Sur les pas d’Elisabeth de la Trinité (1880-1906)

Connue pour sa prière Ô mon Dieu, Trinité que j’adore, Elisabeth Catez est devenue Elisabeth de la Trinité, le 8 décembre 1901, lors de sa profession temporaire au Carmel de Dijon. Dans son homélie de béatification en 1984, Jean-Paul II parlait d’elle comme « un témoin éclatant de la joie d’être enraciné et fondé dans l’amour ».


Chantre de la miséricorde de Dieu, Elisabeth n’a cessé de dire et d’écrire combien nous sommes aimés d’un Dieu proche, à la tendresse toute maternelle. La sainte a développé toute sa spiritualité sur ce que l’Eglise appelle l’« inhabitation de la Trinité ».

Née en 1880, Elisabeth grandit à Dijon avec sa sœur Marguerite. A l’âge de 7 ans, son père meurt subitement dans ses bras. Elisabeth est une enfant tout feu tout flamme et montre de réelles dispositions à la prière. De caractère affirmé, elle peut tout aussi bien se montrer colérique, un penchant contre lequel elle décide de lutter résolument à partir de sa première communion. Dès lors, son désir de devenir religieuse ne cesse de se renforcer. Sa première communion marque un tournant dans sa vie, puisque c’est ce jour-là que la supérieure du Carmel, Mère Marie de Jésus, lui offre une image expliquant le sens de son prénom.

En hébreu, « Elisabeth » signifie « Maison de Dieu ». De là va naitre toute sa spiritualité. Progressivement, la jeune fille prend conscience que la Trinité habite en elle et en chaque être humain. Parallèlement, elle suit l’itinéraire d’une jeune fille de son âge, coquette et talentueuse au piano, au point d’obtenir le premier prix du conservatoire à 13 ans ! Malgré une vie mondaine agréable, Elisabeth se sent attirée par le Carmel et s’engage à vivre toujours plus unie au Christ. Elisabeth est une jeune fille ouverte et pleine de vie, participe à la chorale de sa paroisse et fait même le catéchisme pour les plus jeunes. Avec eux, elle fait preuve de créativité et d’entrain pour captiver son auditoire.

La vocation pour Dieu, le Carmel

Entrer au Carmel est un vrai désir chez Elisabeth, un désir qui a eu le temps de mûrir et de s’affermir du fait de l’opposition de sa mère qui souhaite la marier. Lorsqu’elle a 19 ans, Elisabeth obtient le consentement de sa mère qui l’autorise à entrer au Carmel lorsqu’elle aura 21 ans, âge de la majorité. Entre temps, elle suit des enseignements religieux, lit les Chemins de perfection de sainte Thérèse d’Avila et Mère Marie de Jésus la prend sous sa direction spirituelle.

Dans l’oraison et la mortification, Elisabeth met toute sa volonté et sa détermination. Pendant ce temps de préparation à l’entrée au Carmel, elle connait « des moments d’extases sublimes où le Maître a daigné [l]’élever si souvent ». Puis, la foi d’Elisabeth est mise à l’épreuve, car après avoir connu de grands élans mystiques, elle se dit « insensible comme une bûche ». Les signes sensibles diminuant, elle doit poser des actes de foi pure. Dans son combat spirituel, elle reçoit le soutien et les conseils du Père Vallée.

Entrée au noviciat le 2 août 1901, Elisabeth reçoit beaucoup de grâces spirituelles pendant quatre mois, mais après sa prise d’habit en décembre, les doutes l’assaillent, elle semble perdue. Ce sont ses lectures de saint Jean de la Croix, sainte Catherine de Sienne et de la petite Thérèse qui vont alors l’accompagner et modeler progressivement sa spiritualité. Cette nuit de la foi et les doutes très forts qui l’accablent seront dissipés au cours de l’oraison, la veille de sa profession perpétuelle : « En la nuit qui précéda le grand jour, tandis que j’étais au chœur dans l’attente de l’Époux, j’ai compris que mon ciel commençait sur la terre, le ciel dans la foi, avec la souffrance et l’immolation pour Celui que j’aime. »

L’inhabitation de la Trinité

« Même au milieu du monde, on peut L’écouter dans le silence d’un cœur qui ne veut être qu’à Lui. C’est là, tout au fond dans le ciel de mon âme que j’aime Le trouver, puisqu’Il ne me quitte jamais. » D’ailleurs, c’est dans sa vie sociale de jeune fille - et non dans le silence monastique - qu’Elisabeth découvre l’inhabitation de la Trinité : « Nous commençons notre Eternité en vivant cette société, avec les trois personnes divines ».

