P. Thomas Joachim : « Nous voulons envisager l’avenir avec espérance »

Entretien avec le P. Thomas Joachim, prieur général de la communauté Saint-Jean.
Venus du monde entier, un millier de religieux, religieuses et oblats de la famille Saint-Jean effectuent cette semaine un pèlerinage à Rome pour célébrer les 40 ans de leur communauté.


Alors qu’elle a traversé une profonde crise au cours des dernières années, notamment autour de la figure de son fondateur, et qu’elle est accompagnée aujourd’hui par Mgr François Blondel dans sa démarche de réforme, son prieur général, le P. Thomas Joachim, revient sur la signification de ce pèlerinage.

La Croix : Que représente pour vous cet anniversaire ?
P. Thomas Joachim :
Pendant l’année de la vie consacrée, le pape a invité les religieux à regarder le passé avec gratitude, le présent avec passion et à envisager l’avenir avec espérance. C’est ainsi que nous envisageons cet anniversaire. Nous avons traversé des choses difficiles, mais c’est aussi un lieu de conversion et de croissance. Nous voulons tirer les leçons, continuer à approfondir notre identité et remercier Dieu pour sa bénédiction et sa fidélité dans notre histoire, malgré ce que nous avons traversé. Nous avons d’ailleurs choisi pour thème à ce pèlerinage : « Si tu savais le don de Dieu ».

Ce passé est-il encore difficile à assumer ?
T. J. : On sent que progressivement, on évolue dans le bon sens. Alors que le risque, aujourd’hui, serait de manquer d’une certaine fierté d’appartenance au bon sens du terme, il faut aussi voir que nous avons de très belles choses, nous continuons d’apporter une bonne nouvelle, de faire du bien : donc corrigeons ce qui doit l’être mais n’oublions pas le don que Dieu a fait à notre communauté.

Comment définissez-vous justement votre charisme ?
T. J. :
Mgr Blondel est là pour nous aider à le clarifier. C’est un travail que nous avons entrepris déjà il y a quelques années. Et nous en parlons, alors que nous préparons notre chapitre général, l’an prochain.
Les franciscains sont très liés à saint François, les dominicains à saint Dominique… Pour nous, c’est la figure de saint Jean. Sa manière particulière de suivre le Christ commande notre manière de vivre. Notre vie de prière découle du fait que c’est un contemplatif. Notre manière de vivre en frères est marquée par la première épître de Jean qui insiste sur la charité fraternelle. Et notre manière d’évangéliser également : « Ce que nous avons vu et contemplé, nous vous l’annonçons… »
Concrètement, nos missions sont tournées en grande partie vers les familles et les jeunes. Cela répond à l’attente d’une annonce de l’Évangile assez radicale, avec une attention particulière à la formation de l’intelligence. Durant nos festivals, nous proposons ainsi aux jeunes un studium, où un thème théologique – cette année, la doctrine sociale de l’Église – est étudié et nous sommes toujours surpris d’en voir beaucoup s’y inscrire. Ils se retrouvent aussi avec notre manière familiale, simple et joyeuse, de vivre en communauté. Avec un cadre, mais détendue.

Avez-vous toujours des vocations ?
T. P. :
Sur le plan international, oui, en France, moins. Nous avons une vingtaine de novices au total. C’est un peu partout pareil, mais c’est aussi assez compréhensible avec les problèmes que nous avons traversés et qui peuvent faire hésiter les jeunes. À nous, maintenant, de montrer que nous nous reconstruisons et que notre communauté est saine et équilibrée. Ce qui est beau, c’est que nous sommes toujours sollicités par les évêques pour nous installer dans leurs diocèses mais nous sommes obligés, pour l’instant, de refuser, faute d’effectifs.

Comment allez-vous vivre l’Année de la miséricorde ?
T. P. 
 : Notre anniversaire coïncide avec le grand jubilé de la miséricorde, le 8 décembre. Ce thème a toujours été central dans notre spiritualité. Nous allons essayer de mieux l’étudier et le mettre en pratique. On nous prend pour des intellectuels, mais paradoxalement de nombreux frères sont investis dans les œuvres de miséricorde, par exemple auprès des jeunes qui cherchent à quitter la drogue, à Pellevoisin, dans l’Indre auprès des prostitués à Boulogne-Billancourt, des enfants malades du sida en Inde.

Recueilli par Céline Hoyeau, à Rome

A lire sur www.la-croix.com
Programme du pèlerinage : http://www.stjean.com/rome-2015-programme-detaille