Prêtres et religieux, au cœur du monde (1/2)


Alors que la sagesse populaire imagine bien volontiers le prêtre dans sa paroisse et la religieuse en mission dans un établissement scolaire, un centre de loisirs ou une clinique, de nombreux prêtres, religieux et religieuses vivent leur vocation dans des lieux plus insolites. Comment se sont-ils retrouvés au tribunal, au volant d’un bus ou d’une auto-école, à l’hôpital, dans un ministère ou... avec un nez de clown sur le nez ? Et comment y vivent-ils leur vocation religieuse ? Don Bosco Aujourd’hui leur a posé la question !

Extraits  :  
Richard Boldrini, salésien prêtre et moniteur d’auto-école
« La voiture, un vrai confessionnal ! »

 Salésien de Don Bosco depuis 54 ans, vivant à Pontoise, le Père Richard Boldrini a exercé la profession de « moniteur d’auto-école ». Etonnant, non ? « A l’époque, je cherchais une insertion au milieu des jeunes et quelqu’un m’avait lancé l’idée : pourquoi pas moniteur d’auto-école », explique-t-il. Il est envoyé l’année suivante avec quelques autres frères salésiens pour créer une petite communauté dans le Val d’Oise, à Saint-Ouen-l’Aumône. « Nous vivions en HLM, dans une communauté appelée Michel Magon ». C’est alors qu’un ancien élève de Don Bosco, directeur de l’Accueil des Jeunes Travailleurs, ayant entendu parler des Salésiens nouvellement arrivés, prit contact avec lui : « Il me proposa de l’aider à monter une auto-école avec d’autres partenaires comme l’ADVOG (les gens du voyage), Espérer 95, un petit foyer de la DDASS et un autre de la Protection judiciaire de la jeunesse. Un public de 16 à 25 ans : des jeunes déracinés, des blessés de la vie, des marginaux de la société... un public bien « salésien » !

Les jeunes trouvent, dans cet habitacle ambulant, un lieu d’intimité où ils se racontent facilement. « Vous feriez un excellent musulman », me dit un jour une jeune musulmane, « Pourquoi ? » lui répondis-je, « Parce que vous vous donnez aux autres... vous faites du bien autour de vous ». J’ai passé vingt-cinq années au service de ces jeunes défavorisés : 15 années à l’AJT et 10 autres à l’APEJ, une auto-école associative de quartier que les jeunes m’ont aidé à lancer. » Une mission effectuée dans le secteur paroissial de Pontoise, en lien avec la JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne). Agé de 75 ans, le père Richard est bien sûr désormais à la retraite. « Et je suis, depuis vingt ans bientôt, rattaché à la Communauté d’Argenteuil », ajoute ce Salésien de Don Bosco... prêtre au volant !

 
Claire Castaing, sœur du Sacré-Cœur et juge pour enfants
« Dieu est venu sauver le justiciable qui est devant moi »

Magistrat est un métier singulier, assurément. C’est pourtant celui qu’a choisi Claire parce qu’il permet de prendre des décisions qui auront des implications. Un métier choisi... avant de devenir religieuse : la jeune femme originaire de Marseille est successivement juge à Vesoul puis à Valence où un drame dans sa propre famille (la mort de son frère prêtre, d’une crise cardiaque) la révolte, l’endurcit. « Ça a été une période de n’importe quoi, où j’ai bouffé la vie... », se souvient-elle. Jusqu’au jour où elle dit stop, grâce à l’aide de quelques amis.

« J’ai effectué une retraite. Un grand lessivage qui a tout remis dans l’ordre, où j’ai pu relire mon parcours et percevoir l’amour inconditionnel de Dieu. » Un amour auquel elle décide de répondre radicalement. A partir de ce « oui », a débuté un chemin improbable alternant les études, le noviciat (deux années en Belgique, à Bruxelles et Mons) et son travail de juge. Une vie dans le monde mais qui n’est pas du monde et qui s’enracine dans une véritable expérience spirituelle. « Après mes vœux, ce qui a changé, c’est la reconnaissance qu’un Autre s’est chargé du salut du monde, et pas moi ! Je ne suis pas le rédempteur des personnes. De plus, l’idée que Dieu n’est pas venu nous sauver parce que nous sommes intéressants, s’est renforcée. Dieu est venu sauver l’humanité, le justiciable qui est devant moi et m’oblige donc à voir au-delà des actes et de considérer la personne. J’ai donc appris à regarder l’avenir, à reconnaitre chez le plus blessé, que la ressource c’est lui-même. C’est très évangélique ! » Désormais religieuse du Sacré-Cœur (une congrégation d’inspiration ignacienne), sœur Claire est donc aussi Madame la Juge. « L’oraison (une heure chaque jour) est devenue fondamentale : le matin, je me tiens en compagnie du Christ qui m’enseigne. Et le soir, je peux ramener dans la prière ou dans la conversation du dîner communautaire l’univers professionnel, discrètement. »

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