Ne rien préférer au Christ - Trappistines de La Coudre

"Les Trappistines de la Coudre fêtent leurs 200 ans !" Ainsi titre la presse locale en ces jours. Début 2015, c’était : "L’abbaye d’Entrammes célèbre son bicentenaire !"


Pourquoi le besoin de se tourner vers le passé ? Vouloir ressaisir le temps qui fuit ? Sans doute plus : pour l’individu, connaître ses origines pour forger son identité ; pour les institutions, maintenir la leur à travers les mutations de l’Histoire. Pour le croyant, faire mémoire, c’est d’abord rendre grâces, car tout est don de Dieu. Telle est la démarche du peuple de l’Alliance, relisant son passé, chantant la fidélité de Dieu pour renouveler la sienne.

D’où venons-nous ?
Premières communautés réimplantées en France en 1815-1816 (La Trappe, Port-du Salut, Bellefontaine, Les Gardes, Laval), nous sommes nées, peut-on dire, du choc entre la volonté destructrice des Révolutionnaires et celle infrangible d’hommes et de femmes déterminés à poursuivre leur quête de Dieu dans une vie de prière, de travail, en retrait du monde mais pour lui. Dom Augustin de LESTRANGES, moine de la Trappe, catalysa ces désirs : audacieux, il établit en 1791 à la Valsainte, en Suisse, un monastère de moines, puis un de moniales. En 1793, il envoie des moines en Rhénanie du nord, à Darfeld. Puis des moniales, en 1800.

Revirements politiques : il faut quitter ce refuge en 1811. Les moniales se retrouvent en Belgique, à Borsut, près de Liège. Elles y restent quatre ans. L’Abbé de Darfeld, Dom Eugène de LAPRADE, cherche à rapatrier ses troupes vers la France. Il reçoit en don deux anciens Prieurés : Port-Ringeard à Entrammes où les moines s’installent en 1815 et Ste Catherine à Laval que les moniales occupent en 1816.

Sainte Catherine, La Coudre : continuité et adaptations.
Elles sont dix, plus deux postulantes. La Supérieure, Mère Elisabeth PIETTE, née à Liège, a 31 ans. Que veulent vivre ces femmes ?

Dans leurs mains : la Règle de St Benoît (VIème siècle), les Traditions de Cîteaux (XIIème siècle), les Règlements de l’Abbé de RANCÉ, réformateur de La Trappe au XVIIème siècle. Ces derniers, d’une extrême austérité, font alors autorité. Très tôt, Mère Elisabeth, réaliste, voit la nécessité de les adapter, les vocations affluant à Ste Catherine. Secondée par l’évêque du Mans - Laval n’est pas encore un diocèse - elle rédige les Constitutions de Ste Catherine qui serviront de base pour les autres monastères de Trappistines. Quand elle meurt, en 1852, les sœurs professes sont 56, plus des novices, des postulantes et des auxiliaires. La vieille bâtisse de Ste Catherine ne suffit plus, d’autant que le chemin de fer Paris-Brest va couper le jardin...

Grâce au dévouement de l’Abbé du Port-du-Salut, Dom Bernardin DUFOUR, un grand monastère fonctionnel est édifié à l’autre bout de la ville, aux lieux dits de la Petite et de la Grande Coudre. Dans la paisible campagne, la vie monastique se poursuit, inchangée durant un siècle : silence, louange, méditation, travail agricole et fromagerie. La charité sait cependant ouvrir les portes lors de trois guerres : accueil de blessés en 1870 et 1914, des séminaristes en 1940.

A partir de 1950, l’Ordre Cistercien et l’Eglise s’efforcent d’adapter les usages anciens aux conditions actuelles. La période qui suit le Concile connaît des évolutions considérables : suppression des deux catégories de sœurs, choristes et converses, passage du latin au français dans la liturgie qui accueille désormais les fidèles, place des études, réduction de l’agriculture au profit de l’industrie. Le recrutement diminue, exige une mécanisation croissante des activités. Le cadre s’adapte. Le solide quadrilatère de 1859 demeure mais se métamorphose au-dedans : chauffage, cellules individuelles au lieu du dortoir, hôtellerie. Plus récemment, la mise aux normes de la cuisine et des lieux d’accueil.

Nos Mères de 1816 nous reconnaîtraient-elles aujourd’hui ? Nos Constitutions disent que tout, dans le monastère, doit aider les moniales à "persévérer dans une vie simple, laborieuse et cachée, en ne préférant absolument rien au Christ". Il n’est changement qui puisse empêcher d’aimer le Christ par-dessus tout et de vivre dans la louange, l’entraide et l’intercession pour l’Eglise et le monde. Que Dieu veuille nous en faire la grâce !

Les moniales de La Coudre

Une bande dessinée
Pour fêter leur anniversaire, les cisterciennes de La Coudre, en collaboration avec les éditions du Signe, ont édité une bande dessinée (auteur Jean-Luc ROGER). La BD resitue les racines de la communauté, ses fondations (8) et sa filiation dans le monde. Elle montre l’évolution de son activité et de sa spiritualité, le sens de la vie monastique aujourd’hui, à travers des images originales, entièrement dessinées à la main. Elle peut retenir l’attention d’un large public, désireux de mieux connaître la vie monastique à travers la vie d’une communauté. Prix de vente : 15 euros.