Sr Véronique Margron, prieure provinciale de...

Sr Véronique Margron, prieure provinciale de France des Sœurs de charité dominicaines de la Présentation, a été élue le 13 novembre 2016 présidente de la Corref (Conférence des religieuses et religieux en France). La théologienne moraliste, doyenne honoraire de la faculté de théologie d’Angers, partage ses premières impressions.


Comment accueillez-vous cette élection à la tête de la Corref ?

Avec émotion et gratitude pour la confiance témoignée, d’autant que la Corref m’est encore un peu inconnue dans son ampleur et son fonctionnement. Comme ceux qui m’ont précédée, je porte déjà d’autres responsabilités et j’espère pouvoir tout tenir au mieux. Mais j’aborde cette nouvelle mission plutôt sereinement. Le secrétariat général forme une bonne équipe, solide et compétente, fiable humainement et professionnellement. C’est d’abord lui qui œuvre au quotidien au service des congrégations et de la vie consacrée. Le bureau, le conseil d’administration sont également des instances qui rassemblent des personnes d’expérience, responsables et très engagées.

Qu’est-ce qui vous intéresse particulièrement dans cette nouvelle responsabilité ?

Je me réjouis d’abord de travailler avec d’autres. C’est toujours une force pour élargir les points de vue. Les charges de supérieur(e) majeur(e) engendrent de la solitude. Aussi les lieux de dialogue sont-ils un vrai soutien ; la conversation étant un point d’attention essentiel pour moi. La Corref est un lieu très important pour approcher les questions et les évolutions de l’Église en France et dans son rapport avec la société. La vie religieuse est charismatique, au sens où elle n’est pas en position hiérarchique au sein de l’Église. C’est là une chance pour tous, car, chacun dans sa sensibilité et son histoire, les ordres religieux se situent dans une attention aux femmes et aux hommes de notre époque, tentant d’écouter l’Esprit. La Corref offre à ces membres et à l’Église une caisse de résonance pour que chacun puisse voir plus large que son seul Institut. Comme moraliste, scruter les enjeux de notre Église et de la société et s’interroger ensemble sur ce qu’il est possible de faire, à notre modeste mesure, m’intéresse beaucoup. Enfin, il s’agit de participer au renforcement de liens et d’échange de pratiques, de respecter chaque spécificité, de signifier notre grande estime pour la générosité de tant de vies à la suite du Christ. Le soutien et l’entraide sont une belle mission de la Corref. Être vecteur d’amitié, de cordialité mutuelle, dans un monde comme le nôtre, dur et souvent fracturé, est un vrai signe du vivre ensemble. Si cela ne transforme pas la société, c’est là comme une modeste balise.

Quelles sont vos premières orientations pour la Corref ?

Dans un premier temps, il s’agit d’animer l’équipe et de poursuivre l’action entreprise. Je veux d’abord me mettre à l’écoute de la vie religieuse et des nombreuses commissions de travail de la Corref. Me faire instruire par le secrétariat général, entrer dans la trace de mon prédécesseur Dom Jean-Pierre Longeat. Me saisir de cette belle page d’histoire est mon premier objectif. Cela me permettra de discuter ensuite avec les équipes d’orientations plus particulières à notre époque, au temps d’aujourd’hui. Quand j’aurai plus de connaissance sur l’évolution de la vie consacrée en France, pourront se distinguer des lignes de force, des points sensibles à mettre en exergue au sein de la Corref. Mais c’est pour l’instant trop tôt pour le dire.

À quel défi la vie religieuse est-elle confrontée ?

Les assemblées générales manifestent l’extrême diversité, disparité même, de la vie religieuse. Certaines congrégations ne comptent plus qu’un tout petit groupe de membres, souvent très âgés. Elles vivent leur foi et leurs engagements avec générosité et n’ont en rien démérité. D’autres sont plus dynamiques et comportent encore de nombreux membres, y compris dans les plus jeunes générations. Face au réel contrasté, comment être utile, soutenir chacun ? Comment rendre compte de ce qui se vit, au-delà de la sociologie et des chiffres ? Car l’Évangile n’est pas affaire de critère de réussite ! En même temps, la réalité appelle un regard lucide et demande des décisions lourdes, nécessaires et parfois douloureuses. Car au cœur de ces décisions, c’est bien une page d’Évangile qui se dit. Il n’y a ni réussite, ni échec, mais une vérité dans la façon d’agir. Sans oublier de s’interroger sur notre transmission. Il nous faut œuvrer pour que la mémoire évangile de tant et tant de visages concrets reste vive pour la vie religieuse et pour l’Église, pour qu’elles en fassent leur miel.

Source : http://www.eglise.catholique.fr

Crédit photo : Michel Pomarède