Témoignage : Hébergés par des religieuses Salésiennes à Paris, les huit membres de cette famille d’Irakiens chrétiens espèrent déménager bientôt.

La Croix est allée à la rencontre de familles étrangères, arrivées depuis peu ou installées déjà depuis plusieurs mois, qui tentent de construire une nouvelle existence.


« Sacha est le frère de Marie » ; « Martine est une amie de Marie » ; « Élise est venue à midi ». Tour à tour, Jony et Asrem lisent ces phrases sous le regard attentionné de Sœur Anne-Marie dans une petite pièce meublée d’une table et de quelques chaises.
Ses « élèves » butent sur certains mots. « Le ”u”, c’est difficile à prononcer pour vous, constate la religieuse, ancienne institutrice. Mais cela avance tout doucement, il faut être patient. »
Jony Iqlemos, 36 ans, et son père Asrem, 70 ans, sont Irakiens. Avec six autres membres de leur famille, ces catholiques syriaques ont trouvé refuge en France en décembre 2014, après avoir fui Qarakosh, la grande ville chrétienne du nord de l’Irak, conquise par Daech.
Le retour reste impossible
Tous les huit sont hébergés par les salésiennes de Don Bosco dans le 20e arrondissement de Paris. La petite tribu occupe trois chambres contiguës au dernier niveau du bâtiment de la congrégation.
L’une abrite Asrem et son épouse Lea. L’autre, deux de leurs filles, Vivan et Lenda. Jony, sa femme Rawaa et leurs enfants, Fransheska, 7 ans, et Frances, 4 ans, dorment dans la troisième. Ils ont été accueillis dans ces murs grâce à l’intervention d’une autre représentante de cette grande fratrie, elle-même salésienne au Proche-Orient.
À Qarakosh, les Iqlemos, commerçants ou enseignants, vivaient tous ensemble dans une grande maison. « Il y avait trois étages et des télévisions dans toutes les chambres, précise fièrement Rawaa. Maintenant, c’est fini. Ce sont les gens de Daech qui habitent chez nous. On a emporté juste des vêtements. »
Pourtant, longtemps, Jony a cru qu’ils pourraient rentrer dans cette ville où il connaissait tant de monde. Mais il a dû se rendre à l’évidence de l’impossible retour.
Un titre de séjour de dix ans
À Paris, pour aider ses hôtesses, ce coiffeur de métier sort les poubelles ou s’occupe des plantes, tandis que ses sœurs et sa femme participent aux tâches ménagères. Mais il a encore du mal à parler la langue de son pays d’accueil, même s’il la comprend de mieux en mieux.
Les femmes de la famille sont plus avancées. Elles prennent aussi des cours de français tous les jours, mais sans les hommes, en raison du décalage de niveau. « Maintenant, on parle un petit peu bien. Après, on parlera bien », dit Lenda en riant.
Les deux enfants, eux, ont été scolarisés à l’école de La Providence, attenante et dépendant des salésiennes. « On veut vraiment dire un grand merci aux sœurs », reprend Lenda.
Les religieuses les ont aussi accompagnés dans toutes les procédures administratives et, enfin, la semaine dernière, ces déracinés ont reçu leurs titres de séjour pour dix ans. Ils espèrent maintenant pouvoir trouver bientôt un logement pour commencer une nouvelle vie et se mettre à travailler.
L’attente leur paraît bien longue. « On ne pensait pas que ces démarches prendraient autant de temps, souligne Sœur Chantal, la responsable des salésiennes. Maintenant, pour nous, ils font vraiment partie de la famille. Quand ils vont partir, on va pleurer. »
Pascal Charrier

Source : www.la-croix.com