Qui sont les ermites ?

L’érémitisme est l’état de vie consacré le plus anciennement connu. Il se distingue en deux aspects, retenus par le Code de Droit canonique : l’érémitisme proprement dit, dans lequel l’ermite se retire au désert (eremos) loin des lieux habités et l’anachorétisme, où il vit en reclus – une grotte – dans un lieu proche d’une communauté.


Le plus souvent, l’érémitisme, sous ces deux aspects, s’est conjugué avec la vie monastique. Le droit commun des Eglises orientales en conserve les règles essentielles (CCOE, can. 481-485). Depuis le XVIe siècle, il a connu un certain déclin. Ce qui explique que le Code de 1917 l’ignore. Il refleurit ici ou là depuis quelques décennies. Le concile Vatican II lui a fait une place (Lumen gentium 43, Perfectae caritatis 1). de même le Catéchisme de l’Eglise catholique (n° 920-921).
Qui sont les ermites ? Le canon 603 du Code de 1983 et le Catéchisme de l’Eglise catholique permettent de découvrir trois formes de vie des ermites. Les uns relèvent d’instituts religieux contemplatifs ou monastiques ; d’autres se sont consacrés entre les mains de l’évêque diocésain, par des vœux ou d’autres liens sacrés, dans la pauvreté, la chasteté et l’obéissance ; d’autres enfin, mènent la vie érémitique hors de cette consécration.
Deux de ces formes sont canoniques : celle des religieux, qui dans le droit latin, est régie par le droit propre aux instituts dont ils sont membres (dans le droit oriental, elles est régie par le droit commun) ; celle des ermites consacrés entre les mains de l’évêque diocésain, régie par le programme de vie établi par celui-ci. Les autres peuvent avoir un lien particulier avec l’Eglise diocésaine à laquelle ils appartiennent.

Les ermites – précise Vita consecrata 7 – peuvent être hommes ou femmes. Ils peuvent également être prêtres : Paul VI, dans une lettre au Prieur général des Chartreux, a rappelé la convenance de la vocation érémitique et du presbytérat.
Essentielle à l’érémitisme, comme à l’anachorétisme, est la « séparation intérieure et extérieure du monde ». La plénitude de cette vocation est atteinte dans le fait de demeurer en permanence dans la proximité du Seigneur. En cela, elle représente le cœur de toute vie consacrée : suivre le Christ de plus près.
Loin de l’oisiveté, elle comporte l’étude attentive de la Parole de Dieu, la pratique du jeûne et de la pénitence, en vue du salut du monde. En cela, comme le rappelait Paul VI dans l’intervention citée plus haut, cette vocation est pleinement ecclésiale. Cet aspect est particulièrement souligné par l’intervention personnelle de l’évêque diocésain, tant dans la réception des vœux ou autres liens sacrés que dans la remise d’un programme de vie.

Concrètement, le programme de vie rédigé et vécu avec l’aide et sous le contrôle de l’évêque comportera les points essentiels suivants :
• la nature de la consécration, par des vœux ou d’autres liens sacrés (serment, promesse) qu’il conviendra de définir ;
• la nature de l’engagement : érémitisme, dans la solitude géographique, ou l’anachorétisme, dans la proximité d’une communauté, mais en en précisant les conditions ;
• si l’ermite ne prononce pas, à proprement parler, de consécration, ce choix doit être parfaitement net. Mais il peut établir un programme de vie qui puisse être approuvé par l’évêque, mais non donné par celui-ci : en effet, il n’et pas tenu par l’obéissance ;
• la vie sacramentelle : celle-ci, en toute hypothèse, demeure nécessaire à toutes les formes de la vie chrétienne ;
• doit être éventuellement abordée, lorsque l’ermite n’est pas prêtre, la délicate question de la réserve eucharistique ;
• le lien avec la communauté ecclésiale locale : si retiré soit-il, l’ermite demeure dans l’orbite d’une communauté ecclésiale, qui doit respecter et apprécier sa vocation ;
• l’ermite consacré est tenu par le lien d’obéissance envers l’évêque. Le domaine de l’obéissance doit être clairement défini ; le programme de vie détermine, de façon analogue avec les constitutions, ce sur quoi porte concrètement la profession.

Le programme de vie précisera aussi :
• le type de « solitude » choisi. Depuis le « reclus » jusqu’à une vie semi-érémitique, il y a un éventail possible. Cette solitude doit être plus accentuée que celle propre aux instituts de vie consacrée contemplatifs ;
• le lien avec la vie ecclésiale. L’ermite a toujours un certain lien, fut-ce par défaut, avec la communauté ecclésiale locale. Ce lien doit être précisé (accès aux sacrements, participation à l’Eucharistie) ; possibilité pour les ermites laïcs de la réserve du Saint-Sacrement ; accompagnement spirituel ; liens minima avec la communauté locale ; relations avec la famille, etc. ; le but étant de garantir, dans chaque cas, une réelle solitude non déshumanisante ;
• les choix pénitentiels fondamentaux : Vita consecrata mentionne le « jeûne ». Notre civilisation de consommation appelle un « jeûne » prophétique pluridimensionnel et pas seulement de nourriture ;
• les conditions concrètes et durables de l’établissement du « silence ». Vérification de la capacité de la personne de se créer un « silence » intérieur. Vérification des conditions concrètes permettant un silence extérieur.