Qui sont les spiritains, évangélisateurs des « pauvres et des opprimés » ? (La Croix)

Quatre jeunes vont célébrer samedi 9 et dimanche 10 septembre leurs professions perpétuelles au sein de la Congrégation du Saint-Esprit (CSSp).
Après avoir traversé une crise interne à la fin des années 1960, cet institut clérical de droit pontifical, qui aspire depuis plus de 300 ans à « évangéliser les pauvres et les opprimés », connaît aujourd’hui un essor fulgurant en Afrique.


Ils s’appellent Wilfred Agyia, José-Carlos Ferreira Pereira, Mathieu Boulanger et Florian Renaud. Ils sont respectivement originaires du Nigeria, du Portugal, de Nantes et de Reims. Ces quatre jeunes, tous âgés d’une trentaine d’années, s’apprêtent à s’engager définitivement, les 9 et 10 septembre, dans la vie religieuse apostolique, en célébrant leurs professions perpétuelles au sein de la Congrégation du Saint-Esprit sous la protection du Cœur immaculé de Marie (CSSp), pour devenir prêtres ou religieux laïc.

Souvent moins connu en France qu’en Afrique, où il est très présent, cet institut clérical de droit pontifical« aspire à annoncer l’Évangile aux pauvres, à travers notamment des œuvres d’éducation et des pastorales en paroisse », résume le père Jean-Pascal Lombart, religieux missionnaire de la Congrégation et responsable de la pastorale des jeunes.

« Depuis une trentaine d’années, la famille spiritaine a aussi beaucoup mis l’accent sur le dialogue interreligieux, et notamment celui avec les musulmans », renchérit le père Marc Botzung, élu en 2015 supérieur de la Province de France, qui cite aussi, parmi les grandes orientations votées lors du dernier chapitre international, en 2012, « l’attention portée à la jeunesse ou aux migrants ».

« Des prêtres pauvres pour les pauvres »

Cette vocation de la famille spiritaine à s’engager auprès des plus démunis remonte à la Pentecôte de l’année 1703, alors que Claude Poullart des Places, un avocat breton, décide de fonder, à Paris, le Séminaire du Saint-Esprit, pour former « des prêtres pauvres pour les pauvres ». Près d’un siècle et demi plus tard, le père François Libermann, un Alsacien d’origine juive, fonde en 1841 la Société du Saint Cœur de Marie.

« Il a mis un point d’honneur à inculquer les valeurs de respect, de souplesse et d’adaptation, qui nous guident toujours », poursuit le père Lombart. Composée de prêtres et de frères religieux et missionnaires, la Société se consacre alors à l’évangélisation des populations noires libérées de l’esclavage, notamment en Haïti, à la Réunion, à Madagascar.

En 1848, le Séminaire du Saint-Esprit et la Société du Saint-Cœur de Marie fusionnent pour former la Congrégation du Saint-Esprit, qui prend un nouvel essor en Afrique continentale, avant de s’étendre, rapidement, dans le monde entier. Dans les années 1950, les spiritains, délaissant leurs positions colonialistes, prennent la défense des pays réclamant l’indépendance.
Plusieurs figures célèbres

Bienheureux Jacques Laval, missionnaire à l’île Maurice, Bienheureux Daniel Brottier, refondateur de l’œuvre des Apprentis d’Auteuil, le père Lucien Deiss, acteur du renouveau liturgique après le Concile Vatican II… Depuis sa fondation, nombre de personnalités ont choisi de s’engager dans la vie apostolique au sein de la Congrégation du Saint-Esprit.

Incontestablement, Mgr Marcel Lefebvre, chef de file des traditionalistes, reste l’une de ses plus célèbres figures. Après avoir prononcé ses vœux perpétuels en 1929, il est élu, en 1962, supérieur de la congrégation, qui compte à l’époque plus de 5 000 prêtres. À ce titre, le pape Jean XXIII le nomme membre de la commission préparatoire du concile Vatican II. « Alors sont venues ses prises de position et ses directives sur le style de formation dans les scolasticats », rappelait, dans une notice annonçant son décès en 1991, le Provincial spiritain d’alors, le père Jean Savoie.

Près de 2 600 religieux dans le monde

En 1968, Mgr Lefebvre démissionne de sa fonction de supérieur général et fonde, deux ans plus tard, la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X à Ecône, en Suisse, qui entérine sa fracture avec Rome. « Son orientation personnelle, intellectuelle et ecclésiale, qui l’a porté jusqu’à la séparation de l’Église, nous restera toujours mystérieuse », poursuivait encore le père Jean Savoie. La Congrégation connaît alors l’une des plus graves crises de son existence. Alors qu’elle peine à réadapter, pendant quelque temps, sa mission dans les pays décolonisés, les conflits internes liés au schisme poussent de nombreux spiritains à se retirer.

« Aujourd’hui, les fidèles de moins de cinquante ans ne font généralement plus le lien entre le nom de Mgr Lefebvre et la Congrégation, et cette dernière n’est pas restée marquée par son enseignement post-Vatican II », estime, de son côté, le père Lombart.

Désormais sous la houlette du père John Fogarty, le 24e supérieur général élu en juillet 2012 pour un mandat de huit ans, la Congrégation du Saint-Esprit compte près de 2 600 religieux répartis dans une soixantaine de pays, dont 250 en France. « Nous étions traditionnellement très présents en Europe et en Amérique du Nord, où nous le sommes moins désormais, explique encore le père Botzung, maisun basculement géographique s’opère aujourd’hui vers l’Afrique, où nous comptons désormais plus de la moitié de nos religieux ».

Malo Tresca

Source : http://www.la-croix.com

Site internet des Spiritains : http://www.spiritains.org/