas avoir d’importance c’est mieux de la reprendre, même si je ne suis pas d’accord avec elle. Accepter qu’il y ait différents avis et voir comment nous exprimons nos désaccords. Dans la vie communautaire, il est important d’arriver à ce renoncement. Devant un choix ou une action à mener, la communauté n’a pas seulement besoin des gens aux grandes compétences. La personne « sans compétence » peut remarquer un détail qui va permettre à la communauté d’évoluer. Si vous n’avez jamais regardé le film « Douze hommes en colère », je vous le recommande. Il illustre bien ce que je viens de dire.

La grande exigence de l’interculturalité, c’est l’ouverture réciproque. C’est cela l’enjeu dans la vie communautaire. Créer des espaces où chaque sœur peut parler de sa culture permet une connaissance réciproque. Faire l’effort d’apprendre quelques éléments de la culture de l’autre par exemple : une recette de cuisine, certains mots de sa langue… L’autre ne sera plus vu comme une menace. Parlons de nos souffrances qui naissent des malentendus. La construction et la réalisation de la fraternité ne peut pas aboutir par mes propres forces. Seul le Christ m’y conduit, lui qui a pris le risque de briser les barrières existant entre les humains.
Notre vie communautaire est une rencontre de foi. Pour pouvoir vivre il est essentiel que chaque membre prenne le temps d’approfondir sa relation avec Dieu. La communauté est notre principal lieu de réflexion apostolique, de discernement et d’engagement pour la mission. Consacrer du temps à la communauté, avec tout ce que cela implique, exige une discipline personnelle et communautaire. Envoyées en communauté pour une mission nous sommes appelées à créer des espaces de qualité pour nous rencontrer, nous soutenir et nous encourager les unes les autres. La réconciliation et la compréhension mutuelle ne peuvent se faire qu’en choisissant de travailler sur nos relations personnelles et communautaires. C’est ainsi que la communauté devient un pilier pour la mission.

Sr Mapendo Annonciata Masirika

Source : http://www.soeurs-blanches.cef.fr