A l’occasion de la publication de l’œuvre du P. Marc-François Lacan (1908-1994), bénédictin de Ganagobie et frère du célèbre psychanalyste, une conférence-débat fut organisée le mercredi 29 septembre au Centre Sèvres. Auditoire nombreux pour écouter les échanges croisés de deux psychanalystes de renom Marie Balmary et Jacques Sédat.
L’intérêt n’est pas mince de se pencher sur deux « disciplines » dont les rapports furent souvent bien conflictuels. Et pourtant, si l’on dépasse les préjugés des uns (y compris du fondateur de la psychanalyse) et des autres, leur complémentarité est réelle. Marie Balmary eut cette formule ciselée : au prêtre on dit les offenses commises, au psychanalyste on raconte les offenses subies. Ce qui induit une recherche de l’origine du mal dont un théologien ne saurait non plus faire l’économie.
Dans les deux cas, le rôle de la Parole est essentielle. Le Je du sujet se construit à partir de l’écoute d’un Tu qui l’interpelle. L’analyste accepte d’être assigné à résidence par la parole de l’autre. N’en va-t-il pas de même pour l’accompagnateur spirituel ? L’un et l’autre sont ce tiers qui permet au sujet de se décentrer de lui-même. Et de retrouver ainsi sa place dans son histoire comme dans le monde qui l’entoure. Le patient, souligne Jacques Sédat, souffre d’une histoire qui n’a pas été historicisée et dont il doit retrouver le fil pour en dégager le sens.
Dans les deux cas, le rôle du silence est également capital. Il est cet espace où peut circuler « l’inter-dit ». Cet espace qui n’est pas jugement mais attente dans une neutralité bienveillante. Ici, sans doute une différence mériterait d’être creusée : l’analyste n’a rien à transmettre ; selon une formule de Freud, il lui suffit de laisser l’autre « libre de son commencement. » L’accompagnateur spirituel a, lui, quelque chose à transmettre de sa foi, de la tradition de son Eglise, à rappeler quelques repères sous forme d’interdits tels qu’on les trouve par exemple dans le Décalogue.
Dans les deux cas enfin, il y a recherche d’un salut. Mais de quel salut s’agit-il ? Il ne s’agit pas, comme en médecine, d’essayer de retrouver la santé d’avant pour finalement mourir un jour. Il s’agit d’un salut plus profond qui permet de traverser la fracture du moi, toujours angoissée par la perspective de la séparation et de la mort. Ce salut est rendu possible par l’accueil de l’autre, le psychanalyste ou l’accompagnateur spirituel, qui donne sa présence et offre une sorte de berceau psychique pour une renaissance – même si l’un le fait contre monnaie et l’autre par pure grâce.
Certes la psychanalyse n’a rien à transmettre, insiste M. Sédat : aucun savoir, aucune valeur, aucune foi. Et pourtant elle relève d’une « attente croyante. » La foi trouve donc sa place en psychanalyse. Une foi laïque, pourrait-on écrire, dans laquelle chacun peut librement se retrouver à condition que sa démarche personnelle soit bien respectée. Et là c’est l’éthique du psychanalyste qui est en jeu.
Finalement, concluons avec Mme Balmary que « l’inconscient et le religieux se parlent : Je dors et mon coeur veille . »
A.M.