Qu’est-ce que la Miséricorde ? Thème pastoral des sanctuaires de Lourdes

"La miséricorde, c’est le chemin qui unit Dieu et l’homme, pour qu’il ouvre son cœur à l’espérance d’être aimé pour toujours malgré les limites de son péché."


Dans le langage quotidien, la miséricorde est un sentiment qui inspire une attitude et certains gestes. Le dictionnaire donne la définition suivante : « C’est le sentiment par lequel la misère d’autrui touche notre cœur. » Il s’agit en effet, d’un cœur qui devient sensible à toute situation de misère que traverse notre prochain. La compassion, est une manière d’exprimer la miséricorde, elle consiste à compatir avec celui qui souffre, même si l’on ne peut prendre totalement la place de celui qui est dans la souffrance. Mais la miséricorde se pratique aussi à l’égard de celui qui ne souffre pas et fait souffrir les autres. Dans ce cas, il ne s’agit plus d’un sentiment, mais d’un acte de notre volonté qui consiste à pardonner. Ainsi, lorsque nous parlons de la miséricorde nous faisons à la fois référence au sentiment de compassion à l’égard de celui qui est dans la souffrance et à l’acte volontaire de pardonner, et d’effacer le mal qu’il a commis.

Dieu est Miséricorde

Si Dieu est miséricorde cela signifie que la miséricorde est un don.

Don du Père parce qu’il nous livre son Fils unique « car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique... (Jn 3,16). Il a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. » (Jn 3, 17)
Don du Fils qui se livre à nous pour nous révéler la miséricorde du Père : « Voici pourquoi le Père m’aime : parce que je donne ma vie, pour la recevoir de nouveau. Nul ne peut me l’enlever : je la donne de moi-même. J’ai le pouvoir de la donner, j’ai aussi le pouvoir de la recevoir de nouveau : voilà le commandement que j’ai reçude mon Père. » (Jn 10, 17)
Don de l’Esprit Saint... « L’Esprit du Seigneur Dieu est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs la délivrance, aux prisonniers leur libération, proclamer une année de bienfaits accordée par le Seigneur. »(Lc 4, 18-19)
Ainsi, « le regard fixé sur Jésus et son visage miséricordieux, nous pouvons accueillir l’amour de la Sainte Trinité. La mission que Jésus a reçue du Père a été de révéler le mystère de l’amour divin dans sa plénitude. L’évangéliste Jean affirme pour la première et unique fois dans toute l’Écriture : « Dieu est amour » (1 Jn 4, 8-16). Cet amour est désormais rendu visible et tangible dans toute la vie de Jésus. Sa personne n’est rien d’autre qu’amour, un amour qui se donne gratuitement. Les relations avec les personnes qui s’approchent de lui ont quelque chose d’unique et de singulier. Les signes qu’il accomplit, surtout envers les pauvres, les exclus, les malades et les souffrants, sont marqués par la miséricorde. Rien en lui ne manque de compassion. » (Pape François, “Misericordiæ vultus”, § 8)

L’Église, sacrement de la Miséricorde du Christ

« La miséricorde est le pilier qui soutient la vie de l’Église. Dans son action pastorale, tout devrait être enveloppé de la tendresse par laquelle on s’adresse aux hommes. Dans son annonce et le témoignage qu’elle donne au monde, rien ne peut être privé de miséricorde. La crédibilité de l’Église passe par le chemin de l’amour miséricordieux et de la compassion. L’Église “vit un désir inépuisable d’offrir la miséricorde”. Peutêtre avons-nous parfois oublié de montrer et de vivre le chemin de la miséricorde. D’une part, la tentation d’exiger seulement la justice a fait oublier qu’elle n’est qu’un premier pas, nécessaire et indispensable, mais l’Église doit aller au-delà pour atteindre un but plus haut et plus significatif. D’autre part, il est triste de voir combien l’expérience du pardon est toujours plus rare dans notre culture. Même le mot semble parfois disparaître. Sans le témoignage du pardon, il n’y a qu’une vie inféconde et stérile, comme si l’on vivait dans un désert. Le temps est venu pour l’Église de retrouver la joyeuse annonce du pardon. Il est temps de revenir à l’essentiel pour se charger des faiblesses et des difficultés de nos frères. Le pardon est une force qui ressuscite en vie nouvelle et donne le courage pour regarder l’avenir avec espérance. » (Pape François, “Misericordiæ Vultus”, § 10)

« Le langage et les gestes de l’Église doivent transmettre la miséricorde pour pénétrer le cœur des personnes et les inciter à retrouver le chemin du retour au Père. Là où l’Église est présente, la miséricorde du Père doit être manifestée… là ou il y a des chrétiens, quiconque doit pouvoir trouver une oasis de miséricorde. » (Pape François, “Misericordiæ vultus”, § 12)

La miséricorde crée la fraternité : « les œuvres de miséricorde »

« J’ai un grand désir que le peuple chrétien réfléchisse durant le Jubilé sur les œuvres de miséricorde corporelles et spirituelles…

Redécouvrons les œuvres de miséricorde corporelles :
Donner à manger aux affamés.
Donner à boire à ceux qui ont soif.
Vêtir ceux qui sont nus.
Accueillir les étrangers.
Assister les malades.
Visiter les prisonniers.
Ensevelir les morts.

