Témoignage : La ville est mon monastère (Fraternités monastiques de Jérusalem)


Fallait-il quitter la ville pour vivre en Dieu ? Cette question taraudait mon esprit à l’époque où je cherchais à répondre à l’appel que le Seigneur m’adressait. Le silence du désert de la campagne était attirant, mais qui irait témoigner aux hommes d’aujourd’hui que Dieu est tout proche d’eux ?

 

En entrant la première fois à Saint-Gervais, j’ai entendu une voix intérieure me dire : « C’est ici ta demeure ». Je ne connaissais même pas le nom de la communauté implantée dans cette église ! Mais ce que je voyais rejoignait mon aspiration : laïcs et consacrés étaient là en silence, en cœur-à-cœur avec Dieu. Un véritable oasis de prière au milieu du brouhaha de la ville. Depuis 15 ans maintenant, trois fois par jour, mes pas me ramènent vers ce havre de paix où, avec mes frères et sœurs, j’élève les deux bras de la louange et de l’intercession à travers la liturgie et l’adoration.
Depuis toujours, la ville était mon lieu de vie mais j’ignorais sa mystique cachée. La prière dans la ville a changé mon regard sur elle, sur mes frères, sur Dieu et sur moi. Je me suis mis à chercher, dans les rues et sur les places, celui que mon cœur aime (Ct 3,2), notre Dieu qui habite la ville. C’est en l’homme que je l’ai trouvé car chacun de nous est icône de sa face. Certes, le visage de Dieu est voilé par la chair, une chair souvent défigurée, mais la prière m’aide à la voir transfigurée. Sans bruit de parole, un regard attentif, une pensée de bénédiction ouvrent dans mon cœur une place pour chacun de ces visages qui sont autant d’épiphanie de Dieu. La ville s’intériorise en moi.

Finalement, la ville me maintient éveillé. Par le tumulte des va-et-vient en métro, du travail, des sollicitations diverses, elle m’oblige à vivre dans l’instant présent, à scruter l’invisible dans le plus sensible. Les temps quotidiens en cellule, d’oraison silencieuse et de lectio divina, n’en sont que plus nourris. La ville m’aide à garder une prière bien incarnée.

Je me découvre alors moi-même, capable d’aimer et d’être aimé, heureux de vivre une solitude habitée, appelé à être levain dans la pâte, si Dieu le veut. Oui, Paris devient, peu à peu, mon monastère.

 

Frère Jean-Christophe