Les lettres et les écrits d’Elisabeth permettent à la fois d’avoir une explication de sa vocation et de comprendre sa spiritualité. A sa mère, elle écrit : « Pense que ton âme, c’est le temple de Dieu, à tout instant du jour et de la nuit, les trois personnes demeurent en toi ». Pour elle, c’est « la maison paternelle dont nous ne devons jamais sortir ». A ses amies, elle décrit la vie religieuse : « La vie d’une carmélite, c’est une communion à Dieu du matin au soir et du soir au matin. S’Il ne remplissait pas nos cellules et nos cloîtres, comme ce serait vide ! Mais à travers tout nous Le voyons, car nous Le portons en nous et notre vie est un ciel anticipé. » Ou encore : « Je crois que la carmélite puise tout son bonheur à cette source divine : la foi. Elle croit "à l’amour que Dieu a eu pour elle". » (Lettre 236)

Le silence est une dimension fondamentale pour Elisabeth, car c’est la condition pour écouter. « Ce n’est pas une séparation matérielle des choses extérieures, mais une solitude de l’esprit, un dégagement de tout ce qui n’est pas Dieu », dit-elle. Faire taire le bruit et être « seule avec le Seul ».

Le partage de ses découvertes spirituelles

Le silence monastique n’empêche cependant pas Elisabeth de vouloir partager la joie de ses découvertes intérieures. « Il me semble que j’ai trouvé mon ciel sur la terre, puisque le ciel c’est Dieu et Dieu est dans mon âme. Quand j’ai compris cela, tout s’est illuminé en moi et je voudrais dire ce secret tout bas à ceux que j’aime ». Les Trois Personnes l’habitent et elle habite dans la Trinité, c’est cette réciprocité de la relation qui l’enthousiasme et qu’elle souhaite transmettre au plus grand nombre !

Dans sa lettre 249, Elisabeth encourage ceux qui se sentiraient indignes d’une vie toute proche du Christ : « Pensez à ce Dieu qui habite en vous, dont vous êtes le temple ; petit à petit l’âme s’habitue à vivre en sa douce compagnie... Ne vous dites pas que cela n’est pas pour vous, que vous êtes trop misérable... Ce n’est pas en regardant cette misère que nous serons purifiées, mais en regardant Celui qui est toute pureté et sainteté. »

Elisabeth nous donne également une série de conseils pratiques et accessibles, témoignant d’une grande confiance en la miséricorde divine. « Rappelle-toi qu’un abîme appelle un autre abîme et que l’abîme de ta misère attire l’abîme de sa miséricorde, » nous dit-elle dans sa lettre 198. « Là où le péché abonde, la grâce surabonde. » Elisabeth aime se référer à saint Paul, et affirme dans sa lettre 324 : « Plus vous sentez votre faiblesse, plus votre confiance doit grandir, car c’est à Lui seul que vous vous appuyez… Allez chercher la force près de Celui qui a tant souffert parce qu’"Il nous a trop aimés…" ».

Enfin, Elisabeth veille toujours à accompagner chacun avec délicatesse et de manière personnelle. Dans sa lettre 93, elle se veut rassurante : « Ne te trouble pas quand tu es prise comme maintenant et que tu ne peux faire tous tes exercices : on peut prier le bon Dieu en agissant, il suffit de penser à Lui. Alors tout devient doux et facile, puisque l’on n’est pas seul à agir et que Jésus est là. »

« Laudem Gloriae » et l’offrande de sa maladie

Pendant le Carême 1906, Sœur Elisabeth de la Trinité est atteinte de la maladie d’Addison qui progresse rapidement. Tombée en syncope le dimanche des Rameaux, elle connait une rémission à partir du Samedi saint. « Je m’affaiblis de jour en jour et je sens que le Maître ne tardera plus beaucoup à venir me chercher. Je goûte, j’expérimente des joies inconnues : les joies de la douleur... Avant de mourir je rêve d’être transformée en Jésus crucifié ».

Inspirée par saint Paul et son Epitre aux Ephésiens, Elisabeth écrit : « Mon rêve est d’être “louange de sa gloire” ». « Laudem Gloriae » sera son nom au ciel, elle en est sûre et signe désormais ses lettres ainsi. « Voici le secret : "Ce n’est plus moi qui vit, c’est le Christ qui vit en moi"... Il importe donc que j’étudie ce divin Modèle, afin de m’identifier si bien avec Lui que je puisse sans cesse l’exprimer aux yeux du Père. »

En août 1906, à la demande de la mère supérieure, Elisabeth trouve la force d’écrire une retraite sur la « Louange de Gloire » justement. Après neuf jours d’agonie, elle meurt le 9 novembre 1906, dans son carmel de Dijon, à l’âge de 26 ans.

Le bonheur de la vie en Dieu

Elisabeth de la Trinité n’a vécu « que » cinq ans au Carmel de Dijon, et pourtant elle a laissé un héritage spirituel majeur pour l’Église et pour notre temps. Elle nous enseigne combien Dieu est proche des hommes et habite en chacun d’eux. Une vie d’intimité avec son Créateur qu’elle cultive et fait grandir dans l’oraison. Nous sommes des sanctuaires vivants et, selon elle, « chaque minute nous est donnée pour nous enraciner plus en Dieu ».

Cloîtrée, Elisabeth a vécu retirée du monde, mais en aucun cas, en était isolée. En complète communion avec celui-ci, elle a forgé sa spiritualité. « Crois toujours à l’Amour et chante toujours merci », c’est ainsi que « Laudem Gloriae » nous invite encore aujourd’hui à un cœur à cœur unifiant avec Dieu.

(Hélène de Vulpian)
Source : http://fr.radiovaticana.va/