Et n’oublions pas les œuvres de miséricorde spirituelles :
Conseiller ceux qui sont dans le doute.
Enseigner les ignorants.
Avertir les pécheurs.
Consoler les affligés.
Pardonner les offenses.
Supporter patiemment les personnes ennuyeuses.
Prier Dieu pour les vivants et les morts. »
(Pape François, “Misericordiæ Vultus”, § 15)

Dans l’Évangile, la Béatitude de la Miséricorde : « Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde » (Mt. 5, 7), nous apprend :
- qu’elle est solidarité et engagement d’amour efficace à l’égard des frères qui sont dans le besoin et dans la misère,
- et qu’elle est pardon et réconciliation des offenses reçues et commises.

Le Seigneur nous apprend que la pratique de la miséricorde est une voie universelle qui crée des liens de fraternité entre les hommes. C’est le message de la parabole du bon Samaritain (Lc. 10, 29-37). A la fin de la parabole, Jésus pose cette question : « Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain de l’homme tombé aux mains des bandits ? » Cela veut dire que tous n’ont pas été frères du blessé. Ils auraient pu l’être mais en fait le seul fut « celui qui s’est montré miséricordieux avec lui ». Pour Jésus, être frère n’est
pas quelque chose d’“automatique”, comme un droit acquis. Nous ne sommes pas frères tant que nous n’avons pas agi en tant que tel, nous sommes invités à le devenir par la pratique de la miséricorde.

L’Évangile nous apprend que de fait nous ne sommes pas frères. L’expérience de la haine, de la division, de l’injustice et de la violence nous prouve tous les jours que c’est le contraire. Nous ne sommes pas frères, mais nous sommes invités à le devenir. En effet, Jésus nous invite et nous donne la force pour « devenir frères ». Mais cela dépend d’un choix concret que nous devons faire et qui engage notre liberté, celui d’être charitables et miséricordieux.

Le Samaritain est devenu le frère du blessé. Non pas à cause de sa religion, de sa race, de sa nationalité, de son idéologie mais tout simplement par la pratique d’une attitude de miséricorde. Ainsi mon prochain n’est pas celui qui partage ma religion, ma patrie, ma famille ou mes idées. Mon prochain est celui avec qui je partage ma vie parce que nous avons besoin les uns des autres. Pour s’approcher de l’homme blessé, le bon Samaritain a dû faire un effort pour sortir de lui-même, de sa race, de sa religion,
de ses préjugés. « … En effet, les juifs ne fréquentent pas les Samaritains. » (Jn.4, 9) Il a dû laisser de côté son monde et ses intérêts personnels. Il a abandonné ses projets, il a donné son temps et son argent. En ce qui concerne les autres personnages de la parabole, le prêtre et le lévite, eux n’ont pas voulu abandonner leurs projets les considérant plus importants que l’invitation à devenir frères du blessé.

Être frère de quelqu’un suppose donc de sortir de « son monde » pour entrer dans le « monde de l’autre ». Partager sa culture, sa mentalité, ses besoins, sa pauvreté. Devenir le frère de l’autre, c’est comme un exode, une réconciliation. Les « œuvres de la miséricorde » sont l’occasion qui nous est donnée durant le
pèlerinage de notre vie, pour être « miséricordieux comme le Père », c’est-à-dire, justes et charitables pour être en communion les uns avec les autres.

La miséricorde qui va plus loin que la justice : le pardon

La miséricorde en tant que pardon des offenses est l’autre visage de l’amour fraternel. Si la miséricorde en tant qu’engagement construit la fraternité, le pardon mutuel reconstruit et consolide la fraternité. Elle évite que la division et la rancune que produisent les offenses ne paralysent la communauté.

Qu’est-ce que la réconciliation chrétienne ? La réconciliation est le retour de l’amitié ou de la fraternité entre personnes, familles, groupes sociaux ou pays, appelés à être frères, qui ont cassé cette fraternité ou cette amitié. La réconciliation est plus grande que la « conciliation » (qui est un compromis plus ou moins provisoire entre les partis) : c’est la restauration de la fraternité détruite. C’est pour cela que la réconciliation prend la formule d’un « retour », d’une reconstruction, de retrouvailles : « Je me lèverai et j’irai
vers mon père... » (Lc. 15,18) « ...il se leva et s’en alla vers son père... » (Lc 15, 20), dans cette parabole, l’enfant prodigue cherche à revenir à la maison du père.

La célébration du sacrement de la réconciliation est le lieu où la conversion à Dieu et la réconciliation avec Lui et les autres devient un événement réel dans nos vies. Là, réellement et sacramentellement nous regrettons les fautes commises et nous accueillons la présence de Dieu, qui nous attend pour recevoir notre conversion et nous donner sa grâce d’amour et de miséricorde. Dans la célébration de ce sacrement, la rencontre vivifiante avec le Christ prend la forme du pardon et de la miséricorde. C’est vrai que nous sommes invités à nous repentir et à demander pardon, en dehors du sacrement de la réconciliation. Mais ces repentirs sont comme une préparation pour la grande rencontre sacramentelle avec Celui qui est la source de toute miséricorde : le Christ. En même temps, notre repentir et notre conversion sont confirmés par la grâce du sacrement, et acquièrent ainsi une dimension ecclésiale, ils contribuent au bien de tout le Corps du Christ et de toute l’Église.

En conclusion, notre authentique participation au sacrement de la réconciliation nous introduit dans une authentique expérience de l’Esprit Saint qui nous identifie avec la mort du Christ, et nous fait mourir à nos
propres péchés, à nos racines, aux tendances profondes du mal qui sont en nous, et que seul l’Esprit peut arracher. La célébration de ce sacrement est toujours un recommencement, un renforcement de notre esprit pour aller au-delà de nos faiblesses et de nos tentations : c’est une expérience qui nous fait rencontrer le visage miséricordieux du Christ.

Source : http://fr.lourdes-france.org/jubile/misericorde-theme-pastoral-2016